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Interstellar par Nonore

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Attention : cette critique contient de légers spoilers.

La première erreur quand on regarde un film de Christopher Nolan, c'est de croire qu'il fait un cinéma sans émotion, vide et froid. La seconde erreur, c'est tout simplement d'admettre que le cinéaste est prétentieux.

Non, Nolan n'est rien de tout cela. Interstellar reste alors un parfait exemple pour démontrer que son cinéma regorge de sentiments humains complexes, d'idées cinématographiques, et certainement, d'une grande part de modestie. Le dernier film du réalisateur anglais représente une vague, une immense vague qui vous arrache les pieds de la Terre et vous amène à la cime d'une haute montagne, pour que vous, Hommes, regardiez le monde d'en haut. Par l'intermédiaire de cette vague, Nolan y transmet toutes les conceptions cinématographiques déjà présentes dans ses autres films. Par ailleurs, en passant par-dessus cette vague, Nolan franchit une nouvelle étape, et divulgue des aspects encore inconnus de sa filmographie. Bien entendu, le cinéaste n'est pas tout seul pour accomplir cette tâche. Il peut toujours compter sur le maître musical Zimmer qui nous happe, de par la même occasion, dans un tourbillon d'émotions. Le compositeur avoisine une musique aléatoire, très contemporaine, avec des sons musicaux à la limite de l'inaudible, et pourtant magnifiquement beaux. Cette musique étrange que Zimmer emprunte peut être pour la première fois, berce et fait valser le film dans une odyssée spectaculaire. En outre, ce qu'il ne faut surtout pas oublier, c'est que le réalisateur ne se dispense de raconter un récit incroyablement humain au milieu de cet océan galactique. Voilà pourquoi le compositeur utilise quelques de sonorités terriennes, comme la foudre ou le vent, au début de ces musiques, mais qui finalement disparaissent peu à peu dans la galaxie. Dans l'espace, rien ne porte le son. Aussi, ces sons terriens font nécessairement références à l'Humanité, or cette dernière n'a pas pour vocation à rester sur Terre.

Ainsi, nous sommes nos propres destructeurs ? Parce que notre vie devient alors impossible sur Terre, l'Humanité devrait-elle mourir ? Non. Nolan tire ici une vision très humaniste, qui ne vise pas à réduire les Hommes pour ce qu'ils ne sont pas, c'est à dire de vulgaires êtres composés de matières organiques, périssables dans la terre tels des vers. De cette manière, dès le départ, il donne un aspect divin à son film. Interstellar est un « fantôme », non pas comme l'on peut l'imaginer dans une conversation simple, mais comme une entité humaine. Cette entité humaine, c'est Cooper. Avec ce personnage, Nolan s'attaque à un sujet central dans la tradition de la science-fiction, lorsqu'elle se déroule dans l'espace : la conjonction de l'immensité avec la petitesse. Par contre, il le fait d'une façon plutôt inattendue. Ces deux notions ne sont pas alors mêlées, mais elles appartiennent à un même ensemble, et cet ensemble justement, c'est l'Homme. En effet, c'est tout d'abord l'histoire d'un homme, veuf et père de deux enfants, mais qui se confronte à un dilemme : il a le choix de partir dans l'espace, sauver l'Humanité, mais à condition d'abandonner sa ferme, son fils et sa fille. Cooper rêve de grandeur, de parcourir les lieux inconnus de la galaxie, sans savoir que c'est sa propre ignorance qu'il va devoir résoudre. Il faut dire que le film se divise en plusieurs actes : il commence par un échec. Cet échec est à la fois présent chez le personnage de Cooper qui n'a pas pu développer ses ambitions personnelles, mais aussi un échec pour les Hommes qui se retrouvent dans une situation dont ils ne voient pas l'issue. Par la suite, le film devient une course-poursuite vers un objectif ultime : l'avenir. C'est pour cette raison que Nolan joue alors avec cette dimension, en employant des théories physiques comme la relativité du Temps. Que l'on soit bien d'accord, je ne suis absolument pas à même d'expliquer, voire même de comprendre l'ensemble des notions physiques qui sont dans ce film. Pourtant, c'est grâce à cette même incompréhension que le film fonctionne. L'incompréhension amène donc à l'inconnu, par conséquent à l'imagination et la fascination. Que le temps puisse s'étirer dans l'espace peut sembler facile à concevoir, mais que ce phénomène soit réel demeure bien au-delà de la compréhension humaine. Comment rattraper le Temps ? Comment réparer nos erreurs passées ? Il ne s'agit pas de revenir en arrière. Il s'agit de l'utiliser, ce Temps, de savoir le manier pour que les prochaines heures à venir ne soient pas perdues.

