Chazelle se loupe avec cette évocation froide et ennuyeuse d'où ne surnage aucune émotion.

Avis sur First Man, le premier homme sur la Lune

Avatar Rémy Fiers
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On se sent toujours un peu bête lorsqu’on fait partie des seuls à ne pas avoir aimé un film jugé à la quasi unanimité excellent voire proche du chef-d’œuvre, et cela par les critiques comme par une bonne partie du public. Mais, encore une fois, l’appréciation de chacun est ce qui fait aussi le sel des débats. Damian Chazelle, à qui l’on doit l’excellent « Wiplash » et le sympathique (mais surévalué à mon sens) « La La Land », change radicalement de registre et délaisse l’aspect musical pour s’atteler à l’évocation de l’un des faits les plus marquants de l’histoire de l’Humanité : les premiers pas de l’homme sur la Lune, en l’occurrence ceux de Neil Armstrong. Sujet passionnant mais étonnamment resté inédit sur grand écran bien que connu de tous. Il fallait donc s’employer à le traiter sous un angle nouveau pour réussir à le rendre palpitant et intéressant et c’est ce que le cinéaste tente de faire avec pour résultat une œuvre malheureusement bien trop longue, tristement froide et terriblement ennuyeuse.

Peut-être est-ce passer à côté de certaines choses, manquer d’une certaine sensibilité ou tout simplement ne pas accrocher au traitement subi par le sujet ici, dans tous les cas « First Man » et ses près de deux heures et demie de film semblent interminables et peu engageantes. Difficile d’innover sur le thème de la conquête spatiale et des films dans l’espace mais on a eu récemment deux exemples antagonistes et pourtant bien plus passionnants. L’an passé, les afro-américaines scientifiques de « Les Figures de l’ombre » avaient su allier rires et émotion avec brio quant à odyssée spatiale en solo de Sandra Bullock dans l’impressionnant « Gravity » d’Alfonso Cuaron, elle était totalement bluffante que ce soit au niveau de la technique comme sur le pan dramatique. Ici, le jargon scientifique usité (un peu comme dans « Interstellar ») tout comme les missions montrées restent bien trop opaques et complexes pour qu’on réussisse à s’y intéresser, ce qui a pour effet de lasser et de nous plonger dans une certaine léthargie. Quant à l’émotion, elle est aux abonnées absentes tant le traitement choisi par Chazelle est distant, d’une froideur clinique affolante. Pas qu’on veuille pleurer dans les chaumières mais un minimum d’empathie envers les personnages et moins de froideur aurait certainement était plus engageant pour le spectateur. Quant à la belle distribution de seconds rôles par des acteurs reconnaissables habitués à ce rang, elle est vraiment mal employée ; on pense à Pablo Schreiber ou Christopher Abbott notamment.

Ryan Gosling n’y est pour rien, il joue le Neil Armstrong qu’on lui a demandé de jouer, glacial et d’une raideur incroyable. Et il le fait bien. D’ailleurs c’est sur Terre, dans les échanges contrariés avec sa femme que le film dévoile ses meilleurs moments qui ne sont pas sans rappeler certaines séquences du « Tree of life » de Terrence Malick. Il y a aussi le temps de quelques minutes, un souffle épique qui se dégage de « First Man », notamment sur la fameuse séquence attendue de tous. Mais c’est tellement bref et finalement ascétique à tous niveaux que ça en devient frustrant. Chazelle a semble-t-il voulu se détourner des nombreux passages obligés d’un biopic comme celui-ci. Il a voulu innover et montrer sa propre patte dans mise en images d’un événement planétaire si important et connu du monde entier, que l’on soit né ou pas à cette époque. Mais à trop vouloir se différencier, il livre un film peu aimable et très décevant où l’ennui prend petit à petit la place de l’émerveillement. On n’apprend finalement pas grand-chose hormis qu’Armstrong a perdu sa fille très jeune, ce qui semble être la raison de la distanciation du monsieur, et donc de la tonalité glaciale de « First Man ». En revanche, le choix systématique de l’anti-spectaculaire, lui, ne s’explique pas.

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