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La Niña de fuego par Christine Deschamps

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Chaque fois qu'on va en Espagne, on se rend compte au retour combien notre pays est sinistre et déprimé, et combien les relations humaines y sont contraintes et tendues. Mais quand on regarde le cinéma espagnol, l'image de nos voisins est bien différente, et, quand les films français nous montrent de gentils trentenaires un peu déphasés, la production espagnole fourmille de héros dysfonctionnels, sur le fil, ou carrément perchés. Quand elle ne sombre pas carrément dans la fureur ou l'horreur. Le cinéma comme catharsis d'une société en crise ? Certainement. Et ça n'est pas ce long pensum mutique qui va me faire voir les choses autrement. Nous voilà sur des routes de campagnes riantes aux airs de vacances à lorgner du côté d'Eyes Wide Shut (du pauvre) ou de Dérapage (les churros en plus), et autant dire que ça ne cadre pas tellement. Ça aurait pu produire un décalage fertile, mais non, ça fait juste flop. Parce que ça ne choisit jamais vraiment son camp. Les personnages sont carrément hermétiques, voire franchement antipathiques. Difficile de s'intéresser à leur sort de névrosés tant ils tournent en boucle et en vase clos et ne nous laissent pas la moindre petite porte d'entrée. Si seulement un brave type s'était retrouvé coincé entre eux, on aurait pu compatir à son infortune, mais même les enfants (en phase terminale, bien entendu) ont l'air de poupées à qui ont aurait arraché les yeux. Finalement, à force de vouloir tant créer de malaise, ça finit par se tirer une balle dans le pied, et on retrouve inopinément la spectatrice pourtant résistante en train de se brosser les dents ou de réviser ses morceaux de guitare pour l'audition de Noël sans même qu'elle se soit aperçu qu'elle a entamé une véritable activité avant le générique de fin... Je m'interroge encore sur la portée de ces perversions au rabais, toutes hors champ, ou de ces crimes gratuits et expéditifs, qui ne résolvent rien, ne compliquent rien non plus, d'ailleurs, parce que, il faut bien l'avouer, on s'en cogne généreusement des motivations incompréhensibles de ces neuneus qui s'attirent entre eux comme des trous noirs... Bref.

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