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Avis sur Hérédité

Avatar Sergent Pepper
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De temps à autre, je retente une incursion du côté du cinéma d’horreur, dans lequel je loupe sûrement pas mal de choses depuis des années ; et force est de constater que de cette pléthorique production émergent quelques surprises assez séduisantes, de Grave à Get Out, The Witch ou It Follows.

Hérédité, repéré par certains de mes éclaireurs, mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour sa première moitié qui concentre tout ce qui peut faire la réussite d’un tel registre, et permet de déterminer à quoi tient l’effroi dans le septième art.
Sur le plan esthétique, tout est question de retenue : une photo ici légèrement laiteuse et grisée, jouant de l’obscurité d’une demeure labyrinthique à des contrepoints en plein jour – le lycée, les extérieurs, mais discrètement contaminés par l’état d’esprit poisseux des personnages qui les investissent. Les mouvements de caméra, très lents, mettent en marche forcée un trajet contemplatif jusqu’au malaise, à l’image de cette descente d’un cercueil en terre, ou la très belle séquence d’ouverture passant d’une embrasure de fenêtre à l’intérieur d’un atelier, zoomant sur une maquette qui deviendra le cadre à nouvelle échelle d’une pièce réelle. Ce motif du modélisme, méticuleux et obsessionnel, œuvre sur laquelle on s’abstient de délivrer tout discours, alimente intelligemment la figure de la mère, à la fois scrutatrice dévorante de l’espace qu’elle semble silencieusement vampiriser.

Concernant le scénario, c’est du côté des personnages que tout se joue : dans ce nœud vénéneux qu’est la famille, pas un membre pour susciter une adhésion totale, et surtout, une absence de solidarité qui rend les enjeux de la destruction bien plus ambivalents : l’ennemi est surtout intérieur, et la discorde n’est pas simplement attribuée à un agent surnaturel qui viendrait délimiter des rôles manichéens. Une mère borderline, qui dévoile par touches successives une histoire minée par l’horreur, un père passif et pétrifié, une fille sorcière ou un jeune homme castré jusqu’à l’épine dorsale avancent aussi laborieusement que les cadres qui les enferment, et tentent de chercher une issue à l’étouffement, réel (les gorges qui enflent) ou symbolique dans ces maquettes ou ces chambres trop grandes pour qu’on puisse les faire siennes.

Mais Hérédité dure plus de deux heures, et il semble a posteriori qu’il faille considérer sa première comme un prélude s’économisant avant de passer au plat de résistance. A grands renforts d’une musique trop présente, d’hallucinations cauchemardesques, de bruitages lourdingues (cette langue qui claque, franchement…) et de dilatations de plus en plus béantes des bouches, les démons s’invitent dans la danse. La complexité reste encore de mise sur certains points –notamment les rôles dévolus aux membres de la famille – et l’esthétique n’est pas en rupture totale. Mais cette dilution des fausses pistes, cette révélation attendue et ce retour dans rails du film de genre déçoit forcément.

Certes, la fin aurait pu être bien pire, et l’on pourra arguer que la part croissante du surnaturel un peu grotesque prend son sens dans la mesure où le récit s’achemine vers sa victoire totale, comme le faisait par exemple le dénouement de The Witch. Ce triomphe du mal relance effectivement l’intérêt de l’œuvre, dans la mesure où il rend possible des tableaux finaux qui bouclent avec pertinence les premiers plans sur cette cabane de bois qui remplace la maison et les maquettes qu’elle contenait, illusions typiquement humaines d’un contrôle rationnel des espaces et de leur fonctionnalités.

Mais tant qu’à sortir de la convention d’un retour à la norme, autant le faire entièrement ; en délaissant des recettes éculées qui plombent les belles intentions d’un film retombant par instant avec maladresse dans les pesanteurs de ses pairs.

(6.5/10)

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