Une trêve : l’histoire du temps.

Avis sur Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban

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Alors que la franchise commençait à gentiment ronronner sous la houlette du pantouflard Chris Columbus, Warner engage Alfonso Cuarón, réalisateur jusqu’alors mexicain pour mettre en scène le troisième opus des aventures du sorcier cicatrisé.

Quelle belle idée.
Le cinéaste semble avoir tout compris : ou comment saisir l’occasion des moyens colossaux d’un blockbuster pour se permettre des petites gourmandises visuelles susceptibles de lui donner une valeur ajoutée.

La chance sourit aux audacieux, le voilà aux commandes d’un des meilleurs tomes de la saga : J.K. Rowling y développe un univers qui commence à être bien connu des lecteurs sans encore céder à la tentation de rallonger la sauce pour se donner la caution du pavé attendu. Cette histoire de Sirius Black et son identité fluctuante, tout comme celle du nouveau et précaire professeur de défense contre les forces du mal, ce retour aux origines pour mieux mettre en place les enjeux futur et les camps à déterminer pour le retour de qui vous savez fonctionnent à merveille. On oubliera la petite facilité du voyage dans le temps, qui n’entache pas trop l’intrigue générale. L’idée de l’épouvantard, le recours au patronus, tous ces éléments contribuent à approfondir la psychologie de personnages qui semblent d’ailleurs avoir beaucoup grandi depuis l’épisode précédent.

Visuellement, Cuarón accompagne cette maturité nouvelle et fait feu de tout bois : les décors gagnent en singularité, délaissant l’univers de conte des premiers opus pour une tonalité plus gothique, notamment dans les scènes nocturnes et de pluie, ou des paysages à la photographie sombre et bleutée rappelant des décors tourmentés de l’Ecosse. La caméra traverse les vitres, et saisit tous les motifs de lumière pour une exploitation qui semble revenir aux origines du septième art : fermeture à l’iris, aveuglement par les fenêtres dans la première séquence, jeu sur les ombres…

Une belle idée repose sur la gestion du temps : outre le motif de la pendule structurant à plusieurs reprises son architecture, le Saule Cogneur porte avec humour – et humeur – le passage des saisons, par de brusques changements qui ne sont pas sans conséquences sur les volatiles alentours.

Cuarón , qui réalisera ensuite l’un des plus beaux films d’anticipation de ces dernières décennies, Les fils de l’homme, est le miracle qui infirme la règle selon laquelle le blockbuster ne se soucie pas de la mise en scène. Quand le premier est irrigué par la seconde, le divertissement atteint une autre dimension.

(7.5/10)

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