Ayant regardé la première adaptation du roman de Hemingway il y a quelques temps, l'envie de regarder un réadaptation me titillait, surtout en étant resté sur ma fin pour le film de Borzage. Et comme dit dans cette critique : http://www.senscritique.com/film/L_Adieu_aux_armes/critique/42013016 , Borzage n'a pas fait la meilleure adaptation, mais ce n'est pas parce qu'une adaptation n'est pas fidèle que le film est mauvais (Kubrick en restera le meilleur exemple). Hélas, 25 ans après la première adaptation, la guerre est toujours présente dans la folie des hommes. Ils s'entretuent toujours pour quelques bouts de terre, pour une mère patrie innocente et pour un tas de conneries diverses qui les fait oublier éphémèrement que la bataille contre les vers est leur dernière, et que, généralement, les vers gagnent. Bref, Borzage n'avait sans doute pas senti que la seconde guerre mondiale (ou deuxième, le temps nous le dira), pointerait le bout de son nez quelques années après son film. Charles Vidor s'empare donc du bouquin d'Ernest pour le mettre à l'écran … et est-ce bien raisonnable ? (dixit Desproges)


L'histoire est la même que la précédente adaptation (évidemment), mais Charles Vidor ne l'explore pas du même œil. Si dans le film de Borzage, la guerre était quasiment transparente, ici nous avons de véritables batailles, du sang qui coule à (petit) flot et des morts. Et malgré une plus grande présence de la guerre, le point de vue de Vidor semble moins pessimiste que celui de Borzage. On a de l'humour quasiment du début jusqu'à la fin, et le plus grand exemple restera la scène où Federico est transférer à l'hôpital, après une succession de "gag", il jette le thermomètre qu'il a à la bouche, l'explosant à terre. L'infirmière en donne un autre à sa collègue en lui lançant "retournez le, on va voir s'il peut le briser de l'autre côté. Une autre différence avec Borzage, c'est le mariage qui n'est pas prononcé. Vidor ne semble pas partager la même oignon que son prédécesseur sur la religion (malgré quelques répliques comme "vous êtes un bon prêtre, mais un prêtre quand même").


Mais le film comporte néanmoins plusieurs défauts, et je ne vais pas achever le soldat blessé par d'autres critiques. Premièrement, ce sont les clichés nauséabonds auxquels on a le droit. Les américains mangent du bacon, les italiens draguent dans tous les coins et recoins, et en suisse on bouffe des bretzels avec de la bière (Pour ne citer que ça). Alors certes, on gueule tous sur ces clichés de nationalité dans des films, qui permettent au plus lobotomisés des téléspectateurs de se repérer rapidement, mais pourquoi utiliser ses clichés alors qu'on a un plan d'un village en montagne avec des chalets qui nous crie déjà en pleine gueule "Suisse" ? (Et j'en ai marre de voir la Tour Eiffel dans tous les films dans lesquels l'action se déroule en France pour quelques secondes). Est-ce que quand je vais en Suisse, je demande du chocolat dès la frontière ? NON ! Est-ce que quand je vais aux Etats-Unis, je vais à King Burger à la sortie de l'Aéroport ? NON ! Est-ce que quand je vais en Italie, je demande le bordel ? No… bon peut-être.


Autre chose qui m'a titillé, c'est le personnage de Catherine. Très différent du film de Borzage, elle semble totalement schizophrène, croit "faire l'amour" avec son amant défunt pour après tomber amoureux du bel américain. Elle est molle et faible, et sans personnalité, elle balance à son Fédérico "Je n'existe plus désormais, je serais ce que tu veux, je dirai ce que tu voudras, je ferai ce que tu voudras, comme ça tu n'en n'aimeras pas une autre" … est-ce la vision de la femme parfaite pour un américain ? L'amour semble absent de son côté, elle lui demande entre autre s'il sera méchant avec elle. Mais l'homme, pendant la guerre, a-t-il vraiment besoin d'utiliser sa femme comme défouloir ? Non, ça c'est réservé aux alcooliques de nos jours. Et d'ailleurs notre américain est un alcoolique, il passe le plus clair de son temps à se bourrer la gueule, même à l'hôpital. (Soit dit en passant, Rock Hudson a refuser le rôle Ben-Hur pour sa participation à "L'adieu Aux Armes", sans doute sa plus grosse erreur, en sachant qu'un paquet de gars ont quitté le projet)


S'en suit des scènes parfois très longues, ou la technique qu'on trouvait dans le film de Borzage est absente chez Vidor. SPOILER !


Et alors que le final m'avait plu dans celui de 1932, je trouve celui-ci bien fade, et j'en reviens même à être heureux de la voir mourir. Un final beaucoup moins intelligent, dans lequel Federico s'empare de la schizophrénie de sa "femme". Il repart bredouille, les larmes à l'œil, et j'ai envie de le bouger, de lui dire "non Fred, t'es pas tout seul, arrête de sangloter, arrête de te répandre, arrête de répéter que t'es bon à te foutre à l'eau, que t'es bon à te pendre"


. FIN DU SPOILER ! Et après d'autres défauts, comme la scène de l'évasion ridicule (il y a 11 militaires quand même), il y a aussi certaines qualités. Notamment le personnage du major, plus profond que les autres à mes yeux, c'est lui qui porte presque tout le drame de la guerre. Avant de partir en couille et de crier à la désertion, il dit "Y a bien longtemps que je n'ai personne à qui dire adieu". Cela me fait penser à tous ces gens qui partent à la guerre, pour rien d'autre que mourir. Les tranchées en été pleines.


En conclusion, avec un film qui traite la guerre comme porteuse d'un amour qui n'aurait jamais vu le jour sans elle, je ne peux que me remémorer une citation de George W. Bush que je lis souvent au coin du feu, un verre de whisky à la main : " Si l'humanité n'apporte pas la guerre, c'est la guerre qui apportera l'humanité". … Et d'abord, est-ce bien de George W. Bush "si l'humanité n'apporte pas la guerre, c'est la guerre qui apportera l'humanité ?" Et si c'est bien de George W. Bush, est-ce bien " si l'humanité n'apporte pas la guerre, c'est la guerre qui apportera l'humanité ?" ? Oh, Barbara, quelle connerie la guerre.


Bon Film :)

P-D
5
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le 23 juil. 2015

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P-D

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