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Avis sur In the Mood for Love

Avatar Neeco
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M. Chow. Mme Chang. Tous deux virevoltant dans un ballet magistral, se regardant avec le fatalisme de ceux qui n’ont pas choisi. Leur vie a pris un tournant, les a projetés malgré eux dans cette dance douce-amère.

Puisqu’on ne saurait voir, il est important de comprendre. Les personnages sont touchants de sensibilité, désemparés, livrés à eux-mêmes comme des enfants. Ils sont perdus aux milieux de tout ce monde, chez eux, au travail, dans la rue. Le cœur de l’intrigue est invisible, déshumanisé, comme une calamité s’abattant sans raison particulière sur les personnages. Ils sont tiraillés entre la volonté de faire ce qui leur semble juste et le désir d’être heureux malgré tout. Ils se cherchent, l’un comme l’autre, une excuse pour justifier cette attirance qui les a détruits et qui désormais les reconstruit.

Wong Kar-Wai semble hésiter à les filmer ainsi vulnérable. La caméra se fait douce et retirée. Elle se détourne dans un hors-champ sublime respectant la pudeur des protagonistes, leur donnant l’occasion de donner de la droiture à leur vie. Le cadre est souvent surchargé pour donner une contenance à ce couple improbable. Les scènes ne durent jamais bien longtemps, ne cédant pas au voyeurisme. Cette musique lancinante sert de point de repère dans une situation où tout se délite. Elle enivre nos deux personnages qui se perdent l’un dans l’autre, cherchant chez l’autre une excuse, une raison, ou l’insaisissable substance d’une vie désormais brisée.

Malgré tout, dès lors qu’ils se sentent trahis par leurs conjoints respectifs, ce qui faisait la grande force de la mise en scène fragilise l’harmonie du long-métrage. Le jeu que M. Chow et Mme Chang entreprennent semble bien dérisoire face à la gravité de la situation. Le hors-champ devient agaçant et perd beaucoup de sa finesse. Wong Kar-Wai semble à ce moment-là privilégier le style et la composition de cadre à la cohérence des personnages, ce qui sonne un peu creux et casse la subtile construction narrative qui jusque-là faisait toute la sève de In The Mood For Love. La maladresse avec laquelle certaines voix off purement explicatives (ou plutôt voix hors-cadre) sont incrustées obscurcit également la luminosité du film et jure un peu avec le côté très implicite du reste de l’œuvre.

In The Mood For Love est d’une infinie douceur et d’une profonde sensibilité mais se perd vite en effets de style gratuits et artifices de mise en scène assez vains.

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