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L'un de mes registres de blagues préférés d'internet est celui qui consiste à se moquer des fans de Kaamelott, et plus particulièrement de leur impressionnante propension à caser des répliques de la série absolument partout, ainsi qu'à refuser tout oeil critique sur leur oeuvre préférée. Pourtant, à mesure qu'approchait la sortie de la suite du récit arthurien d'Alexandre Astier, je devais bien me rendre à l'évidence : sans être des leurs, j'attendais ce film, et avec impatience, s'il vous plaît. Principalement du fait de l'ambition affichée de son auteur, car j'ai le plus grand respect pour les essais sincères, peu importe qu'ils soient réussis ou non.

Ce qui m'a d'abord frappé, ce sont les moyens visuels que s'est donné le réalisateur pour donner de la solennité et de l'ampleur à son film. Cela tient pour moi à deux facteurs : les décors et leur mise en valeur par le travail sur la photographie. Non seulement le cadre de Kaamelott voit son échelle grandir, mais il se décline en environnements identifiables et souvent assez beaux, effets spéciaux mis à part. De la même manière, le plus grand détail accordé aux costumes permet d'en dire plus de manière subtile sur les personnages faire dans l'exposition lourde, même si certains sont moins réussis et tombent pas loin du ridicule. Tous ces éléments attestent d'une volonté salutaire d'étendre l'univers du récit, et donnent du corps à l'imaginaire de cet univers, et leur découverte est assez plaisante.

Malheureusement, ces avancées techniques font d'autant plus cruellement ressortir la pâleur de la mise en scène, ou plutôt en soulignent l'absence. À de nombreuses reprises, j'ai en effet été frappé par le contraste entre l'épique des prises de vue extérieures - accompagnées d'une musique à l'avenant - et les suites de scènes de dialogues en champ contre champ entre, au plus, deux groupes de personnages, comme si le film se transformait en une suite d'épisodes de la série. Et quand l'action se fait plus présente, elle manque de panache faute d'un cadrage dynamique, et n'est parfois pas loin d'être simplement illisible. C'est sans doute le domaine dans lequel le changement de ton de la saga est le plus laborieux, car il limite le propos à des échanges statiques, alors que le film promet bien plus.

La mise en place de l'intrigue n'est pas non plus aidée par un montage souvent acrobatiquement elliptique qui saute d'une intrigue à l'autre trop abruptement pour permettre une implication émotionnelle durable. Rapidement, ce rythme fatigue et donne l'impression d'assister à un enchaînement de saynètes sans véritable lien entre elles. Il faut dire que l'écriture de la première partie du film appelle ce type de dispositif, tant elle se veut exhaustive des forces en présence. Presque tous les personnages de la série nous sont présentés, autant par fan-service que par volonté de pédagogie pour le spectateur non-initié. Si elle a quelque chose de divertissant par la variété et les numéros d'acteurices qu'elle permet (Alain Chabat est hilarant, ce qui n'est pas une immense surprise), elle trouve vite ses limites dans la construction du récit, car elle ne lui laisse pas la place suffisante. Il en va de même pour la série de flash-backs présentés au long du film, suffisamment présente pour alourdir de rythme, mais trop peu développée pour amener un véritable intérêt narratif à l'ensemble.

Car quand arrivent les péripéties proprement dites, elles donnent l'impression d'être expédiées. Pour éviter de spoiler, je m'en tiendrai à un élément de contexte crucial dont le traitement est symptomatique des problèmes que je relève plus haut : la dictature de Lancelot. C'est bien simple, on ne la voit jamais en action. Alors même que, contrairement à la série, le film aurait le budget d'illustrer les horreurs vécues depuis dix ans, il se contente... de les raconter par la bouche des personnages. Or, ce qui fonctionnait comme un terreau à imagination pour les aventures chevaleresques souvent ratées de la série met une sérieuse limite à la densité dramatique de l'univers. Certes, on voit Lancelot râler et crier (sans résultat le plus souvent), mais c'était le cas d'Arthur jusque là, et il ne faisait jamais peur.

La frustration créée par ce déséquilibre dans l'écriture est d'autant plus dure que certains développements de personnages sont habilement mis en scène, ce qui laisse entrapercevoir ce que le film aurait pu être s'il consacrait plus de son temps à son récit qu'à la mise en place de repères rassurants. Je pense en particulier à l'humour, dont la place est souvent mal délimitée, ce qui l'amène à désamorcer plusieurs scènes potentiellement fortes. De manière générale je l'ai trouvé trop présent, même si parfois efficace, car on connaît les talents de dialoguiste de son auteur. Mais, comme pour la mise en scène, j'ai eu l'impression qu'Alexandre Astier a préféré le confort de la familiarité au risque d'une intrigue pourtant prometteuse.

C'est donc une impression générale de maladresse qui domine ce premier volet, dont pour être honnête j'aurais du mal à savoir quoi attendre pour lui succéder. Néanmoins, il reste des enjeux à explorer, et je me dis que maintenant que la machine est lancée et les marques posées, il ne serait pas absurde de faire confiance à son créateur, qui semble sincèrement porté par une vision du mythe qu'il explore.

Larsen
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