Cooper a donc le choix de partir ou de rester. En réalité, il ne s'agit nullement d'un choix. Il n'y a qu'une seule possibilité. Ainsi, Nolan présente toujours une alternative dans son film, mais il n'y en a qu'une seule proposition qui soit possible et réalisable. D'ailleurs, ce n'est même pas une question qu'elle soit réalisable ou non, mais plutôt du fait que l'option possible est la plus nécessaire. L'Homme agit selon ses besoins, et il n'en oublie jamais sa survie. Cooper a donc l'obligation de s'en aller, tout comme l'Humanité n'a pas pour vocation de rester sur Terre. Faut-il y voir une conception de la Mort dans ce désir de quitter la Terre ? Nolan dit bien plus que nous devons nous déplacer dans l'espace pour assurer l'avenir de l'Humanité. Effectivement, au-delà de notre corps, et donc de notre matière, se trouve en nous une âme. Cela veut dire que notre substance étendue peut donc se mouvementer dans l'espace, mais également que notre substance pensante peut alors demeurer dans le Temps et l'Espace, en plus de se déplacer. C'est pourquoi Nolan paraît très cartésien dans son explication. Malheureusement, on a l'habitude de dire que la science ne peut se mêler aux discours philosophiques car ils paraissent très peu rationnels. Cependant, c'est tout à fait le contraire qui se produit dans Interstellar. Le cinéaste a la maturité de mélanger les théories physiques à des élans lyriques contemplatifs. On ne peut dissocier la physique de la philosophie, ou plutôt l'inverse, car la métaphysique découle de la connexion entre ces deux notions. De plus, Nolan arrive à contourner les limites de la vision rationaliste du monde, à savoir l'idée selon laquelle tout doit être démontré, et que tout est explicable. Cette vision semble impossible car les démonstrations sont faites par les Hommes, par Cooper et son équipe, et qu'en chemin, les erreurs s'accumulent, les fausses idées se superposent jusqu'à n'en garder qu'une ultime vérité : seul l'Amour transcende le Temps et l'Espace. Ah que cela paraît bien naïf me diriez-vous !

Pour autant, Nolan arrive à cette seule et unique vérité au terme de cette aventure, et elle est la plus belle et la plus pure de toutes les forces universelles. Plus attractive que la gravité elle-même, comme le supposait le film Gravity un an plus tôt. Car c'est bien là que les deux films marquent une opposition. Si pour Cuaron, rien n'était plus fort que l'attraction terrestre, pour Nolan, il s'agit de viser nettement plus haut. Certes, il reste convaincu que la survie fait partie intégrante des Hommes, et certainement de toutes espèces animales, néanmoins, ce désir de vivre peut être guidé par l'Amour. Néanmoins, Nolan ne manque de souligner son récit pour des actes et des comportements humains. Il rejoint alors Gravity lorsqu'il énonce qu'il est impossible pour l'Homme de vivre sans l'Homme. Autrement dit, les êtres humains ne peuvent se passer de la compagnie humaine. L'Homme a donc besoin de lui-même pour exprimer sa haine ou son amour envers lui. Il est par conséquent difficile de rester seul, et la solitude est la pire des maladies. Par ailleurs, Nolan allie cette solitude à la notion du Temps, évidemment. L'Amour est donc la plus pure de toutes les protections. Elle nous protège nous-mêmes et nous conduis à faire des actes de bravoure. Oh non, Nolan ne parle pas de l'amour passionnel ! Il s'étend sur celui le plus simple et le plus fort : celui entre un parent et ses enfants. Que sommes-nous prêts à faire pour assurer un avenir meilleur pour nos enfants ? Jusqu'où peut-on aller, quitte à nous haïr, pour protéger les générations futures ? Cooper doit donc à la fois penser à ses devoirs personnels mais aussi à un objectif plus grand. C'est ainsi que la scène de la cinquième dimension prend tout son sens. Après avoir vu l'inconnu, affronter les limites de ce qui n'avait jamais été vu auparavant, Cooper comprend. De l'obscurité jaillit la lumière. Quoi de plus divin que cette idée ! Quoi de plus pure, et de plus simple ! Cooper devient alors dans la dernière partie, ce à quoi il était présupposé à être : une entité.

Ainsi, nous sommes nos propres créateurs ? Surement que non, mais Nolan est sûr d'une chose : il y a une entité pour nous guider, pour nous protéger. Cette entité est l'Amour qui se manifeste chez le personnage de Cooper, ce « fantôme ». Nous ne sommes pas nos créateurs, mais nous sommes nos propres dieux, nous sommes « eux ». Ce qui justifierait nettement le choix de Zimmer à utiliser des orgues dans sa fabuleuse partition. Nous ne pouvons pas dire que ce serait une intention religieuse de la part de Nolan, mais plutôt un moyen rationnel d'expliquer le fondement de toute chose. Le fondement de toute chose, c'est la divinité humaine guidée par l'Amour. Nous sommes en haut de la montagne et nous observons le monde d'en haut pour mieux comprendre nos erreurs. Voilà pourquoi Interstellar est une vague qui emporte tout, une vague qui glorifie l'Homme.

Nolan ne peut pas être prétentieux, il est profondément humaniste. Il est modeste pour sa simplicité en usant les effets mécaniques plutôt que les effets numériques. Il ne montre pas l'espace en tant qu'objet d'enchantement, mais comme un instrument pour démontrer la grandeur de l'Humanité. Le réalisateur avait alors demandé à son compositeur d'écrire une musique qui va à l'essentiel, à ce qu'il y a de plus pure. Zimmer a donc écrit pour les émotions, il a écrit une musique à la hauteur des capacités humaines et de sa grandiloquence, en explorant les parties inconnues de l'Homme, et en apportant son lot d'étrangeté. Il faut alors avouer que Nolan est parti dans cette même direction humaniste, sans pour autant être trop anthropocentriste, fort heureusement.

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