Un goût doux amer

Avis sur Honeyland

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Laissez-moi d’abord parler de moi. Pas que ce soit vraiment le sujet, quoique.

Il y a en Nouvelle-Calédonie le festival Anûû-rû Aboro, dans une petite commune appelée Poindimié. Chaque année y sont diffusés gratuitement des documentaires de création.

Si j’ai toujours eu de l’estime pour le festival et ce genre, je n’y ai jamais mis les pieds. Jusqu’à cette année. Et mon premier film a été une immense claque : Honeyland. Et tout un univers cinématographique s’est ouvert à moi.

Ce festival se caractérise par la rencontre des spectateurs avec un film et ses auteurs. Même si parfois, ce rendez-vous demande quelques sacrifices. En l’occurrence des dizaines d’heures d’avion, plus une autre poignée d’heures en voiture sur une route en lacets, pour les réalisateurs macédoniens Ljubomir Stefanov et Tamara Kotevska, arrivés dix minutes avant la diffusion de leur documentaire. « Ça valait la peine de vous rencontrer », a lâché d’emblée la jeune réalisatrice, groggy, mais avec un sourire chaleureux.

Le public a surtout rencontré Hatidze, sa mère, son village abandonné, ses insupportables voisins et ses abeilles. « Ce n’est pas un film sur les abeilles, mais un film sur cette femme formidable », a souligné Ljubomir Stefanov. « Ce que nous voulions mettre en valeur, c’est la manière dont elle partageait et ce quelle partageait avec les abeilles. La moitié pour elle et la moitié pour les abeilles. »

Honeyland offre une ouverture rare sur l’intimité de la Macédonienne, captant des moments tendres, difficiles, mais toujours touchants. Une proximité rendue possible par un travail de longue haleine, propre au documentaire de création. « Nous avons filmé une centaine de jours pendant quatre ans. Nous avons décidé de le mettre en montage comme si c’était une année », a expliqué Ljubomir Stefanov. « C’était important pour nous durant les six premiers mois de la suivre elle et sa mère. […] La famille de nomades est apparue six mois après le début du tournage. Nous avons eu besoin de six mois de plus pour être plus proche d’eux, ce qui n’était pas facile. »

Comment l’ont-ils rencontré ? « Ce que nous disons en tant que réalisateurs du film, c’est que les abeilles nous ont mené à elle », a résumé Tamara Kotevska. « Nous avons d’abord exploré la zone, la nature alentour. Nous avons trouvé les ruches et puis Hatidze. »

Un tel mode de documentaire a aussi ses détracteurs. Certains y voient du non-interventionnisme, voire du voyeurisme. Pour ma part, j’y ai vu une merveille d’humanité. Avec une mise en scène qui surpasse grand nombre de fictions, grâce notamment à une photographie de grande qualité. « Nous n’avons pas utilisé de lumière artificielle. Nous avions juste une petite caméra », a souligné le documentariste, avant de citer la peinture hollandaise et plus particulièrement Johannes Vermeer.

Quant au manque d’intervention, les réalisateurs ont évoqué l’après de l’« héroïne ».
« Elle s’occupe toujours des abeilles, mais elle va déménager, parce nous lui avons acheté une maison avec le prix du festival de Sarajevo », a annoncé la réalisatrice.

Ce jour-là, les réalisateurs ont même amené du miel, pour faire goûter aux spectateurs, malgré l’interdiction sanitaire d’importer un tel produit. Pour ma part, j’ai eu l’occasion de partager une bière à leur table, un soir. Et quand j’ai appris que le film a été sélectionné aux Oscars 2020 dans deux catégories (Meilleur film international et Meilleur film documentaire), je n’ai pensé qu’à une chose. Ils doivent absolument en gagner un. Ce sera la seule fois de ma vie où je pourrai me vanter d’avoir bu des bières avec des Oscarisés.

[Post-edit] C'est raté pour la bière avec des Oscarisés.

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