Une fin réussie pardonne-t-elle tout ?

Si vous discutez de l'Orphelinat avec des gens qui ont aimé le film, ils vous parleront de la fin.
A raison.
Le derniers tiers de ce film est à mentionner parmi les meilleurs du genre. Tout marche, certains plans sont magnifiques, les effets effrayants se doublent d'une vraie poésie (ce qui les rend moins effrayants mais plus mémorables), la fin est réellement grandiose.


Mais cela amène à une question, et trêve de suspense, cette question sert de titre à cette critique.


Parce que le reste du film, lui, n'est clairement pas à la hauteur, et il y a fort à parier que si vous discutiez de l'Orphelinat avec des gens qui ne l'ont pas aimé, ils vous parleraient de ces deux premiers tiers.
A raison également.
Car ils souffrent d'un rythme vraiment inégal, d'effets qui laissent généralement de marbre et d'une totale absence d'ambiance. Et si on peut pardonner certains petits ratés en invoquant une certaine parcimonie de moyens (encore que, vu certains plans il semble que la production n'était pas totalement fauchée) et louer les qualité de metteur en scène de Bayona, il y a de vrais manques et de vrais ratés qui desservent fortement le film.
Je pense notamment aux effets ratés pendant et après un certain accident, qui contreviennent largement au principe de base du "less is more". Je pense aux scènes suivant la disparition de Simon, qui sont globalement illisibles et manquent clairement d'une spatialisation correcte. Je pense a toutes les scènes avec la médium, qui sont aussi inutiles que ridicules. Je pense à la musique, qui se prend d'envolées stridentes parfois bien lourdingues qui personnellement me font plus sortir du film qu'y plonger.


Et donc arrive cette question : un très bon troisième tiers peut il rattraper deux premiers tiers moins que moyen ?
A priori oui, me concernant en tout cas. De la même manière qu'un troisième tiers catastrophique peut totalement enterrer deux tiers de film plutôt correct (là comme ça je pense au Village de Shyamalan) ou qu'un troisième tiers très en deçà peut tempérer deux premiers tiers vraiment excellents (Get Out), l'inverse fonctionne également.
A partir de la reprise de la scène du "dernier repas", l'Orphelinat déroule un quasi sans faute.
La scène "1 2 3 Soleil" est clairement le modèle du genre, reprise depuis à toute les sauces (Conjuring, The Haunting of Hill House,...). La fin, bien qu'elle ne soit pas très surprenante, à ce qu'il faut de force et de retenue pour nous emporter avec elle sans dégouliner de pathos.


Le problème intervient une fois le film terminé.
Quand arrive le grand jeu des "pourquoi ?".


Pourquoi Benigna se présente en tant "qu'assistante sociale" et possède le dossier de Simon ?
Qu'est ce qu'elle fout avec une pelle dans la remise ? le problème est bien la pelle, puisqu'on peut éventuellement imaginer qu'elle s'infiltre dans la réserve pour retirer les cendres des gamins qu'elle a tué (c'est bancal aussi, mais ça je l'accepte facilement)
Si c'est le fantôme de Tomas qui s'en prend à Laura pendant la réception, pourquoi est il agressif ? et pourquoi est-ce la seule manifestation réellement tangible de tout le film ?
Si c'est Simon, pourquoi agit il comme cela ? Et comment a t il trouvé le sac de Tomas ?
Lors de la scène du dernier repas, pourquoi Benigna la filme-t-elle ? et surtout qui tient la caméra ?
D'ailleurs a propos des films de Benigna, je n'ai pas l'impression que Tomas sorte de la cave sur le segment le concernant, mais mon souvenir s'est peut être altéré sur celui là.
Pourquoi les fantômes, puisqu'ils sont gentils, permettent à Simon de trouver le dossier ramené par Benigna ? Dossier que d'ailleurs il lira en 2s chrono.
Et si toute la partie surnaturelle n'était que la manifestation de la peur de Laura de perdre son enfant, comment expliquer les parties de "cache objet" ?
etc...


Le souci c'est que l'on ressort de ce jeu avec un énorme problème : si on n'injecte pas une énorme dose d'interprétation personnelle extrapolée très loin, bien des éléments n'ont aucun sens.
Et si l'idée directrice de la fin est très intelligente


la mort de Simon n'a aucune cause paranormale, c'est un simple et terrible accident


le reste semble n'être qu'une collection de fausses pistes à l'attention du spectateur, pour le tromper lui.


Et ce genre de tour de passe-passe a le don de m'énerver au plus haut point


Du coup si pour moi une fin réussie compense en effet sans problème un déroulé au mieux moyen, cela m'amène à une autre question :
Une fin réussie pardonne t elle les moyens mis en œuvre pour la mettre en place, même quand ceux ci fleurent bon la malhonnêteté ?


A priori, sur la foi de ma réaction en revoyant Le Sixième Sens ou certains épisodes de la 4e saison Sherlock, je dirais clairement que non.
Mais ici, dans le cas de l'Orphelinat, la fin est belle malgré cela. Elle est réussie en elle même, comme indépendamment de tout le reste.


Comme si après 1h30 moyennes au mieux, avec de forts soupçons de triche, on remettait les compteurs a zéro pour les 20 dernières minutes.
A la fin du film j'avais un bon ressenti, justement grâce à cette fin. Le genre qui fini en solide 7 ici.
Lorsque le jeu des "pourquoi ?" a commencé, quelques minutes après, j'étais en colère contre le film et un 4 me paraissait déjà magnanime.
A froid, maintenant, je suis partagé entre les deux sentiments.


Et je me rappelle d'autres films qui en traitant d'un sujet similaire, l'ont au final bien mieux traité (Mr Babadook, le Mimic coréen), sans effets de tromperie
Mais quand même, cette fin.
On reparle de la médium ?
La révélation quand meme !
L'accident hors champ bien drôle malgré lui ?
Et je me rend compte au final qu'à une multitude de défaut, je n'ai à lui opposer qu'une seule réponse.
Et qu'au final, bien que j'ai vraiment adoré la fin du film, j'ai du mal à lui pardonner le reste.
Et que non, une fin réussie ne pardonne pas tout.
Réussir sa fin est quelque chose que des dizaines de films sont infoutus de faire, mais cela en soi ne suffit pas. Ca amoindri la déception, mais ça ne permet pas d'avoir une rétrospective agréable du film.
Pour moi en tout cas.


Et vous, qu'êtes vous prêt à laisser passer pour une fin réussie ?


C'est une manie chez Bayona il me semble, puisque 10 ans plus tard il posera une autre question du genre : Qu'êtes vous prêt à laisser passer pour une bonne réalisation ? avec
Jurassic World : Fallen Kingdom

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le 1 avr. 2019

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