Le patriarcat, cet ennemi commun

Avis sur #Female Pleasure

Avatar Fab Lyon
Critique publiée par le

Barbara Miller nous offre un documentaire qui a un but : au travers du parcours de 5 femmes qui ont décidé de relever la tête et de se mettre en lutte contre le patriarcat, elle démontre avec brio que l'ennemi commun dans le monde pour les femmes est justement ce patriarcat sous toutes ses formes, son aspect finalement universel.

Et là où le film dérange pas mal dans cette époque où trop de gens cherchent à nous faire croire que les religions ne sont que paix et amour, c'est justement que les 5 héroïnes de ce documentaires démontrent avec brio à quel point les religions, toutes, sont des piliers du patriarcat inventées et mises en place pour satisfaire les hommes et oppresser les femmes.

Comme le dit le dossier presse du film : " Cinq héroïnes, cinq pays, même combat: s’affranchir des préjugés, combattre les violences faites aux femmes, conquérir le droit à disposer de son propre corps. Brisons le silence, soyons invincibles, revendiquons #Female Pleasure ! "

Ces 5 héroïnes, nous les suivons souvent via leurs révélations face caméra. Et on peut le dire, on ne ressort pas de ce film sans se dire qu'il faut du courage pour oser se lever comme elles l'ont fait, chacune à leur manière.

DEBORAH FELDMAN a grandi dans une famille juive ultra-orthodoxe dans le quartier de Williamsburg (Brooklyn, New York). Ici, on porte la tenue traditionnelle d’appartenance à la communauté. Elle va nous entrainer sans sa vie d'avant, celle d'une femme dans un monde où le plaisir et l'amour n'existe pas. Les vêtements sont là pour cacher les corps, la religion est au cœur de tout, le plaisir est interdit car Dieu l'impose évidemment. Elle va nous parler de son mariage forcé avec un homme qu'elle ne connait pas du tout, choisi par sa famille. Oui oui, on est bien à New York dans les années 2000. Elle aurait pu subir et se taire comme des milliers de femmes dans sa communauté, mais non. Elle a non seulement décidé de partir et de quitter sa communauté, mais en prime d'obtenir la garde exclusive de l'enfant qu'elle a eu avec son mari forcé. Elle médiatise aussi les choses, écrit un livre (qui sera un bestseller) "Unorthodox and Exodus" ... Le suite de son histoire je vous laisse la découvrir dans le film ! Mais clairement, elle ne s'arrêtera pas là !

LEYLA HUSSEIN est née à Mogadiscio dans une famille musulmane privilégiée et très pratiquante. Elle était une des rares filles en Somalie à être autorisée à aller à l'école. Un parcours qui, pense-t-on aurait pu la protéger. Mais non, elle sera, tout comme sa sœur, excisée. Parce que c'est la tradition, parce que c'est comme cela, et parce que c'est comme cela que l'on rend une femme pure selon l'Islam pratiqué par ses parents. Aujourd'hui elle mène un combat acharné contre cette pratique, un combat qui peut voir une victoire arriver, mais au prix de l'épuisement parfois. Sa force et sa détermination sont parfois vacillantes, elle ne s'en cache pas, mais comment pourrait il en être autrement face à un tel défi. Vous découvrirez aussi dans le film ses méthodes pour mettre les hommes face à leur propre bêtise de croire qu'une femme excisée est pure. Direct, brutale mais efficace.

L’artiste japonaise ROKUDENASHIKO a grandi dans une famille traditionnelle Shinto bouddhiste. Elle va s'orienter vers l'art et devenir un autrice de manga reconnue. Jusque là tout va bien. Mais elle se rend compte que dans la société japonaise, où le Shinto dicte les codes, la vulve des femmes est un tabou ultime là où la verge est célébrée, y compris dans un festival de fécondité. Elle décide donc, pour secouer la société, de faire de sa vulve l'héroïne de ses mangas. Avec humour et plein de poésie. Cela passe assez mal. Alors maintenant imaginez quand elle décide de faire un moulage de sa vulve et de la transformer, grâce à l'impression 3D, en canoë pour une performance d'art contemporain qui marquera les esprits nippons....

DORIS WAGNER a grandi dans une famille catholique protestante en Bavière. Elle rejoint à l’âge de dix-neuf ans un couvent. Tout aurait pu se passer comme elle l'imaginait, c'est à dire consacrer sa vie à Dieu, si elle n'avait pas subi des viols répétés au sein de sa congrégation. Après être sortie de l'emprise de sa congrégation, elle a décidé d'aider les victimes de viols dans les églises chrétiennes et tente de faire admettre aux hautes instances de ces églises leurs responsabilité, voir si cela était possible de les faire comparaitre devant la justice.

VITHIKA YADAV a grandi dans une famille hindoue traditionnelle du Rajasthan, dans le nord de l'Inde. Donc depuis son enfance on lui explique qu'il ne faut pas regarder un homme dans les yeux, que son corps est impure et doit être caché, surtout le visage, quand un homme passe par là. Pourtant elle constate que toutes ces règles ne protègent pas les femmes indiennes, qui subissent chaque jour du harcèlement sexuelle dans les rues, les transports et qui voient le nombre de viols augmentés ces dernières années pour atteindre des chiffres tristement records. C'est donc en 2013 que Vithika Yadav décide de ne plus se laisser faire, ni même de laisser faire cette société tout court. Elle créé une association "Loves Matters", plateforme d'éducation sexuelle et au consentement. Elle ne s'arrêtera pas là et décide d’interpeler les indiens directement dans la rue ... Avec des méthodes que vous découvrirez dans le film.

Le film de Barbara Miller est important parce qu'il porte un message fort. Il n'est pas sans quelques longueurs, mais aussi une vision étrange qui se dégage de la fin du film. Son "plaisir féminin" longuement exigé est un peu restreint dans son film à des visions une peu attendu : le couple, la famille, etc ... Ce n'est pas du fait de la réalisatrice, mais on peut regretter qu'elle n'aie pas trouvé une protagoniste qui soit plus "hors cadre" pour illustré tout cela.

Malgré ces légers défauts, le film est une œuvre contestataire importante qui porte un message des plus importants. Et je dois bien avouer qu'on en sort avec une furieuse envie de se battre et de changer les choses. Rien que pour cela, un film indispensable !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 497 fois
1 apprécie

Autres actions de Fab Lyon #Female Pleasure