Le film qu'on déteste détester

Avis sur Hibou

Avatar Billy98
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La première fois que j'ai vu le film, le constat était simple : le début était très long, le milieu avec toute la romance est super touchante... et la dernière partie est consternante, un arrière-goût de "Fight Club" qui n'avait rien à foutre là et une morale un peu suspicieuse. Cette dernière partie m'avait carrément donné envie de ne plus voir ce film, dégoûté, ainsi que de disperser dessus de l'essence et de l'incendier accessoirement. Mais, en le revoyant, j'ai constaté...le même constat...mais étrangement j'ai moins détesté.
Le film suit l'évolution de la personnalité de Rocky, campé par Ramzy, car ce dernier a une trop forte proportion à se faire discret, genre invisible même. En plus, c'est un rêveur qui a vraiment conservé son âme d'enfant avec une méticulosité admirable. En ce monde dominé par les adultes et, surtout, les beaux parleurs, comment s'y faire sa place ? Là est la question, là est le propos. Dans un premier temps, avec sa musique clichée, son attention aux détails mis en valeur et sa description efficace de son quotidien, Ramzy installe une ambiance qui laisse à la fois la place à la poésie incrustée dans un univers urbain... et une forte potentialité d'ennui. Pour le spectateur, c'est au milieu : on est en légèreté, mais on va pas non plus dire qu'on a les yeux accrochés à l'écran. C'est comme un concept, où l'atmosphère porterait à elle seule toute la narration, ce qui est quand même costaud. Et, selon moi, elle réussit ! Mais ça ne suffit pas. On est d'ailleurs étonné du si peu d'importances de certains personnages, comme celui du père, uniquement présent pour faire un signifiant poétique. C'est bien joli, mais si le personnage n'a même pas une fonction, il sert à rien... Pourtant, la sympathie assez folle qu'inspire le protagoniste (et c'était pas gagné d'avance) et sa réalisation qui est, ma foi, inspirée embarquent le spectateur. Les meilleures séquences de cette partie restent celles dans l'animalerie, où son côté fantaisiste dans notre réalité est regretté, preuve que le film possède une diégèse charmante.
En deuxième partie, où les choses deviennent sérieuses pour Rocky, notamment pour sa romance avec le Panda qu'on voit sur l'affiche, on assiste carrément à une mise en image d'un poème d'adolescent. Il n'y a plus d'histoire à proprement parler, on passe directement de scènes d'initiation à scènes d'initiations, en passant par des gestes tendres et des signifiants poétiques encore plus poussés, avec des symboles qui pullulent de partout. Mais la recette marche ! Je comprendrais aisément que les gens trouvent toute cette fraction niaise. Cependant, non seulement cette romance ultra-simplifiée est totalement cohérente avec l'état d'esprit et les intentions du film, mais surtout elle cible clairement celle à qui elle veut parler : aux rêveurs. Ce film marque alors, au fer rouge, le public auquel il parle. Et j'en fais parti. Du coup, moi, j'ai vraiment aimé toute cette fraction, j'étais sincèrement touché par cette histoire, qui n'avait rien pour démarrer, entre ces deux êtres profondément déconnectés de nos codes sociaux. "On ne voit bien qu'avec le cœur" comme disait St Exupéry (Peace à lui), et c'est pour ça que ces personnages ne sont jamais plus expressifs que dans leurs costumes ridiculement obèses, où seuls leurs regards constamment au bord des larmes transmettent leurs intentions. Je trouve ça très fort, émotionnellement. Ça m'aide, alors, à passer outre certains défauts techniques, comme des cuts au montage un peu rapides. On passe du bon temps avec eux, c'était ce que le film promettait.
Mais c'est lorsque la situation se retourne totalement (ceux qui auront vu le film voient ce que je veux dire), que le film tourne aussi sa veste. C'est tellement dommage...

Le fait que le Panda était une invention psychique dès le départ aurait pu être intéressante, je dis pas ! Mais alors, il aurait fallu, à la manière de "Donnie Darko", en faire un personnage capable de machiavélisme, et de la radicalité que nécessite tout changement. Ici, elle disparaît quand tout va bien, ça n'a pas de sens, le boulot est pas fini... Et puis, surtout, ça rend toute la deuxième partie obsolète, et c'était cette partie qui était le principal intérêt du film !

Quant à la morale... Sans spolier, suite à un embrigalio professionnel (au passage, au vu de ce que font et disent les employés dans cette structure, on peut pas dire que les patrons soient de tendance autoritaire dans leur direction), Rocky gagne soudainement le respect de tout le monde, et tout le monde veulent l'inviter à leurs soirées de merde. Cette reconnaissance n'est plus étalée comme un propos ensuite. Or, on est bien d'accord que cette victoire est illusoire, qu'il n'a pas gagné pour ses compétence sou ses qualités ? Il est aimé parce qu'il y a une histoire de fric au bout de la canne à pêche, il n'a pas gagné ! Et, encore une fois : le boulot est pas fini. Pour achever le tout, le dernier plan du film est mignon 15 secondes. Pas 45, là, c'est malaisant.
Ce film a tout pour qu'on l'aime pas, et je comprends parfaitement quand c'est le cas: le film tient tellement à ses intentions poétiques qu'il oublie que même les poèmes d'Artaud ont une ligne directrice cohérente jusqu'au bout. Mais je n'arrive pas à détester ce film, et je crois que je serais capable de me le reprocher si c'était le cas. Pourquoi ? Parce que c'est le premier film de Ramzy, d'Eric et Ramzy, le duo comique devenu célèbre sans qu'on ne sache trop pourquoi et qui, surtout, a un CV assez convaincant de bousins rejetés de la Cinémathèque Française. Ramzy, sur ce film, suinte l'honnêteté et la sincérité de partout. Ce film est tellement sympa, tellement cool avec le spectateur, que l'on ne peut qu'aimer sa compagnie. Que ce film fasse rire ou non, au final, on finit par s'en foutre, parce que le charisme du style du film le rend attachant jusqu'à nous immerger directement dedans, et donc on ne se pose la question des ressentis qu'une fois le film fini (comme ce fut le cas pour moi avec cette maudite révélation moisie). On sent, aussi, le côté autobiographique de "Hibou", on sent que Ramzy a dû être Rocky avant de devenir Ramzy. Il y a, assurément, toujours énormément de Rocky dans le monde, je suis même sur que vous en connaissez vous-mêmes dans votre entourage (moi en tout cas j'en ai plusieurs). Alors, qu'un film leur soit dédié pour une fois, pensé pour eux, comme un copain réconfortant... Ça aide à fermer les yeux sur les défauts, finalement. Je vous souhaite, donc, de faire partie du public que ce film vise.

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