Dans l'adversité, il faut être un homme fort.

Avis sur La Rage du tigre

Avatar JéJé fait son Bagou
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  • Montrez-moi vos talents !
  • Ah ah ah ! D'accord. Vous avez l'insouciance du nouveau-né. Faisons quelques passes. Si je perds, je m'amputerai le bras droit et me retirerai définitivement du monde des arts martiaux.
  • Hun. Si je perds, je ferai de même.
  • Inutile d'aller jusque-là. Vous êtes encore jeune. Si vous vous corrigez, cela sera amplement suffisant.
  • Assez de vaines paroles.

La rage du tigre troisième film de la saga Le Sabreur manchot, tous réalisé par le grand maître Chang Cheh, est une variante des deux premiers opus, ne leur faisant absolument pas office de suite, mais de nouveau départ, pour ne pas dire reboot. La saga connut un énorme succès, tout particulièrement avec ce troisième opus qui a cartonné au box-office, et a été acclamé par la presse et le public.

À l'époque, Chang Cheh avait confié le rôle du sabreur manchot au comédien Jimmy Wang Yu dans ''Un seul bras les tua tous (1967)'', et Le Bras de la vengeance (1969). Pour l'anecdote, après avoir quitté la Shaw Brothers, Jimmy Wang Yu a tourné ''Le Boxeur manchot'' (clin d'oeil amusant) dans une autre production, délaissant ainsi la place du héros infirme. Le Boxer manchot se retrouvera à l'affiche en même temps que La Rage du Tigre qui remportera le match du box-office.

David Chiang comédien et cinéaste au registre très varié, à l'époque alors encore jeune, se retrouve proposé le rôle. Au début, l'acteur décline l'offre, ayant peur d'usurper le rôle initialement tenu par Jimmy Wang Yu. Finalement il acceptera pour son côté refonte du personnage ainsi que de son histoire, pour son plus grand plaisir, vu que de son aveu, il considère La Rage du Tigre comme l'un de ses films favoris, voir son meilleur.

Chang Cheh a créé sa propre vision cinématographique. Un style sanglant et cruel comportant une dimension romantique et dramatique, imprégnés de violences graphiques. Un réalisateur qui aime faire souffrir dans ses histoires les personnages principaux, allant jusqu'à leur faire arracher les entrailles dans un de ses films. Une déchéance totale de l'image du héros, qui doit se relever et se battre pour réussir. Une conception tragico-mélancolique récurente chez ce réalisateur.

L'influence du cinéaste dans le wu xia pian est indéniable. Dans les années 70 personnes dans le cinéma Hongkongais personne ne le dépassait. Une grande violence teintée de romantisme dramatique qui a inspiré de grand réalisateur comme Tsui Hark ou encore John Woo.

Considérée comme le moins dramatique de la saga, La Rage du Tigre possède tout de même une touche mélancolique et héroïque très forte véhiculant beaucoup de messages. Ici, pas de coup fourré, c'est le chevalier qui se tranche lui-même le bras pour préserver son honneur, à l'instar d'un yakusa qui se coupe le doigt. L'histoire est simple et pour autant non dénuée d'intérêt, par un prisme sur l'amitié, la loyauté et le courage superbement développés.

La qualité de réalisation est indéniable. Les angles de caméras sont ingénieux, le montage est superbe. Le cinéaste travaillait très étroitement avec tout le monde, même avec le directeur des combats et lui imposait ses idées de chorégraphie. En clair le réalisateur avait la main sur tout, ne voulant rien laisser au hasard.

Chang Cheh doit certainement être un mentor pour Tarantino, car il est celui qui dans les années 60 à ajouter beaucoup plus de sang et de démesure au genre.

Les décors sont spectaculaires ! Le cadre du manoir est une excellente idée. Autant intérieurement qu'extérieurement c'est superbement travaillé. Toutes les scènes sur le grand pont avec vue sur l'océan sont magnifiques, plus particulièrement lors du terrible affrontement final. Le pont a d'ailleurs été construit pour le film dans sa grandeur nature. Les costumes eux aussi sont habilement travaillés.

Niveau combat on est dans du lourd, du très très lourd ! Les effusions de sang apportent une note macabre dans une technicité énergique et nerveuse où le tranchant du sabre a fort à faire. Une intensité électrique palpable dès la scène d'introduction jusqu'au final. Néanmoins de cette violence découle le portrait d'un homme torturé se reconstruisant dans un pacifisme difficile amenant une puissance émotionnelle intense, dans un condensé d'affrontement spectaculaire. La scène d'action finale est mythique ! Une guerre dans laquelle le sabreur manchot affronte une centaine de guerriers qu'il trucide de toute sa rage, pour en venir au grandiose duel final.

Je retiens particulièrement la mort atroce de Ti Lung qui se retrouve pendu par les mains et les pieds pour mieux se faire couper en deux à la taille. Une scène réellement dure.

David Chiang dans le rôle du sabreur manchot fait un travail remarquable, étant très charismatique autant dans sa forme enragée que docile. Le duo entre David Chiang et Ti Lung est toujours aussi bon. Tous deux sont complémentaires, formant une très bonne alchimie. Les thèmes de l'amitié représentent ici une puissante valeur dans laquelle tous deux sont prêts à donner leur vie pour l'autre. Une véritable fusion d'amour entre les deux hommes qui fait chaud au coeur.

Le comédien Feng Ku est absolument génial dans le rôle du grand méchant perfide très malin. Dégageant une aura posée le rendant digne de confiance, jusqu'à le voir sourire d'une manière diaboliquement convaincante laissant fatalement place à un combattant surpuissant et tyrannique envers les combattants qu'il affronte.

La comédienne Li Ching amène un brin de douceur dans un rôle secondaire de femme au foyer. Les femmes ont toujours eu une place très importante dans le cinéma Chinois. À un moment donné même plus important que les rôles masculins, jusqu'au jour où le cinéaste Chang Cheh à changer la donne en proposant des rôles masculins très virils. Les femmes ont toujours eu un rôle secondaire dans la filmographie du réalisateur, rappelant également un autre réalisateur très connu ''Sergio Leone'', qui avec sa trilogie du dollars n'a pas non plus porté les femmes au sommet.

CONCLUSION :

La Rage du Tigre est un récit violent véhiculant des messages dramatiquement profond, notamment sur les liens masculins. Une épopée macabre où le rire n'est jamais permis. Une poésie funèbre pour une violence romantique laissant un spectacle aux confrontations spectaculaires. Un grand cru !

Il n'y a aucune philosophie nous faisant supporter avec sérénité la rage de la vengeance.

  • Lei Li, tu refuses de rester tranquillement à ta place ?
  • Après m'être amputé, je me suis tenu tranquille. Mais tu as tué Feng Jun-Jie. - - Je viens le venger.
  • Le venger ? Comment le pourrais-tu ? Même quand tu avais deux sabres, mon bâton t'a vaincu. Comment comptes-tu t'y prendre aujourd'hui ? Tu veux l'accompagner dans la mort, certainement pas le venger.
  • Je... Justement, je vais l'accompagner dans la mort !
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