Des images et un acteur

Avis sur Joker

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« Des images et un acteur » : c’est tout ce qu’on est en droit d’espérer d’un blockbuster faisant de la mousse aujourd’hui. Et c’est déjà beaucoup : une réalisation propre et équilibrée, sans excès ni académisme, une photo irréprochable, un acteur central oscarisable, capable d’inventer une voix, une posture, une gestuelle et même un corps.

C’est déjà énorme effectivement, car cela suppose une combinaison de compétences assez rare. Mais ce chantier réussi ne sera peut-être pas suffisant pour faire parler les historiens du cinéma dans 50 ans, autrement que sous la forme d’une thèse dédiée au « social-populisme dans le cinéma étatsunien sous Trump (2016-2024) ».

C’est déjà énorme, mais ça ne fait pas un film, ni même une histoire. Rien dans ce film ne nous sort du confort que peut ressentir le consommateur face à une pièce bien dimensionnée. Il y a tout d’abord le ronron que suppose la préquelle : on connait le point d’arrivée, on connait le film avant de l’avoir vu, on remarque à peine les clins d’œil aux futurs Batman tellement on les a attendus. Aussi brillant soit-il, ce film ne vient finalement que remplir un espace, dans l’immense pré-carré que constitue sa franchise – ou son « universe », pour le dire avec le vocabulaire sacralisant de ceux qui se font une vocation de confondre l’artistique et le mercantile.

Il y a ensuite cette immense impression de déjà-vu, que certains appellent « méta », et d’autres « postmodernisme ». Il faut avoir vu bien peu de films pour s’étonner devant ce Joker, qui donne parfois l’impression de n’être rien de plus qu’un remake déstructuré de la Valse des pantins, de Taxi Driver et d’une multitude d’autres films new-yorkais.

Il y a enfin ce sous-texte socialiste assez grossier, qu’on a bien de la peine à appeler « sous-texte » d’ailleurs, tant il s’impose avec l’évidence d’un tract syndical. Tout au long du film s’égrainent les facteurs criminogènes et les politiques économiques qui les aggravent. Comme si tout cela n’était déjà pas suffisamment cousu de fil blanc, le Joker répète et réarticule sous forme de conclusion : « What do you get when you cross a mentally-ill loner with a society that abandons him and treats him like trash ? ». On comprend après visionnage pourquoi, à la sortie du film, des millions d’avatars du Joker ont fleuri aux quatre coins du net, pour signifier le « moi virtuel » d’autant d’adolescents de gauche comme de droite, qui pensent chacun avoir compris la philosophie profonde de ce brulot. Il faut en effet être bien jeune pour croire à une quelconque profondeur sous ces superficialités.

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