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… Et comme il a raison !

Avis sur L'Incorrigible

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Avoir revu récemment Jean-Paul Belmondo dans l’excellent Cent mille dollars au soleil m’a donné envie d’une petite resucée dans un film un peu postérieur. Dans ce qui est, à mes yeux, le chef-d’œuvre de sa période cavalcadante (aussi justement nommée "Tagada tsoin-toin") qui va du Magnifique en 1973 à L’as des as de 1982, en passant par L’Animal de 1977, Flic ou voyou de 1979, Le guignolo de 1980.

C’est bref, n’est-ce pas ? Mais en fait, je me rends compte que c’est la vraie carrière de Belmondo qui est brève, alors qu’il nous paraît ancré presque de toute éternité dans le paysage du cinéma français. En fait s’il a tourné un peu plus tôt et un peu plus tard, sa période importante ne s’étend guère que sur moins de 25 ans, de À bout de souffle en 1960 au Marginal en 1983. Étonnant, il me semble, pour quelqu’un qui a une telle empreinte ?

S’il a eu trop tendance à jouer un peu trop abusivement sur des registres monocordes (flic à méthodes expéditives ou, comme ici, parasite charmeur et désinvolte et souvent encore ces deux aspects liés), cet immense talent a donné à des rôles souvent superficiels une allure, une gaieté, un brio qui les rendent inoubliables. Regrettons toutefois qu’il s’y soit enfermé alors qu’au vu de Léon Morin, prêtre, de La Ciociara, de Un singe en hiver, il aurait pu aller plus haut encore…

Parenthèse assez banale fermée, revenons à L’Incorrigible, feu d’artifice éblouissant, goguenard, qui part à 100 à l’heure et continue à 120, ne freinant qu’à de rares instants, lors de la mise au point du vol inouï d’un triptyque du Greco au musée de Senlis (cela dit, je suis persuadé que des gogos se sont rendus dans la capitale (à peu de choses prés) du Valois, pour admirer une œuvre qui ne fait évidemment pas partie des collections). J’imagine que Philippe de Broca (qui a le sens du rythme : voir L’homme de Rio ou Le cavaleur) et Michel Audiard ont dû se régaler à écrire le rôle pour un Belmondo qui était capable de tout. Notamment de parcourir les rues de Paris au pas gymnastique simplement vêtu d’un drap noué en toge, ou de s’affubler d’une sorte de costume de Mandrake, chapeau haut-de-forme et cape doublée incarnat pour déranger les spectateurs d’un très sérieux récital lyrique.

On a bien raison de noter le jeu démesuré du grand Julien Guiomar et de faire remarquer la tristesse qui affleure sous le personnage. Disons que, dans une comédie à l’italienne, cet aspect aurait pu être encore davantage fouillé jusqu’à bouleverser le spectateur ; mais tel que Broca le fait vivre, hypocondriaque, grincheux, atrabilaire ("Tout le monde n’a pas la stature d’un tragédien : contente-toi du bonheur, la consolation des médiocres !"), il trouve dans L’Incorrigible sûrement son meilleur rôle au cinéma.

J’ajoute une mention spéciale pour Geneviève Bujold dont la ravissante frimousse un peu chiffonnée correspond parfaitement à cette diablonne de Marie-Charlotte, jamais vraiment dupe des cabrioles de Victor – simplement interloquée par son brio – et qui mûrit, j’ai l’impression, la captation du zigoto presque dès qu’elle le rencontre. En tout cas son immoralisme est assez rafraîchissant et ses mines devant les fariboles de Victor, à la fois étonnées et comblées, sont ravissantes.

Comme il n’est pas d’éloges sans une petite part de ciguë, amusons-nous des quelques négligences de Philippe de Broca qui permettent au vieux ratiocineur que je suis de goguenarder et de faire le pédant :

  • alors que le campement où vivent Camille (Guiomar), Raoul (Charles Gérard) et Victor (Belmondo) est censé être situé à Chatou, à l’ouest de Paris, dans le prolongement de La Défense, Charlotte, lors de sa visite, débarque d’un autobus de la ligne 112 qui effectue la liaison entre Vincennes et Chennevières, au sud-est de Paris, zone diamétralement opposée.

  • si la rue Vavin a bien abrité jadis "Le Carrousel", qui fut la première boîte à transsexuels de Paris (notamment la célèbre Coccinelle), ses trottoirs n’ont jamais été recouverts de prostituées.

  • le "Prince de Galles" est situé avenue Franklin Roosevelt, guère loin des Champs-Élysées. Plutôt que d’y faire déjeuner Marie-Charlotte, Victor lui propose un petit bistro, le Petit savarin, censé être à deux pas (et, de fait, il fait du palace au restaurant des allers-retours en un clin d’œil) ; mais réellement, le restaurant, c’est "La fontaine de Mars" (où la famille Obama a dîné, fort légèrement, d’ailleurs) en 2009, qui est rue Saint-Dominique, sur la rive gauche, à plusieurs kilomètres du "Prince de Galles".

  • et puis naturellement le ministère des affaires culturelles est situé au Palais Royal, en plein centre de Paris et non pas quai d’Orléans, sur le flanc sud de l’île Saint-Louis.

Babioles !

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