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Great ladies and Gallatin street girls have a lot in common

Avis sur L'Insoumise

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Ce film nous plonge dans l'Amérique du milieu du 19e siècle, plus précisément dans le sud, en Louisiane, dans une famille de riches propriétaires terriens. Jezebel réalise ainsi un portrait minutieux de cette grande bourgeoisie singeant les codes de l'aristocratie européenne et transposant la vieille société d'ordre au nouveau monde. Le film est tout entier centré sur cette grande aristocratie agricole du sud, retranchée dans ses majestueuses demeures, servie par une armée d'esclaves.

Le thème principal du film est à mon sens la tension grandissante entre le nord et le sud. Le film nous présente une histoire familiale opposant des « southerners » traditionnalistes à un transfuge du sud faisant carrière à New York et ayant épousé une « yankee » (Henry Fonda). L'action se déroule moins de dix ans avant l'éclatement de la guerre de Sécession. Toutes les raisons de l'éclatement sont présentées en germe : la bourgeoisie industrielle et banquière du nord et celle agricole et traditionnelle du sud forment deux mondes irréconciliables, complètement opposés par leurs mœurs et par leurs besoins politiques et sociaux. Les états unis deviennent hydre à deux têtes, entre cette société de classes du nord et ce monde quasi féodal du sud, où l'esclavage est le moteur du modèle économique dominant. La haute société sudiste est décrite dans tous ses protocoles crypto-nobiliaires : les duels, les conventions vestimentaires, les règles conversationnelles d'usage... La populaiton noire américaine est portraituré d'une manière bien paternaliste : les laquais sont comme endoloris béatement par leur servitude. Les noirs travaillant dans les champs de coton ne nous sont jamais montrés à l'image dans leurs conditions de travail. Le sujet du film est bien cette grande bourgeoisie sudiste.

A travers ce portrait social se déploie une intrigue amoureuse, mettant en scène les mythiques Henry Fonda et Bette Davis, alors jeunes trentenaires très fringants. Bette Davis incarne le personnage principal, Julie, une jeune fille gâtée (a spoiled little brat comme disent les anglais) qui va comprendre au fil du film la portée de ses actions inconséquentes et capricieuses. C'est ce personnage qui donne au film son titre : Jezebel. Jézabel est l'un des nombreux personnages féminins maléfiques de la bible, responsable des erreurs masculines : Jézabel, la femme du roi Achab qui le poussait à faire "ce qui est mal aux yeux de l'Eternel" (1 Rois 21:25). Le titre en vf est pour une fois bien trouvée, car dans la première partie du film, Julie est également une figure féministe avant l'heure, une « insoumise » qui refuse un protocole vestimentaire la cantonnant à son statut de vierge.

La réalisation de Wyler est irréprochable : le réalisateur filme subtilement les fortes tensions entre les personnages, avec des mises en scène très fouillées, captant simultanément diverses expressions faciales. Wyler est également très efficace dans les quelques scènes plus centrées sur l'action, comme les scènes de foule lors de la fièvre jaune et la rapide et néanmoins excellente scène de duel.

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