Arnaquer pour survivre, aimer pour vivre

Avis sur La Barbe à papa

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Venant simplement à l’enterrement d’une ancienne amie, Moses ne pensait pas repartir avec Addie, la fille de celle-ci. Cherchant vainement à s’en débarrasser, il accepte à contrecœur d’accompagner la jeune fille chez sa tante vivant dans le Missouri. Addie, quant à elle, est persuadée que Moses est son père car « ils ont le même menton ». Moses est un escroc à la petite semaine, vendant sans vergogne des bibles à des veuves éplorées. Addie, avec sa bouille d’ange, se révèle être une alliée précieuse au fil des arnaques.

La Barbe à papa s’inscrit dans la mouvance du Nouvel Hollywood, dont son réalisateur, Peter Bogdanovich, en fut une des figures de proue. Le film marque également l’apogée de la carrière de Bogdanovich qui passa en l’espace de quelques années du statut de réalisateur de génie à celui de looser enchaînant fiasco sur fiasco. Une chute dont il ne s’est, artistiquement parlant, jamais remis.

La photographie du film est bluffante avec ces contrastes de noirs et de blancs obtenus avec l’utilisation d’un filtre rouge. László Kovács, directeur de la photographie, travailla sur tous les succès de Bogdanovich. En matière de road movie, Kovács n’en était d’ailleurs pas à son coup d’essai avec La Barbe à papa. C’est en effet Easy Rider de Dennis Hopper qui propulsa sa carrière.

La beauté du film réside aussi dans son registre complexe. Avec la Grande dépression en toile de fond, le film ne peut être une comédie. Bogdanovich distille les références à cette période, insufflant un climat de précarité global de cette Amérique profonde, celle du Middle West. Ainsi, on aperçoit de temps en temps des familles sur le bord de route, tentant de réparer ou de ménager leur vieux camion déglingué. Une scène qui illustre parfaitement cette période où des centaines de milliers d’américains migrèrent à travers le pays afin de trouver du travail. Mais d'autre part, le côté cocasse de nombreuses scènes, comme celle où la petite Addie monte un implacable stratagème pour se débarrasser d’une encombrante pouliche, apporte au film une sorte de drôlerie attendrissante et insouciante.

Le film est porté par la profonde complicité entre les deux acteurs Ryan O'Neal et sa fille Tatum, qui interprètent les deux rôles principaux, ceux de Moses et d’Addie. Le personnage de garçon manqué d’Addie est la pièce maitresse de la réussite de La Barbe à papa. Addie est un de ces enfants obligés de grandir trop vite, se forgeant une carapace d’adulte pour se protéger de l’adversité.

Au fil des kilomètres et des petits larcins, Addie et Moses vont se rapprocher. Moses endossant la figure paternelle attendue par Addie. Les dernières minutes du film ne laisse pas de place au doute. L’amour l’a emporté.

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