Un spectacle envoûtant qui se perd dans sa complexité scientifique

Avis sur Interstellar

Avatar Sébastien Decocq
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Cela fait déjà deux ans que Christopher Nolan a clôturé sa trilogie du Dark Knight avec brio (et non sans défauts). Deux ans durant lesquelles il a fallu attendre le nouveau hit du réalisateur, en passant par des productions hollywoodiennes plutôt oubliables (Man of Steel et Transcendance). Deux ans pour qu’on apprenne que le Britannique, aidé une nouvelle fois de son frère Jonathan pour le scénario, prenne la barre d’un ancien projet à la base destiné à Steven Spielberg : Interstellar. Un film dont le mystère a été gardé jusqu’au bout, sans que l’on sache véritablement de quoi parlait le long-métrage (juste une équipe d’astronautes partant à la recherche d’autres planètes habitables pour sauver l’humanité de la Terre qui se meurt, le tout en passant par d’autres dimensions). Bref, alléchant ! Mais même Nolan peut décevoir. Ce film en est l’exemple.

Si beaucoup se posent encore bien des questions sur le succès de Nolan (le fait que sa mise en scène soit considérée comme basique pour certains), il faut lui reconnaître une chose : c’est un conteur hors pair ! Il n’y a qu’à voir sa filmographie, composée essentiellement de films qui proposent des histoires pour le moins tordues (Inception en tête), des personnages complexes au possible, des trames regorgeant de révélations qui changent notre perception de l’histoire même, et d’œuvres qui aiment manipuler le temps et la réalité au maximum. Il est vrai qu’Interstellar était prévu pour Spielberg, et cela se ressent dans l’écriture : au lieu d’un héros en quête d’identité qui va chercher à atteindre son but en passant par la vengeance, nous avons une histoire familiale dont les valeurs seront à la base du récit dans son intégralité, à savoir l’exploration de l’inconnu. Si Nolan et son frère Jonathan s’en sortent brillamment par un travail d’écriture pointilleux comme à leur habitude (répliques, symbolisme…), qui arrive à livrer des séquences très touchantes voire poignantes à vous tirer quelques larmes, nous sommes bien loin des personnages complexes et sombres des autres films du cinéaste. Du coup, nous nous retrouvons avec un film qui, malgré son postulat, ne sort pas vraiment de l’ordinaire. Et dont les retournements de situations n’impressionnent pas autant que dans un Memento, Le Pretige, The Dark Knight ou encore Inception.

Même si Interstellar avait une base spielbergienne, Nolan a réussi à s’imprégner du récit en intégrant la plupart de ses thématiques propres. Comme la distorsion du temps, qui joue ici un rôle majeur dans le récit (ne vous inquiétez pas, le spoiler s’arrête là), permettant des séquences parallèles, un montage aux petits oignons et des ellipses bien pensées. Ou encore un personnage qui se fait manipulé à cause de ses faiblesses (ici, l’amour qu’il porte à sa famille). Et enfin, la réalité. Car malgré son côté science-fiction, Interstellar se veut être d’un réalisme exemplaire. N’utilisant aucun effet sonore lors des séquences spatiales, et allant jusqu’à utiliser les travaux d’un astrophysicien de renommée (Caltech Kip Thorne) pour que l’ensemble soit crédible au possible. Problème : Interstellar ne passionnera pas tout le monde. La faute à un manque flagrant d’explications qui auraient été nécessaires à certains moments.

Encore une fois, certaines personnes critiquent Nolan et sa manie à vulgariser chacun de ses scripts. Il faudrait remettre les pendules à l’heure : si nous n’avions pas eu la « présentation » de l’amnésie de Leonard dans Memento, nous nous ne serions jamais autant attachés au personnage et le final aurait eu moins d’impact. Si Inception n’avait pas pris autant de temps à nous présenter l’univers du rêve (au moins pendant sa première heure), nous n’aurions pas pu grandement apprécier le reste du film, une phénoménale séquence d’action de haute volée (car il ne faut pas oublier qu’Inception est un divertissement avant tout). Avec Interstellar, il faut être un crack de la physique et de l’astronomie pour comprendre le film à 100%. Il faut connaître la relativité et les diverses lois de ce genre sur le bout des doigts pour que l’on ne se sente aucunement perdu. De ce fait, Interstellar n’arrive pas à capter l’attention des néophytes. Avec des théories et des termes scientifiques qui semblent nous être jetés à la figure, comme ça, mine de rien. Sans que l’on sache du pourquoi du comment. En clair, Interstellar use de notions et de sujets qui ne parlent pas à tout le monde, le rendant peu abordable, voire prétentieux, et c’est bien dommage. Gâchant une puissance émotionnelle pourtant bien présente et un final qui devient bien plus abracadabrant qu’autre chose. Et avec une durée de 2h49, le temps paraît excessivement long devant un tel long-métrage (vous aurez souvent le geste de regarder votre montre).

Une ombre qui n’enlève en rien l’expérience cinématographique qu’est Interstellar. Si nous sommes bien loin de la claque à sensations qu’était Gravity l’année dernière, le film de Nolan parvient à émerveiller. Par les séquences émotionnelles déjà évoquées précédemment, mais surtout par ses images. Des plans spatiaux d’une beauté rarement atteinte, réalisés à l’ancienne (très peu d’apports d’effets numériques, pour un budget en dessous de la moyenne des blockbusters de ce calbire, soiit 165 millions de dollars) à la manière de la première trilogie Star Wars ou de 2001 : l’Odyssée de l’Espace. Le tout embelli par la partition poétique et virevoltante du compositeur Hans Zimmer, faisant oublier sa frénésie « boomesque » d’Inception qui n’arrête pas de se répéter au fil de ses collaborations sur d’autres films. Même si Interstellar se montre maladroit dans son scénario, il se présente comme la représentation d’un rêve. De la quintessence même de l’exploration qui est d’être époustouflé par les décors qui nous entourent, par l’inconnu qui se montre à la fois extraordinaire et dangereux. Une aventure que tout homme désire vivre un jour de sa vie. Alors, avec des comédiens en grande forme, allant de Matthew McConaughey à Michael Caine, en passant par Anne Hathaway, Jessica Chastain, la jeune Mackenzie Foy et un invité surprise (je vous laisse découvrir qui), dont la justesse d’interprétation apporte énormément de crédibilité à l’ensemble, nous ne pouvons que nous attacher aux personnages et à leur quête, malgré les difficultés de compréhension.

En somme, Interstellar en aura fait attendre plus d’un ! Cependant, il ne se présente pas comme le Christopher Nolan ultime que beaucoup attendaient. La faute à l’oubli que le cinéma est un langage universel, qu’il parle à tout le monde. Le manque de précisions dans le récit empêche donc à l’intégralité des spectateurs de se plonger pleinement dans l’aventure et de pouvoir profiter du spectacle émotionnel et humain qu’est Interstellar. Un bon film, cela va de soit ! Mais bien en-dessous de ce que le réalisateur a déjà pu nous livrer par le passé.

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