Hercule en travaux

Avis sur Hercule

Avatar Pierre Champleboux
Critique publiée par le (modifiée le )

L'idée de base était bonne: démystifier la figure légendaire d'Hercule pour en faire le chef d'une bande de mercenaires avides d'or et reléguer le mythe des 12 travaux à une simple publicité destinée à faire monter le prix des services du colosse et de sa clique tout en faisant trembler leurs ennemis. Il y avait là matière à faire un film badass, couillu, fun, et montrer éventuellement l'évolution d'un relatif escroc qui deviendrait héroïque à la fin. Mais c'était sans compter la présence de l'indécrottable Brett Ratner aux commandes de la galère.

Oubliez immédiatement le film d'aventure promis par les premiers teasers de la chose: les plans montrant Hercule lutter contre un gigantesque Lion, une hydre tentaculaire et autres créatures merveilleuses sont dés les premières minutes expédiés au travers d'un montage flashback qui est en fait un tissu de bobards débités par le frêle neveu et conteur attitré (ou attaché de presse) du (faux) demi Dieu, cherchant à se tirer d'un mauvais pas en effrayant ses geôliers. Déjà, on commence à sentir qu'on s'est fait rouler dans la farine.
Il n'y a donc pas de place pour le fantastique dans cet Hercule, contrairement à ce que nous a promis la bande-annonce. Bande annonce qui présente d'ailleurs des plans absents du film (pratique répandue, certes) mais aussi et surtout des plans spécialement truqués pour ce trailer, induisant clairement en erreur le spectateur sur la nature prétendument heroic fantasy du film alors que dans le montage final, ces plans sont exempts de trucages puisque ça n'aurait pas de sens dans le contexte (par exemple, on y voit Hercule étranglé par un fouet "magique" et lumineux. Dans le film, c'est un fouet tout ce qu'il y a de plus normal, puisque rien n'est magique dans cet univers). Comme à la fin d'un épisode de Scooby Doo, tous les éléments surnaturels sont expliqués et démontés un à un. On frôle l'inception: on s'est fait rouler par la bande annonce mensongère d'un film qui va nous dépeindre les aventures d'une bande de menteurs. Brillant.

Malheureusement, tout sonne faux dans ce monde réaliste. Les twists scénaristiques sont repérés à des kilomètres, les invraisemblances sont légion (dommage pour un film qui aspire à rationaliser la légende), les gentils sont très gentils, les méchants sont très méchants, ça balance des punchlines foireuses à tout va et la musique pompeuse viole constamment nos oreilles en tentant de nous faire croire que le spectacle est grandiose alors qu'on jurerait être entrain de mater un épisode de Xena.

Effets spéciaux flingués, monstres issus de cinématiques Playstation One, costumes en carton et accessoires en plastiques: tout y est. Les acteurs, d'ordinaire excellents, ont l'air de se demander ce qu'ils fabriquent là et en font des tonnes, espérant peut être se faire virer avant la fin du tournage, ou juste être coupés au montage. Sous ses extensions, seule la montagne The Rock semble y croire, gros tas de muscle courageux, dévoué et attachant mais un peu naïf et paumé, à l'image de son personnage, triste portrait du fils de Zeus.

On ressort quand même de la projection en plein questionnement existentiel: était-ce un excellent et délectable nanar en 3D, un téléfilm égaré dans les tiroirs de la Paramount depuis 1996 ou juste un bon gros film de merde comme on n'en fait plus ? Seuls les dieux nous le diront.

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