Knock
7.3
Knock

Film de Guy Lefranc (1951)

Un cliché acide de la médecine « moderne »

Troisième adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre de l’académicien Jules Romains intitulée « Knock ou le Triomphe de la médecine » et datant de 1922. Ceci transpire donc directement sur la scénographie, autant que sur les dialogues : en effet, les extérieurs sont timides, et l’essentiel se passe dans le cabinet du docteur Knock. De même, le phrasé se veut alambiqué, et parsemé d’astuces et autres phrases prétendant à la postérité.

Le personnage de Knock est interprété par Louis Jouvet, un rôle que l’on pourrait croire sur mesure, se rappelant entre autres que l'acteur a servi dans la médecine militaire du temps de la Grande Guerre. Le docteur Knock est un personnage mystérieux. Apparaissant intéressé au tout premier abord, c’est avant tout une obsession qui l’anime. Une obsession qu’il dévoile très tôt sous la maxime devenue célèbre « tout bien portant est un malade qui s’ignore ». Knock ne voit pas des hommes, mais « des gens plus ou moins atteints de maladies plus ou moins nombreuses à évolution plus ou moins rapide ».
Loin d’être un personnage fantaisiste, ubuesque, Knock est la synthèse absolue de la folie dans ce qu’elle a de pire : son exactitude méticuleuse et infaillible. Et la figure froide, austère, autoritaire de Louis Jouvet, ce regard perçant, ainsi que sa silhouette droite, imposante, inébranlable, lui permettent d’établir ses diagnostics de sa diction syncopée comme un juge assène la sentence d’un condamné à mort… ou à survivre.
La direction artistique étant assurée par Jouvet en personne, afin de souligner la théâtralité de son personnage, il se retrouve maquillé à l’extrême : le visage intensément fardé de blanc, les lèvres dessinées (probablement de rouge), il ressort alors comme un élément surréaliste au milieu de la galerie de personnages pour ainsi dire péquenots de cette petite ville de province.

Dans cette œuvre sont mis en lumière l’asservissement à la médecine moderne, le rôle suprême du médecin, son autorité absolue, et son aboutissement commercial.
Je pourrais dire encore bien d’autres choses sur ce personnage, mais je préfère que vous en découvriez par vous-même. Porté sur les dialogues, le film dispose donc de moments forts, de tirades, de discussions travaillées. On lui doit également le fameux « Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? ».
On aura également le loisir de voir dans ce film une très brève apparition de Louis de Funès, encore silhouette en ce temps-là, ainsi que Jean Carmet, très jeune et dynamique, ou encore Pierre Bertin et son regard d’hurluberlu (également repéré pour son rôle du père de Claude Rich dans les Tontons Flingueurs).

Knock n’a peut-être pas la forme de Quai des Orfèvres, qui charme de ses images et de ses musiques. Mais il s’illustre dans un autre art, celui de la dénonciation et du texte. Plus d’actualité que jamais, avec les avancées sur le génome qui entrouvrent l’antichambre de tous les excès, Knock est un film à voir, tout simplement.
Yohmi
9
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Créée

le 12 mars 2013

Critique lue 1.5K fois

Yohmi

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