Il n'y a pas d'âge pour être capitaliste

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Avatar Coline Lalaut
Critique publiée par le

« On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans », ce vers d'Arthur Rimbaud ne saurait mois correspondre à Isabelle, cette jeune fille si réfléchie, qui ne sourit pas beaucoup.
Isabelle est un mystère : son visage et sa silhouette fascinent ; ses silences inquiètent. Pourtant derrière son angélisme, se cache une jeune fille déterminée.

Isabelle n'est plus une petite fille. Elle a profité d'un été à la mer pour se délester de la « corvée » désagréable de sa « première fois ». Un flirt utile avec un allemand de passage. Rien de plus. Pas de quoi romancer à l'extrême car soyons honnête, le premier pas n'est pas le plus agréable. La jeune fille regarde sur le côté et attend que ça passe ; le garçon est attentionné mais pas trop ; après tout il rend service. Les adultes sont ravis : leur fille est dans la norme.

Et puis, de retour à Paris, Isabelle doit se dire que si tout le monde y attache autant d'importance, autant en faire un business. Quitte à donner du plaisir, autant fixer un tarif.

Vous l'aurez compris, le film de François Ozon n'est pas dénué de cynisme. Son héroine est une capitaliste pure et dure qui fixe sa propre valeur à une clientèle expérimentée et avertie. Comme elle le dit elle même, le plus excitant, c'est d'entrer sur le marché (la couverture marketting sur internet, les propositions, les rendez-vous...), le reste, c'est de la technique.Que ce soit agréable ou désagréable, peu importe. Pour cinq cent euros, elle peut bien prendre quatre douches par jours! Et puis, comme elle l'explique à son frère, le sexe est question de pratique. Il faut s'entraîner pour être bon.
Isabelle n'est ni une prostitué (elle n'a pas besoin de cet argent pour vivre; elle le prend car elle le mérite), ni une nymphomane ; c'est une jeune fille pragmatique.

Le film de François Ozon ne nous en dit pas plus sur les mobiles d'Isabelle. Une fois découverte, elle ne s'explique pas et se joue de ceux qui se sentent choqués par son comportement. Le film prend alors une nouvelle tournure, il devient « amusant ». Sa mère essaye de comprendre (peut être est ce le divorce de ses parents, le fait que son père soit loin? Bref, elle cherche des traumatismes là où il n'y en a pas), son frère n'en est que plus intrigué par sa propre sexualité et son beau père devient une cible potentielle. Le chaos n'est cependant que de courte durée; il suffit à Isabelle de sortir avec un garçon de son âge pour que « tout rentre dans l'ordre ». Mais la normalité est d'un ennui...finalement, Rimbaud avait raison « on n'est pas sérieux quand on a dix sept ans »...

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