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Avis sur Her

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Mon intérêt pour les romances est très limité car il est aisé de tomber dans la niaiserie la plus caramélisée du monde. C’est pourquoi mes références dans le genre sont peu nombreuses mais elles ont le mérite de m’avoir marqué. Pour moi, c’est Eternal Sunshine of the Spotless Mind et 500 Jours Ensemble. Her, par son scenario WTF récompensé aux Oscars, a suffisamment agité ma curiosité pour faire l’expérience de l’amour métaphysique.

Dans un Los Angeles pas si futuriste que cela, Theodore se paie le dernier système d’exploitation parlant. Son esprit est torturé par une rupture récente et il finit par tomber amoureux de son OS qui risque de le consumer, absence d’existence physique oblige.

Pour une fois, le futur n’est pas le théâtre de la décadence ultime de l’humanité. Alors que le film raconte l’histoire d’un amour inconcevable entre un homme et une machine, Spike Jonze a développé autour de son scénario tout un univers pour transformer son idée complètement bizarre en postulat réaliste. Dans le futur on se sape avec des pantalons en laine remontés jusqu’au nombril, on a un look capillaire digne des années 1970 et l’écologisme a trouvé sa place avec l’abondance, notamment, du bois comme matériau. De plus, la technologie n’a rien d’irréaliste puisque la plupart des outils utilisés sont des évolutions qui paraissent logiques comme les commandes vocales ou l’hyper connectivité des outils de communication.

Le lien social a fichtrement évolué et Theodore est la parfaite victime de ce système où la machine tend à nous remplacer non plus uniquement pour des taches simples, mais aussi pour penser à notre place. Il travaille au sein d’une entreprise qui crée des lettres sur demande à l’attention de la personne de votre choix, une mise en bouche décapante qui définit bien le ton du film dès ses premières images. La verve lyrique et émotionnelle que dégage Theodore impressionne son entourage mais montre tout le paradoxe de la chose: il est incapable de se construire une vie sentimentale à défaut de construire celle des autres. Pourtant, il foisonne de sentiments et d’une sensibilité à faire tomber toutes les filles de cette Terre. La douleur de sa précédente rupture le hante et il ne sais comment échapper à cet amour perdu.

En se réfugiant derrière du faux lien social créé par des machines avec lesquelles on peut parler (ses jeux vidéo, son système d’exploitation), nous sommes arraché entre le fait de trouver cette situation rassurante mais aussi affreusement terrifiante. On atteint le paroxysme du glauque lors des scènes de fesses les plus "weird" du cinéma depuis belle lurette. Des éléments qui rappellent immédiatement un autre film (brillant et dans le même style) de Spike Jonze sorti en 1999, Dans la Peau de John Malkovich lorsque l’acteur francophile n’est autre qu’un intermédiaire, un objet sexuel entre deux partenaires. Cette relation pose un tas de question sur le thème pourtant déjà vu de l’étendue des possibilités d’une IA supra-intelligente. Tel la Carole Rousseau de l’an 2050, on se demande "c’est quoi l’amour". Recherche t-on les émotions ? Les sentiments ? Le contact ? Le simple plaisir de la vie commune ? Chacun aura finalement sa propre vision des choses et rend ainsi le message du film subjectif pour toucher des sensibilités différentes. Halte les préjugés, Her cherche à bouleverser notre vision des rapports humains.

A l’image d’un Michel Gondry, Spike Jonze se place dans cette catégorie de réalisateurs à l’esprit rêveur et capable de concocter des histoires farfelues et touchantes. Moins sectaire que son homologue français, Jonze navigue dans des registres divers. Les plus facetieux se souviendront de ses participations régulières aux Jackass dont il a d’ailleurs produit la dernière cuvée, Bad Grandpa.

Pour faire vivre Her, il fallait un acteur capable de tenir un premier rôle crucial. Joaquin Phoenix est le mec à prendre quand il s’agit de jouer un personnage tourmenté psychologiquement. Depuis sa performance dans The Master, son aura a pris du grade auprès des amateurs alors qu’il sortait d’une période qui a failli causer sa perte (I’m Still Here). Son alter ego féminin, Scarlett Johansson, n’apparait jamais dans la film. Elle a "simplement" donné sa voix à l’OS qui devient si humaine qu’il y a de quoi embrouiller notre esprit de mortel.

On regrettera les longueurs (particulièrement dans la deuxième heure) qui empêchent le film de devenir une révélation. La relation homme-machine s’éternise dans des dialogues lourds qui auraient tout d’un épisode des Feux de l’Amour si Scarlett n’était pas un ordinateur. Cependant, les intentions du film permettent de retenir le meilleur et de prouver une fois encore qu’il suffit d’avoir de la suite dans les idées et de bons personnages (si possible sublimés par le jeu d’acteur) pour rendre une copie mémorable. Il faut savoir que le réalisateur a passé 14 mois en salle de montage pour clore ce projet. Gloire à la méritocratie !

Einstein craignait le jour où la machine dépassera l’homme. Ce phénomène a commencé et Her pourrait bien être une hypothèse sur la transformation du lien social dans un futur plus ou moins proche. Au lieu de présenter cela d’une façon sombre, Spike Jonze réussit le pari de délivrer un message nuancé dont le spectateur est le seul juge. Dans la lignée de Michel Gondry, le réalisateur américain sort un film profond qui invente son propre univers et donne matières à réflexions, à mi chemin entre film d’anticipation, SF et romance. En dépit de longueurs, il me semble impossible de ressortir déçu de cette expérience souvent terrifiante mais qui démontre que l’Amour vaincra, quelque soit sa forme. Mais tant qu’à faire, autant se trouver un humain pour partager sa vie. Peace and Love 3.0.

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