Il est complexe d’aborder le cas d’Emmanuelle, l’un des plus grands succès du cinéma français et l’une des œuvres qui constitue le symbole de la libération sexuelle dans les années soixante-dix, tant son visionnage en 2020 est heurté par de nombreuses outrances qui, dans notre société contemporaine du politiquement correct, choquent la morale et font du film un archaïsme, le témoignage d’un temps éloigné et heureusement révolu.


Car le parfum de scandale que dégage le long métrage de Just Jaeckin n’émane plus des scènes de sexe, davantage du regard colonisateur porté sur la Thaïlande avec ses ambassadeurs blancs à la tête de hordes d’esclaves locaux, figures d’autorité qu’attaquait déjà Marguerite Duras dans une œuvre comme Le Vice-consul huit ans auparavant. Aussi certaines séquences sont-elles difficilement regardables du fait de leur focalisation ethnocentrée et dégradante quant aux hommes et aux femmes ainsi mis en scène, dans un état d’animalité constitutif de la notion d’exotisme avec laquelle flirte le film. Emmanuelle a néanmoins la belle idée de saisir le pays étranger comme le cadre propice à une exploration du désir féminin, jusqu’à l’indépendance de la femme maquillée, contrôlant le désir masculin. Et sa photographie magnifique – rappelons que le réalisateur, Just Jaeckin, reste avant toute chose un photographe de charme – construit une image sensuelle et exaltante, portée par des mouvements de caméra tantôt élégants tantôt brutaux ; de cette alternance naît un rythme particulier qui empêche l’ennui sans néanmoins écarter les répétitions, si nombreuses qu’elles désamorcent en partie l’effet de surprise inhérent à chacune des relations extraconjugales.


En somme, le long métrage, porté par quelques bonnes idées de mise en scène et un élégant travail de la lumière, vaut surtout pour sa valeur historique, soit être tout à la fois le héraut et la mémoire de la libération sexuelle.

Créée

le 17 juil. 2020

Critique lue 697 fois

Critique lue 697 fois

6

D'autres avis sur Emmanuelle

Emmanuelle

Emmanuelle

5

-Marc-

898 critiques

Cock bang à Bangkok

Just Jaeckin est avant tout un photographe et ça se voit. Si les images sont belles, les personnages sont bancals et le scénario fumeux. Par ailleurs, il fait rêver le français moyen de bourgeoisie...

le 9 mai 2018

Emmanuelle

Emmanuelle

Critique de Emmanuelle par Gérard Rocher La Fête de l'Art

L'avion se dirige vers Bangkok avec comme passagère Emmanuelle. Il faut dire que la pauvre chérie qui va rejoindre son époux diplomate en Thaïlande s'ennuie à mourir durant ce voyage. Alors que...

le 12 mai 2013

Emmanuelle

Emmanuelle

2

ParisByNight

31 critiques

Panne sèche sur Bangkok.

"Il faut que tu vois Emmanuelle au moins une fois, c'est un film culte !", peut on lire ou entendre ici et là. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une sombre bouse, un film érotique vendu...

le 26 nov. 2012

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3767 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3767 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3767 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019