"Bianca"&"La Messe est finie": les "Seven" &"Don Camillo" de Nanni Moretti

Avis sur La Messe est finie

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Une critique 2 en 1 de La Messe est finie et Bianca vus ensemble.
Ce n’est pas vraiment une critique mais des impressions : Comme dit un Béhybé Invaderdz sur SC

« Je ne fais pas trop dans la critique, je donne des impressions »

2 films, 2 « prêtres » : le diptyque des bonnes manières

Nanni Moretti dans ses films et interviews me rappelle une Madame de Rotschild qui en son temps se voulait référence absolue quant aux questions de savoir-vivre, d’étiquette et de bonnes manières. Nadine de Rothschild compilait ses connaissances dans ses livres : ‘Le bonheur de séduire, l’art de réussir’, ‘Le savoir-vivre du XXIe siècle’.
Nanni lui réalisa Bianca et La Messa è finita.

"La Messe est finie" (1985) a comme personnage principale un prêtre exigeant, voire violent avec son entourage.
"Bianca" (1984) avait déjà comme personnage principale un professeur de maths exigeant, voire violent avec son entourage…
Deux donneurs de leçons qui veulent le bien autour d’eux: un prêtre catholique en tenu et un professeur laïque soucieux du bonheur de ses amis.

J’ai aimé ce beau personnage de prêtre.
Il est au début de sa nouvelle affectation plein

"de paix et de joie"
comme leur Pape a d'ailleurs encore invité à Noël les catholiques à l'être dans l'année, "plein de paix et joie (Angélus des dimanches; le 16/12/2018)

La première scène de catéchèse est une questions aux enfants au sujet de

"l'humanité de Jésus?":
un des enfants répond à la question et décrit au prêtre que c'est tous

les caractères et défauts et travers humains dont a fait preuve Jésus qui le font humain: la joie, la paix, la colère, la violence, la souffrance etc.

...mais à ce moment là du film, le prêtre est tout à sa joie et paix et sourires qui vont vite s'effacer.
Il ne sait pas encore que comme Jésus dont il vient de parler aux enfants, il va lui-même passer par tous ces stades humains aussi durant le film. Il va être testé.
Sa famille va entre autre lui faire bien du soucis: un père adultère avec une jeunette, une soeur divorçant alors qu'elle attend un enfant dont elle décide d'avorter…et ce ne sont que le début de ses soucis qui vont mettre à l'épreuve sa joie, paix et sourires.

Dans Bianca, le professeur de math est aussi une sorte d'obsessionnel qui s'érige aussi en prêtre des bonnes manières : il remonte même la chaussette descendue à la cheville d'un voisin totalement inconnu dans l'espace public. (Une sorte de frère éloigné de Seinfeld pinailleur qui renoncera à une petite amie car

« elle mangeait ses petits pois un à un , un après l’autre , à la fourchette… »

Ce moine de la bienséance veut faire le bien autour de lui; souhaite la paix et l'amour dans les couples; et comme le prêtre, il fait des reproches et exerce une sorte de ministère sacré dans sa "religion" de l'ordre et se charge d'une sorte de service "liturgique"
(wiki me dit que ça vient du grec leitourgía ;

« le service du peuple »
: ce prof de math se voit à double titre au service du peuple ; il s'est auto-mis au service du peuple, il a ses propres rites, cérémonies et discours en forme de prières dédiés au culte d'une sorte de divinité anti-belliqueuse.
Par exemple, il déteste le conflit dans les couples.
Ce prêcheur de bonnes manières est obsessionnel compulsif et même abstinent comme un prêtre puisqu'il passe presque même à côté d'une chance de relation avec pourtant Laura Morante
Même enfin au lit avec elle, il n'arrive pas être satisfait et trouver une position de sommeil avec elle satisfaisante...réduit à la place à se goinfrer d'un pot géant d'huile de palme couleur matières fécales (scène démente inoubliable; Moretti devant ce pot géant sur la table en pleine nuit).
Il exige que ses amis soient heureux ; il ne veut que leur bien à fond, à mort…parfois contre leur propre grès
…quitte à devenir très très violent

Dans La Messe est finie, le prêtre est aussi une sorte d'obsessionnel qui s'érige aussi en père des bonnes moeurs : il sermonne même des voisins totalement inconnus dans l'espace public.
Ce moine de la bienséance veut aussi faire le bien autour de lui; souhaite aussi la paix et l'amour dans les couples; il fait des reproches et exerce son ministère sacré de l'ordre et se charge d'une sorte de service "liturgique".
Ce prêcheur de bonnes manières est comme le prof, obsessionnel compulsif et abstinent.
Il exige que ses amis soient heureux ; il ne veut que leur bien à fond, à mort…parfois contre leur propre grès*
…quitte à devenir très violent avec sa sœur, sa mère, son père, ses amis oh oh oh
Violent avec sa famille, mais pas avec des mafieux qui manquent de le noyer suite à un différend sur une place de parking qu’ils volent au prêtre (est ce une allusion au Vatican?).
…alors qu’il étranglera presque mère et sœur, il tend l’autre joue au Don Corléone local.

J'ai aimé tous les films de Nanni Moretti que j'ai vus. Il m’en reste à voir.
Ses interviews sont toujours riches et pas juste de la promo molle et tiède: mais comme ce prêtre, mon Nanni Moretti ne serait-il pas un peu hypocrite, un tartuffe incohérent et inconsistant?
Car il tient en interviews des propos contradictoires à ses films.

Par exemple j'apprenais qu'il n'aime pas les sujets des films Heat,1995 ou Henry of a portrait Killer,1986.
Donc je suis très surpris de découvrir qu'il avait pourtant lui-même abordé les mêmes sujets dés 1984.
Donc bien avant et avec beaucoup moins de succès populaire.
Son film Bianca, où un tueur en série parle à un policier, partage des thèmes avec Heat et Henry.
Or il reprochait à Heat d'étaler un cliché de scénario qui rapproche et met au même niveau Flic et Voyou...le policier et le voleur se rencontrent et se rendent compte « qu'ils partagent le même de genre de vie ».
Et il reprochait à Henry d'être encore un film sur les tueurs en série.
Mais son Don Camillo (La messe est finie) et sa version du John Doe de Seven (son Bianca) ont aussi ces clichés: son tueur en série s'inspire aussi des "pêchés" de ses amis .
Nanni et John, doe-nneurs de leçons?

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