Difficile de faire un cas d'école plus parlant que ce film, car il pose une question simple : quel élément est pour vous le plus important d'un film ?
Si à cette question votre réponse est "la beauté des plans", alors vous aimerez Jurassic World : Fallen Kingdom (qu'on appellera désormais Fallen Kingdom parce que sinon c'est chiant et à écrire et à lire). Certains plans sont tout bonnement splendide et une version "National Geographic" compilant les plus beaux plans du film ferait un très joli cadeau de Noël pour votre papa.
Si à cette question votre réponse est "la technique de mise en scène", vous devriez apprécier le film. Certains idées sont très bonnes et globalement bien maîtrisées (la fuite en "Boule gyroscopique", le travelling sur Chris Pratt dans la salle d'enchère, les plans de la B-A avec l'Indoraptor traité comme un croque-mitaine), même s'il ne faut pas trop se pencher sur la pertinence de ces choix. Esthétiquement, ça claque. C'est toujours ça de pris sur le premier (forcément, quand on passe de super-tâcheron à un vrai réalisateur, ça aide.)
Si à cette question votre réponse est "les acteurs", ça va se compliquer un peu. On sauvera Isabella Sermon, qui évite à Maisie Lockwood de sombrer définitivement dans la case "gamin chiant". Chris Pratt joue Star Lord chez les dinosaures, débarrassé du coté un peu antipathique de Grady dans le premier Jurassic World (dommage). Les autres font globalement ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Et James Cromwell a de la classe, mais James Cromwell aurait de la classe en jouant un homme statue aveugle.
Si à cette question votre réponse est "les personnages", ça va se compliquer beaucoup. Grady et Claire sont totalement modifiés (ce n'est pas une évolution de personnage, ce sont des personnages différents ayant le même nom et la même gueule) et si Star-Grady reste un héros de film américain correct, Claire explore un nouveau coté de l'insupportable, dans son rôle d'idéaliste cliché. Elle est heureusement sauvée par les deux pires side-kicks que l'on peut imaginer : d'un coté Zia, la pseudo femme forte (elle a de la gueule, mais rassurez vous elle ne fera rien) et surtout de l'autre, Franklin Webb le geek. Parce qu'appeler un geek Webb, c'est rigolo. Hihi. Limiter ses dialogues à des complaintes et des cris de terreurs c'est marrant. Parce que c'est un geek tu vois, il est jamais sorti de chez lui. Hihi. Les années 90 ont appelées, elles veulent qu'on leur rende leur description du geek.
Les autres peuvent se résumer comme ceci : un vieux, une gamine, le futur connard n°1 du film, un abruti qui finira rapidement connard n°2, une armada de figurants avec des armes, un connard petit et moche, le scientifique qui sert de lien à tout ça, des gens qui serviront à se faire bouffer en criant de façon pas crédible, Jeff Goldblum qui vient prendre son chèque.
Si à cette question votre réponse est "l'histoire" ou "la cohérence" ou "le message", préparez des seaux de haine. Parce que vous allez hurler toutes les 5 minutes. Et pas de terreur. Absolument RIEN dans ce film n'a le moindre sens. Il n'avance que parce que les personnages prennent des décisions stupides
ah et je ne l'ai pas évoqué au point précédent, mais TOUS les personnages et TOUTES les péripéties sont idiots.
Sans.
Exception.
Aucune.
Un Oscar de la connerie au chasseur. Vous vous rappelez du personnage fun et assez attachant de Pete Postlewaithe dans Le Monde Perdu ? Ben c'est le même, sans les neurones, sans le fun et sans le coté attachant. Bref c'est du vomi du chasseur du Monde Perdu.
