Pêché originel

Avis sur Kramer contre Kramer

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Un homme et une femme qui se séparent. Quoi de plus banal aujourd'hui. Mais ce sont les réactions qui, ici, le sont moins. Cet homme qui cherche à peine à retenir celle qu'il a dû aimer un jour, certainement. Qui demande à peine une explication. Cette femme qui semble partir sans raison mais qui pense à régler les factures et à laisser le ticket du pressing sur la table pour vendredi.

C'est cette absence de réaction et de raison qui choque pendant les premières minutes. Et un simulacre de vie quotidienne reprend vite le dessus pour sauver les apparences, sous les questions et les remarques d'un fils qui ne comprend pas encore ce qu'il se passe.

Ce qui pose question, c'est la première personne à qui l'homme se confie : son patron. Il ne semble vivre que par et pour son travail, même s'il dit que ce n'est que depuis qu'il était sur un gros coup, un gros client à ramener qu'il ignorait sa femme. Puis c'est la soirée en tête à tête, entre hommes abandonnés, qui tourne à l'aigre . Heureusement que le petit est là pour dire quoi prendre au supermarché . Mais cet enfant n'est encore qu'un petit. L'homme ne comprend pas ce qu'il a dans son coeur et le fait cheminer à marche forcée sur la route du deuil. Presque pas de tendresse, encore moins de câlins. L'affection, il ne sait pas comment lui exprimer. Jusqu'à cette nuit où il tente d'expliquer à son fils que les grandes personnes, parfois, ne sont plus sur la même longueur d'ondes et que l'amour se meurt.

La femme, restée jusqu'ici dans l'ombre, apparaît derrière la vitrine d'un café, avant de vouloir reprendre son enfant. Tandis que le patron de l'homme le lâche et que la justice s'en mêle. La présence de la femme est pesante, même si elle n'apparaît que rarement à l'écran. Le rendez-vous au parc, lui, est cruel. L'enfant ne se retourne pas et court vers les bras de sa mère, souveraine dans le palais de son coeur, oubliant instantanément qui était là pour en apaiser les douleurs.

Les torts partagés et les reproches mutuels , les interrogatoires mesquins et assassins, tout sera passé en revue devant la cour. Rancoeur et bassesse feront cause commune. L'homme se bat contre les moulins à vent d'un droit aveugle. Un petit peu dommage alors que la première partie était d'une rare justesse. Mais Kramer Contre Kramer émeut dans le combat de ce père qui, finalement, se découvre.

C'est l'homme qui expliquera la portée de la décision de cette justice qui peine à retirer le bandeau qu'elle a sur les yeux. Et cette dernière scène, celle de la préparation du pain perdu, assurée comme si ce père avait fait ça toute sa vie, fait écho à la maladresse dans la même situation, au début de l'oeuvre. Dans les larmes, le petit devra à nouveau faire son deuil. La dernière étreinte d'un couple en miettes, elle, intervient malheureusement bien trop tard.

Behind_the_Mask, qui songe à rester célibataire.

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