Le beau rêve de l'Amérique.

Avis sur Jusqu'au bout du rêve

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La période 80s-90s représente une des décennies les plus profiliques et folles de la production cinématographique américaine, poussée à la fois par ce délire tout autour de la nouvelle vague frenchy d'un côté et cette exaltation libertaire des années hippies de l'autre, avec toutes les nuances possibles et imaginables entre les deux permettant à des OFNIs (Objets Filmiques Non Identifiés) de trouver un budget et d'être tournés avec des acteurs tout de même assez mainstream à l'époque, comme par exemple Kevin Costner.

Et cela tombe bien, c'est de lui que l'on parle ici.

Un fermier, qui n'a que la suspension d'incrédulité pour que l'on puisse l'apeller ainsi - il ne sera jamais en salopette bleue ni n'aura la moindre saleté sur son beau visage tout lisse et ses vêtements (chemise blanche et pantalon beige) resteront pour ainsi dire sans la moindre salissure même lorsqu'il travaillera dans les champs, entend des voix étranges en se balladant dans son gigantesque champ de maïs. Il exécute les désirs de la voix et monte à lui tout seul ou presque un terrain de baseball, un des sports emblématiques des Etats-Unis d'Amérique avec le basket ball et le Foot US. Il part alors, toujours guidé par cette voix mystérieuse, à la recherche de joueurs de baseball légendaires pour continuer ce rêve et donner raison à la prédiction de la voix.

Il ne s'agit ici finalement que d'une belle tentative de réconciliation nationale et de rédemption à travers le baseball et ce que pourquoi les Américains croient s'être battus, c'est-dire la liberté, du moins leur vision de la liberté via "le rêve américain". Référence au "facisme" de Staline - Staline ne l'a jamais été au sens premier du terme mais c'est un Américain qu a écrit le film alors, retrouvailles entre les joueurs déchus de la ligue et l'odeur du gazon frais aidé par un joueur qui, christiannique, joue à n'importe quel prix mais aime ses compagnons tout de même, dernier acte d'un militant engagé joué par un Colin Powel-like qui rejoint, à la fin, la demeure des fantômes, le joueur - autre forme sacrificielle - abandonnant le jeu à jamais pour aider une petite fille blessée, médecin évidemment généreux puisqu'offrant des lunettes gratuitement aux nécessiteux et, enfin, le père, ex-joueur devenu ouvrier par obligation, dont le rêve se réalise et par la même le rêve américain avec la réussite et la persévérance envers et contre toutes les bisbilles financières de son fils.

Tous représentent à leur niveau un strate de ce que l'Amérique a dû cicatriser comme conflits et a dû reconcilier suite à la guerre du viêt-nam, qui n'est jamais loin quand nous parlons du cinéma américain des années 80, même vers sa fin. Et parce que l'Amérique est pure, comme le baseball, elle arrivera à renaître de ses cendres en s'appuyant sur des ploucs habillés en VRP comme Kevin Costner défendant l'amour, le sacrifice et tout le toutim dans cette guimauve pétaradante constante, je pense notamment au passage où le Colin Powel-like tente de chasser notre faux paysan avec la conviction d'un hippie chargeant une colonne de CRS.

Les acteurs vont du médiocre au surjeu, flattent constamment notre plaisir coupable bien aidé par un script dégoulinant de toute part, et on rigole bien souvent à ses dépends devant les situations, ou mal jouées ou mal mises en scène, avec cette fin finissant de nous achever soit par les zygomatiques soit par la consternation la plus totale avec cette longue, très longue colonne de "voitures" (probablement des projecteurs, mais en soit l'image est plutôt belle) répondant à une prédiction positive de la jeune fille. D'un autre côté, l'oeuvre se veut positive, et amène ses éléments si ce n'est avec intelligence, au moins en gardant une certaine logique interne.

Kevin Costner est lisse au possible, ils auraient pu prendre un patron de fast-food comme héros, que ça aurait été la même chose. Et peut-être même qu'il aurait été plus crédible. Ray Liotta a un regard de pédophile cannibale attardé, la petite fille est sympa, le Colin Powel-like serre la mâchoire et fait les gros yeux (en même temps son rôle de vieil homme bougon n'est franchement pas le plus exigeant), Franck Whaley surnage mais il n'a pas grand chose à faire non plus...

Phil Alden Robinson n'est clairement pas un manchot, les mouvements de sa caméra et ses cadres sont vraiment sympathiques, rien de révolutionnaire mais cela reste appréciable, d'autant que le montage reste globalement correct avec même ici et là quelques légères expérimentations. Pour le reste, et cela me surprend, pas de profondeur de champ ou alors très peu, ce qui jure grandement avec le travail originel sur les cadres et leurs mouvements.

Pas étonnant, donc, que l'AFI, aka "L'Institut du Film Américain" l'ait dans son top 10. La réconciliation nationale autour de deux éléments fédérateurs (Ouvriers/Paysans), je dirais même fondateur, du mythe du rêve américain, tenue par un script relativement digeste et une réalisation moyenne ne pouvait que plaire à une institution promouvant le cinéma américain.

Mais pour nous, pauvres mécréants de la cause, qui savons aussi que les USA ont installé des dictatures (en Argentine par exemple), que le rêve américain n'est qu'un mythe (tout comme l'ascenseur social en France) et que les figures mythologiques sont en permanence dépassées par la réalité, d'autant avec un sport qui ne nous est pas très familier, il ne s'agit que de propagande, de propagande bien enrobée dans de la belle guimauve et plutôt bien foutue certes, mais de la propagande quand même.

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