Vous aviez trouvé ça quand même un peu con leur histoire de I-Rex génétiquement modifié dans le précédent ? Ne vous inquiétez pas, ici on a pareil, mais en plus bête. C'est toujours bien de reprendre la pire idée de film précédent pour la redévelopper encore plus bêtement. Ce coup ci, pas besoin d'un gros showdown avec un T Rex et un raptor (filmé n'importe comment mais qui avait au moins eu le bon gout de me renvoyer en enfance en train de faire le con avec mes figurines) pour s'en débarrasser. Non, là il se fait dominer de bout en bout par Blue alors qu'il fait le double de sa taille. Bon ben merci "le nouveau chasseur le plus puissant au monde après tous les autres", "l'arme ultime sauf si le mec en face à une kalash", "le ratisseur de grottes deux fois plus larges et deux fois plus hautes qu'un humain", on se rappelle, hein. Eh oui, c'est toujours le même mobile terriblement con derrière le film : transformer un raptor en arme. Le scénario de ce film est un golem de caca...
Vous vous rappelez la scène dans la B-A avec l'Indoraptor qui fait comme un croque-mitaine ? Elle est jolie n'est-ce pas ? Ca oui, elle est jolie. Elle est aussi complètement débile. Parce que pour cela, il faut que :
- la gamine, qui est réveillée et en fuite, se dise que se cacher SOUS SES DRAPS c'est mieux que sous le lit. Alors que la bête ne peut PAS passer sous le lit.
- la bestiole, qui cherche à tout prix à la bouffer depuis bien 10 minutes, se dise tout à coup que bon, lui sauter dessus, c'est so 2015, on va jouer un peu à la place, pis ça fera bien dans la BA
- un énième Deus ex Machina intervienne juste après, avant que la gosse ne se fasse transformer en kebab
En parlant de Deus ex Machina, on sera ravi de constater que le film ne dépend QUE DE CA pour résoudre ses situations. Et souvent par le biais du T-Rex, devenu étonnement silencieux (personne ne l'entends jamais arriver. Allez, aux chiottes le grondement, les tremblements du sol, etc...), de Blue ou d'un personnage qui avait disparu depuis 15 minutes (et qu'on ne voulait pas voir revenir).
Et un dernier mot sur les dinos. Dans les 3 premiers films, les dinosaures sont et agissent comme des animaux. Ni plus ni moins.
Jurassic World fait de même mais commence doucement à introduire (mal) des réactions "humaines", surtout avec Blue. mais les autres sont des animaux. Même l'I-Rex est avant tout un animal.
Fallen Kingdom transforme son Indoraptor en méchant de slasher. Et Blue en Mary Sue.
Et le message du film ? Euh, à part "vous êtes tous débiles. on se revois pour le 3 ?" je sais pas.
Enfin si, y a toute leur histoire à la con sur le clonage. Le message serait donc dans ce cas "si tu avais la technologie pour pouvoir recréer des organes parfaitement compatible à volonté et ainsi sauver des millions de personnes mais que tu ne l'utilisais QUE pour cloner ta fille disparue avant de ne plus l'utiliser pendant 10 ANS, tu serais quand même un gros étron". Et aussi "Apparemment, libérer 11 dinosaures à proximité d'une grande ville est la plus proche définition d'un cataclysme d'ampleur planétaire pour Colin Trevorrow"
Bref ce film est une catastrophe, une purge narrative pire encore que le précédent, avec des personnages encore plus cons. Mais esthétiquement il est plus beau.
A choisir j'aurais préféré laisser super-tâcheron à la réalisation et embaucher un scénariste compétent. (ou, mais là on est dans le fantasme absolu, embaucher un scénariste compétent ET embaucher Bayona à la réal. Histoire de remonter au niveau de Jurassic Park un jour, pour voir.)
Choisi ton camp mon ami : histoire, et si c'est beau ben on passera de "bon film" à "grand film", ou juste des jolies images et on s'en fout si ce sont des jolies images d'une montagne de merde ?
ah, et j'ai pas parler de la musique !!!
Mais bon comme elle n'a aucun intérêt, j'avais pas grand chose à en dire de toute façon.