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Quel immense défi que s'est lancé Denis Villeneuve quand il a décidé de tourner une nouvelle adaptation cinématographique de la saga Dune...

Pilier incontournable de la littérature de science-fiction (de 1965 tout de même), l'épopée épique a déjà été adaptée au cinéma en 1984 par David Lynch (dans un film remarquablement raté... quoique ?) et une mini-série télévisée en 2000 qui fut loin de faire l'unanimité, et n'a depuis plus fait l'objet d'un retour à l'écran. Certain-es la qualifient même d'inadaptable, tant le roman, long fleuve tranquille mêlant allégrement intrigues politiques et mystères métaphysiques, est dense et une adaptation dénaturerait forcément le matériau de base au point d'en devenir méconnaissable.

Alors fort du succès de son Blade Runner 2049 (encore que... c'était pas la folie non plus), Villeneuve s'élance et nous présente ce qui clairement se doit d'être son magnum opus, le chef-d'œuvre tant attendu dont tous les fans rêvent depuis des décennies et qui devrait enfin redonner ses lettres de noblesse à la vénérable franchise sur le grand écran.

Alors, est-ce que ça a fonctionné ? "Oui pis non", comme on dirait au Québec... En tout cas, pour moi il ne s'agit malheureusement pas du hit que les fans réclamaient à cor et à cri comme les Fremen attendent le Mahdi.

Outre des réussites évidentes sur le plan des effets spéciaux et des performances de certain-es acteur-ices, le film possède nombre de défauts tout aussi évidents.

Il y a un truc qui m'a toujours chiffonné avec tous les films de Denis Villeneuve, c'est que tout est toujours beaucoup trop propre, lisse et anguleux, partout, tout le temps. On sacrifie sur l'autel de la belle image la vraisemblance et la vie, finalement, des environnements présentés. Il use et abuse également du clair-obscur, tout le temps, à tel point qu'on se demande si quelqu'un, dans l'univers fictif du film, arrive à voir quoi que ce soit dans ces intérieurs tellement sombres ! Ce qui était pardonnable pour un film comme Premier Contact, devient vraiment un point faible dans un film tel que Dune.

Certains choix de photographie un peu étranges font que certaines scènes m'ont semblé comme presque floues. Les scènes de fuite dans le désert de Paul et sa mère à l'aube, qui auraient pu être magnifiques, souffrent à la fois d'un manque de rythme (ou tout du moins, d'une issue bien téléphonée) et d'un cruel manque de luminosité !

Enfin, de part cet aspect très "clinique" de son image, marquée par le manque de contraste et des couleurs délavées, voici un exploit que probablement personne d'autre que Villeneuve n'aurait pu accomplir : il arrive à rendre la planète Arrakis, ou Dune, censée être une fournaise invivable pendant le jour, "froide" ! À aucun moment la chaleur de la planète désertique, censée être éreintante durant la journée, ne transparaît à l'écran tant cela ne semble pas poser de problème à qui que ce soit, pas une goutte de sueur, rien... (À l'exception peut-être de la scène des palmiers, expédiée comme un os à mâchouiller aux fans du roman comme l'air de dire "Hey ! Vous avez vu, on a montré les palmiers !")

D'ailleurs, la représentation des personnages n'est pas en reste, et s'ils n'ont effectivement pas l'air sympathique, il m'est avis que même les membres du clan Harkonnen, censés être bouffis et répugnants, sont finalement très lisses (au sens propre et figuré) et assez peu intéressants, en tout cas du peu qu'on a pu en voir dans ce film qui ne se veut être qu'un premier chapitre.

Et là, je suis désolé, mais je ne peux que comprendre les critiques qui se moquent de la scène de l'ultime attaque de Leto avec la capsule de poison et de l' "haleine qui pue" tellement qu'elle tue tout le monde. La salle de cinéma a éclaté de rire et d'incompréhension tellement c'était ridicule...


Quant aux Atréides, il est vrai que le personnage du duc Léto, la figure du père, est présenté en long, en large et en travers jusqu'à environ la moitié du film. Ce qui à mon sens était une erreur, puisqu'au final, on n'a que peu d'empathie pour ce père présenté comme un parangon de vertu, distant de sa famille, trop occupé à gouverner avec ses différents lieutenants. Le film, trop soucieux de respecter le livre à la ligne près, s'embourbe dans une introduction un peu plan-plan du respectable Duc qui fonctionne bien sur le papier, mais qui devient un point faible pour un film de plus de deux heures.

