Jeanne bâtée

Avis sur Jeanne d'Arc

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Durant la Guerre de Cent Ans, ayant vu sa sœur éventrée et violée sous ses yeux par des soldats anglais et poussée par des voix mystérieuses qu’elle prétend entendre, Jeanne d’Arc (Milla Jovovich, insupportable) prend les armes pour aller faire sacrer le dauphin (John Malkovich, insupportable) à Reims et bouter les Anglais hors du royaume de France. Mais sur sa route, elle va rencontrer le scepticisme de ses compagnons (Tchéky Karyo, Vincent Cassel, Pascal Greggory, Richard Ridings, tous plus insupportables les uns que les autres) et la haine des puissants (Faye Dunaway, Timothy West, insupportables). Jusqu’à la faire douter de la réalité de ses voix, qui, après tout, ne seraient peut-être bien qu’une émanation de sa conscience (Dustin Hoffman, insupportable).

Il y a chez Ridley Scott une qualité que je n’avais pas toujours remarquée à ce point : qu’il y soit fidèle ou non dans la transcription cinématographique qu’il en fait, il respecte l’Histoire. Indéniablement, on ne peut pas dire la même chose de Luc Besson. Que l’on compare le cinéma de l’un et de l’autre, et l’on comprend en un clin d’œil ce qui cloche dans Jeanne d’Arc. Là où Ridley Scott, malgré ses défauts, essaye de comprendre la mentalité des personnages historiques auxquels il s’intéresse, là où le réalisateur britannique cherche à s’en tenir aux faits et à justifier les actes de ses personnages, Luc Besson massacre tout sur son chemin sans chercher à comprendre quoi que ce soit, et encore moins à respecter des faits historiques. On avait déjà vu le bulldozer Besson à l’œuvre, mais jamais avec une telle efficacité.

Ici, le réalisateur français nous avoue sans scrupules qu’il n’a rien compris à l’histoire qu’il adapte. Pire, il n’a jamais cherché à la comprendre, et en réalité, il hait même ce qu’il nous montre. Sans conteste, Besson hait la religion autant qu’il méprise l’Histoire. Dès lors, on comprend mieux ce qui le pousse à adapter l’histoire de Jeanne d’Arc : sa seule volonté est de détruire la plus belle page de l’histoire de son pays, en la souillant par son refus total de la moindre historicité, son incompréhension absolue et volontaire du fait religieux et par sa pachydermique absence de talent.
L’absence de talent, si l'on en juge au nombre d’occurrences du mot «insupportable» qui égayent le résumé ci-dessus, on la retrouve au niveau du casting, en haut duquel l’atterrante Milla Jovovich révèle qu’elle n’a pas la moindre notion de base de son métier de comédienne, et que son seul « atout » est de s’être mise à la colle avec le réalisateur français pour se persuader qu’elle était une actrice. Ce ne serait peut-être pas si grave si cette totale incompétence ne déteignait sur les acteurs pourtant confirmés que sont John Malkovich, Faye Dunaway et Dustin Hoffman. Elle déteint même plus loin, puisque même le directeur de la photographie Thierry Arbogast a oublié les lois les plus rudimentaires de son art. Ne parvenant jamais à distiller la moindre tonalité épique dans des scènes de batailles qu’on dirait toutes droit sorties d’une adaptation d’Astérix, la mise en scène d’Arbogast et Besson ne fait jamais rien passer, charcutée par un montage totalement désastreux et un mixage son qui s’arrange pour couvrir la moitié des répliques durant les scènes d’action. Le seul qui résiste à cette vague d’incompétence, c’est Eric Serra, dont la musique, parfois passable, contient quelques belles envolées lyriques.

En revanche, il n’existe aucun mot pour qualifier l’écriture du scénario et des dialogues, dont les coupables se nomment Luc Besson (forcément…) et Andrew Birkin. On ne fera jamais le tour de ce néant apocalyptique tant il semble avoir pour seul but de repousser sans fin les limites de la connerie. Au lieu de s’appuyer sur les nombreuses sources historiques et textes historiographiques que l’on a aujourd’hui, Besson et Birkin s’ingénient à créer de toutes pièces une histoire dont le but est de croiser le moins possible la réalité. Aidé par la catastrophique Milla Jovovich, le scénario n’a pour seul but que de faire passer Jeanne d’Arc pour une illuminée dont le fanatisme dangereux causa la perte de milliers d’hommes. Du haut de sa caméra et comme si elle n’avait pas assez souffert de son vivant, Besson s’arroge donc le droit d’intenter un nouveau procès à cette pauvre Jeanne d’Arc, encore plus inique que celui dont il se fait l’écho 600 ans après, ne représentant l’héroïne que sous les traits d’une folle instable pendant que l’évêque Cauchon est, lui, montré comme un homme d’Eglise certes caractériel mais honnête qui ne recherche que la vérité…
Pour bien nous convaincre, Besson ne trouve d'ailleurs rien de mieux que d’illustrer les « visions » de Jeanne, lors des scènes les plus laides de toute l’histoire du cinéma, de manière complètement rocambolesque et ridicule, en remplaçant les saintes que la Pucelle d’Orléans déclara avoir vu par un homme à trois âges différents de sa vie, que le générique appelle sobrement, sans doute parce que la mégalomanie de Besson l’a poussé à se prendre pour Victor Hugo, « La conscience ». Et lorsqu’on entend l’indigeste salmigondis que Dustin Hoffman déclame à l’écran, on se prend à imaginer, non sans fou rire, ce à quoi peut bien ressembler la conscience de M. Besson… Sans doute pas à grand-chose, puisqu’elle l’autorise à insulter pendant 2h30 une des plus grandes figures de l’Histoire de France, et même de l’Histoire mondiale (puisque la tendance actuelle en est là) sans jamais apporter la moindre once de cinéma dans tout cela. En tous cas, espérons que la conscience du spectateur, saura, elle, le détourner de ce tissu de mensonges historiques plutôt que de le faire supporter le délire de demeurés mentaux qui, dans leur haine ignare de la religion, sont encore persuadés qu’un chrétien ne peut que douter de sa foi…

Qu’un tel étron puisse sortir d’un cerveau humain, on en doute un moment, avant de se dire que c’est tout de même faire beaucoup d’honneur aux responsables de cette atrocité sans nom que de leur prêter un cerveau. On peut essayer d’en rire, mais malheureusement, on n’arrive qu’à en pleurer.
Un point positif reste tout de même à constater à l’issue de cette innommable bouse : après avoir vidé son corps de toutes les larmes de rage qu’il pouvait contenir, l’auteur de ces lignes a réussi à tenir jusqu’au bout des 2h30 les plus insoutenables de sa vie. Ce qui prouve bel et bien, quoique prétendent Besson et sa secte, que les miracles existent.

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