Nickel.

Avis sur L'Ordre et la Morale

Avatar Yohmi
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Ce film fait partie de ces œuvres qui subissent un désintérêt si incompréhensible que l'ombre de la censure semble se profiler dans leur dos.
L'Ordre et la Morale parle de la prise d'otage d'Ouvéa en 1988, à Nouméa, territoire d'outre-mer.
Dans ce film, on suit la négociation du capitaine Legorjus du GIGN, dont la mission était de libérer les 27 gendarmes otages d'une minuscule faction indépendantiste. On découvre alors le conflit qui oppose le GIGN et l'Armée de Terre, durant la cohabitation, et en pleine campagne électorale.
Je n'en dis pas plus sur le contenu, je pense comme souvent qu'il est bien de le découvrir de soi-même.

Que dire… ce film m'a touché. Il n'est pas émotionnellement facile à voir. Il démontre l'impuissance de certains hommes face aux enjeux qui les dépassent. Et cela s'est passé hier.
Le film a été censuré à Nouméa, les Kanaks se sont vus obligés d'improviser leurs propres salles pour pouvoir enfin voir un film qui parle un peu de leur histoire. Il est sorti dans l'indifférence la plus totale en métropole, j'ai l'impression que personne ne l'a vu, ni n'en a entendu parler, si ce n'est de par la réaction violente du réalisateur lorsque son film, pourtant probablement l'une des plus grosses productions du cinéma français depuis longtemps, n'a obtenu qu'une nomination aux Césars :
« J'encule le cinéma français. Allez vous faire baiser avec vos films de merde. »
On ne peut certes pas vraiment lui donner tort, le cinéma français se complaisant dans sa médiocrité depuis une bonne quinzaine d'années. Mais c'est un autre sujet.

Techniquement, le film est travaillé, et d'un très haut niveau (décors, maquillages, lumières, c'est impeccable). Les couleurs sont bonnes, les acteurs jouent bien. Mathieu Kassovitz interprète le rôle principal, et cela n'influe en rien sur la qualité du film. On pourra reprocher la musique, de Klaus Badelt, qui est donc inexistante, comme dans la plupart des gros films d'action américains auxquels le maître de l'autoplagiat assisté par ordinateur participe. Mais c'est un moindre mal.

Sorti en novembre 2011, soit quatre mois avant le début de la campagne présidentielle de 2012, ce film qui n'a pas peur de dénoncer la campagne de 1988 opposant les forces d'ores et déjà favorites a très probablement subi un ostracisme pour le moins dérangeant. L’armée, particulièrement impliquée dans cette affaire, s'est finalement désolidarisée du tournage à la lecture du scénario. Philippe Legorjus, ayant quitté le GIGN en 1989, déclarera que le film est « très beau et reflète bien la réalité »… un aveu qui résonne comme un témoignage indéfectible de la part de l'homme le mieux placé pour parler de cette tragédie humaine. Car il n'est pas tant question de devoir de mémoire, dont je me fiche éperdument par ailleurs, mais davantage de rétablir la vérité de ce que l'on a cherché à cacher… une seconde fois.

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