De plus, tout ceci ne fait vraiment pas beaucoup avancer l'histoire, puisqu'en réalité, dans l'histoire de Dune, le personnage de Léto n'a que peu d'importance. Sa mort pourrait être comparée à celle du duc François-Ferdinand qui a provoqué la première guerre mondiale de 1914 : casus belli entraînant tous les événements qui s'ensuivirent, le personnage fut par la suite rapidement oublié. C'est à se demander pourquoi Villeneuve a décidé d'accorder autant de temps à l'écran au personnage, si ce n'est pour flatter l'ego d'Oscar Isaac...


Concernant le casting, les acteurs sont plutôt bien dirigés, même si malheureusement, on a comme l'impression que nombre d'entre eux se battent pour les miettes scénaristiques que leur laissent les trois protagonistes de la famille Atréides. Chapeau à Jason Momoa, très convaincant en Duncan Idaho, fidèle et féroce guerrier des Atréides, trop peu présent à l'écran... Et décidément, je voulais vraiment aimer Timothée Chalamet, mais je crois que je n'y arriverai jamais... Son interprétation de Paul est trop monocorde, triste et dépressif et ce, en permanence. Cette palette d'émotions extrêmement étroite ne permet à aucun moment de ressentir les tourments par lesquels ce jeune garçon pas comme les autres se retrouve obligé de passer.

Enfin, mais c'est encore une fois un problème récurrent avec Denis Villeneuve, on s'enfonce trop, pendant trop longtemps, dans des détails de scénario dont finalement le ou la spectatrice moyenne ne retirera que peu d'informations mémorables. Ce perfectionnisme scénaristique, et surtout la verbosité des dialogues, achèvera de désintéresser les spectateurices qui ne sont pas des fans absolus de la saga d'origine.

D'un autre côté, on nous assène, encore et encore, des scènes de visions du futur (des flash forward où Zendaya fait les yeux doux à la caméra sous différents angles, en gros...) ad nauseam, tant et si bien qu'on dirait même que certaines ont été réutilisées plusieurs fois au cours du film. Il est vrai que j'ai apprécié leur nature métaphorique, et l'intelligence avec laquelle elles annoncent la suite de l'intrigue : tout ce que voit Paul ne se déroule pas exactement comme il l'aperçoit dans ses rêves, car la signification de ses rêves est avant tout symbolique. Néanmoins, tant d'insistance de la part du réalisateur n'apporte pas grand-chose, si ce n'est spoiler une partie des événements du futur deuxième film, et l'abondance de flashforwards fait tomber à plat toute tentative de suspens au cours du film (vu que bon, ben comme Paul a vu le futur lointain, c'est sûr qu'il ne leur arrivera rien de grave, hein...).

Concernant la musique, je me range du côté d'autres critiques affirmant que la musique d'Hans Zimmer, certes de très bonne facture, est malheureusement assez oubliable et trop similaire à ce qu'il a pu fournir sur d'autres productions à gros budget. La musique est bien entendue composée avec brio ! Mais elle peine à donner au film une texture et une ambiance sonores qui lui sont propres, dominée par l'impression de l'avoir déjà entendue dans un paquet de blockbusters au cours des dix dernières années.

Au final, c'est un bilan mitigé pour moi. Le film ne m'a pas dégoûté, de par ses magnifiques effets spéciaux (toujours un plaisir de voir les Shai-Hulud, imposants vers des sables !) et sa direction d'acteurices juste dans l'ensemble, j'irai même voir le deuxième lorsqu'il sortira ! Mais le style visuel de Villeneuve, trop propre sur soi et finalement un peu impersonnel, et sa tendance à allonger la sauce scénaristique et le manque d'un petit supplément d'âme (le "petit grain de folie" qui différencie les bons films des excellents, quoi !), font que, c'est sûr, il ne s'agira pas d'un de mes films préférés. J'imagine que comme souvent dans ce genre de situation, il est très difficile pour l'œuvre adaptée d'être à la hauteur des attentes et de la hype entourant sa sortie.

Les prochaines années nous diront si oui ou non, la série de Villeneuve réussira à s'imposer comme la nouvelle référence de la saga sur grand écran, ou si une fois de plus, cette tentative certes louable ne restera qu'un énième rendez-vous manqué avec Muad'Dib.

(Et sinon, il n'est pas encore trop tard pour faire du Dune de Jodorowsky une réalité, hein... Moi, je dis ça, je dis rien... :-) )

Scylardor
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