Le chef d'oeuvre de la pornographie moderne.

Avis sur Face To Panty Ratio

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Critique publiée par le (modifiée le )

Le court-métrage commence sobrement avec son nom en blanc sur un fond noir. Un silence, un instant de doute face au réalisateur qui étonne son spectateur dès les premières secondes. On se dit que le noir représente ce qui nous effraie, ce qui nous fait fuir. Mais on se sent privilégié, alors on reste. La musique résonne doucement...

Dans une musique d'abord très déroutante, où les accords sont répétés, nous voyons à l'écran une collection de lingeries en tout genre portées par des actrices de grand talent. Un grand talent visible sur leur visage, toujours très détaché et fixant la caméra comme s'il s'agissait du spectateur. On se sent observé, presque cadenassé dans cet étau qui se resserre. Une vue d'en bas, depuis la terre (c'est une image, car le film est un huit-clos à la psychose un peu) où l'on peut apercevoir la naissance des cuisses de jeunes femmes. A travers des jupes, des shorts, de devant ou de derrière, le réalisateur, R. Kern, notamment célèbre pour ses oeuvres comme Projects, Portraits (c'est sur son site), filme une Amérique libre, indépendante, où les jeunes femmes regardent ostensiblement la caméra comme pour rappeler à tous qu'il s'agit là d'un acte clairement féministe, mais aussi d'une critique violente quant à la violence des médias par rapport aux rondeurs et autres différences significatives. Ainsi, durant vingt secondes, la caméra montre sans gêne le vrai visage d'une rébellion qui n'a pas froid aux yeux. Fuck prohibition comme dirait Facebook - c'est en première page google, vous pouvez aller vérifier la citation.

Vers environ les 22 secondes du court, un événement inattendu vient se greffer au scénario bien tendu du film. Une femme, en culotte, dans une chambre rose (non sans rappeler la couleur des jeunes filles, donc on accentue ici son côté fille et le côté rose), semble poitrine à l'air. On se dit alors que le court-métrage de Monsieur R. va prendre une toute autre tournure. Jusqu'ici, nous avions des plans sur des culottes. Désormais, ce sont des seins nus fièrement exhibés. On devine évidemment dès lors la référence au tableau de Delacroix, La Liberté guidant la peuple. Le peuple est donc fièrement guidé, aux aguets, dressé contre l'autorité.

Puis ce sont des poils qui s'insèrent dans la vidéo qui paraissait jusque là montrer des peaux impeccables, sans pilosité ni boutons. Des poils, de simples poils pubiens qui donnent un aspect réel et imparfait à ces filles dont on va se prendre d'affection. Le réalisateur à travers ses culottes transparentes nous impose sa vision des choses : certes, la vraie nature des femmes est là, ce sont les poils, mais le voile que semble former la transparence des culottes est bel et bien là. Les femmes se protégeront toujours, pour éviter d'être des truites.

Le cinéaste, qu'on peut aisément considérer comme le fils spirituel de Lars Von Trier puisqu'il filme en bougeant un peu (pas chassés, mouvements circulaires, travellings) nerveusement, des femmes dans des situations qu'elles semblent contrôler totalement. On pense évidemment de suite à Gainsbourg dans Nymphomaniac quand elle se fait entourer de deux grands noirs pour faire ce qu'on appelle dans le métier un jambon-fromage-pain au pavot.

Au coeur du court-métrage, et à plus de la moitié, le réalisateur prend le parti de filmer des sexes nus, de dessous, comme pour mettre à nu ses actrices. On remarque la présence d'asiatiques, référence au cinéma de Wong Kar Wai où on voit également parfois des femmes d'origine asiatique dans ses films. La caméra est parfois plus virulente, plus décidée et enchaîne les plans à une vitesse folle. On joue à Qui est Qui ? Il faut retrouver quel visage va avec quel sexe. Et quel est celui de Marie-Ange Nardi ? On comprend évidemment le message sous-jacent du film. Dans une politique qui, aujourd'hui, prône la normalité et banalise le pouvoir, faut-il y voir l'accès simple et sans détour aux coulisses du pouvoir ? Des déplacements du président aux dépenses du gouvernement ? Est-ce qu'il faut tout montrer, si oui comment s'y prendre ? Et quel en serait le sens ? Evidemment, la critique vise le Président de gauche alors que le court fut réalisé en 2011. On remarque alors avec quelle assurance Kern arrive à se convaincre que la droite échouera en 2012. On imagine une relation amicale mais intéressée avec Teissier - pas les sirops, hein. Après c'est une hypothèse comme une autre mais la critique politique est très intéressante, je l'aborderai dans un livre que je compte écrire en douze tomes au sujet de ce chef d'oeuvre.

Les dernières secondes de ce petit chef d'oeuvre qui, sans vraiment le vouloir, fait monter le désir chez son spectateur interloqué par tant d'éloquence dans une oeuvre si plate (dans le bon sens du terme, comme l'eau plate parce que c'est bon), sont extrêmement importantes. On y voit le visage de femmes, tour à tour, des sourires. Des yeux, également. On comprend alors tout le court-métrage et la référence majeure au tableau exceptionnel de Vinci, le sourire de Mona Lisa. Qu'est-ce qui est plus beau qu'un sourire si ce n'est un sexe féminin de près avec des poils en contre-plongée ?

Trois minutes, mais trois minutes que vous devriez dédier à la contemplation d'une oeuvre qui vous plante face à vos propres préjugés. Mais vous allez le regarder comme si vous regardiez Fast and furious, en feignant de ne pas comprendre le propos derrière le film. Et vous avez tort.

Car dans Face to Panty Ratio, rien n'est laissé au hasard.
C'est de l'art. Et vous êtes des profanes.

Quelques mois après, je garde un souvenir impérissable de ce monument passé dans les mailles des collants résilles si je puis me permettre cette digression car dans cette oeuvre à la beauté sauvage, il n'est à aucun moment question de vêtements au sens propre du terme. J'hésite encore à le mettre dans mon TOP 10 car je sais pertinemment qu'ici, l'heure n'est pas à la tolérance. Vous jugez ma critique parce que je suis différent de vous exactement comme vous méprisez ces femmes aux mœurs légères uniquement parce que vous ne comprenez absolument rien au double discours de ce court-métrage.

Car ici, si mon analyse s'est portée sur la déstructuration totale de la société, j'aurais aussi pu aborder l'autre combat du réalisateur qui est purement et simplement la critique des animaleries (notamment sur Paris car c'est la ville la plus connue au monde (on me l'a déjà dit) donc j'imagine qu'il centre son débat sur Paris ça tombe sous le sens). Ces animaleries qui vendent, font le commerce, voire un trafic de chiens, et plus communément de chats sans que personne ne dise quoique ce soit. Ici, elles sont montrées (vous voyez très bien de quoi je parle) sans détour et surtout sans argent derrière. C'est donc un film, petit par la durée mais intense par la puissance, qui fait un état des lieux critique de notre monde. Avec notamment, les animaleries, et d'autres choses plus haut dans la critique mais là je la modifie après des mois et des mois donc je ne sais plus trop de quoi ça parle mais si vous avez lu en haut vous savez très bien ce que le film véhicule.

Enfin, bref. Si vous avez un peu de temps, plongez la tête dedans. Ca ruisselle d'idées.

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