Survivance mode d'emploi

Avis sur La nuit a dévoré le monde

Avatar Théloma
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Alors bien sûr, si vous avez pris votre ticket de cinéma dans l'idée 1) de vous faire peur avec des zombies 2) de découper au sabre des zombies 3) de jouer à attrape-moi si tu peux avec les zombies 4) de changer de zombie toutes les trois secondes pour remplacer ces petits écervelés ...bref de vous faire le trip zombies habituel, mieux vaut tout de suite vous faire à l'idée que ce n'est pas tout à fait ce genre de film que nous a concocté le réalisateur. Et en même temps, la version Walking dead de Dominique Rocher ne manque ni de piquant ni de saignant.
Pour l'essentiel le réalisateur s'est emparé des codes du genre et s'en est plutôt bien sorti. D'abord avec le scénario où un dénommé Sam se réveille un lendemain de fête pour constater que tout le monde est passé de vie à (presque) trépas. Il met alors en place les conditions de sa survie façon débrouille profitant que les morbacks aient comme d'hab l'encéphalogramme aussi plat qu'est élevée leur envie de bouffer. Côté mise en scène, on retrouve les ingrédients classiques du film de zombies : course poursuite, suspense, jump scare, caméra subjective...etc de même que quelques figures familières comme le mort-vivant teigneux ou encore l'animal domestique rescapé du massacre. Mais loin de reproduire -souvent avec humour - les motifs bien identifiés du genre, Dominique Rocher ajoute du sang neuf à la tambouille tel le traitement des zombies que le héros répugne à massacrer faisant même de l'un d'entre-eux une sorte de Vendredi dégénéré lui tenant compagnie dans l'isolement devenu son quotidien.
Car notre Sam - c'est le nom du survivant - loin du défaitisme qui semblait le miner au début de l'histoire, va faire preuve d'un pragmatisme à toute épreuve dans l'organisation de sa survie en terrain zombiesque.

En premier lieu, en sanctuarisant l'immeuble dans lequel il s'est retranché puis en explorant les différents étages à la recherche de nourriture ou d'objets porteurs de sens. Et c'est dans cette Robinsonnade revisitée - l'immeuble comme une île de fortune - que le film regorge de bonnes idées : la musique comme langage, les objets détournés ou redécouverts, les lieux réinvestis de façon originale... Un inventaire à la Perec (La vie mode d'emploi) des petites choses du quotidien auxquelles Sam va se raccrocher. Car à défaut de pouvoir s'enfuir, il remplit son quotidien de tâches concrètes - anticiper les réserves, faire de l'exercice physique - et de moments de poésie. Il donne même l'impression d'avoir en quelque sorte redonné un but à sa vie. On assiste à ce retour à l'équilibre improbable d'un individu qui se réinvente dans une ambiance de fin du monde (magnifique visions de Paris dépeuplé) tout en éprouvant l'expérience de la solitude absolue. Ou presque, puisqu'il s'entiche du plus improbable des compagnons, un mort-vivant échoué là par hasard, que seul l'immense talent de Denis Lavant pouvait réussir à rendre attendrissant.

Un film réussi, attachant et singulier.

Histoire/scénario : 7/10
Personnages/interprétation : 8/10
Réalisation/mise en scène : 9/10

8/10 <3

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