Capra’s Day : A Movie That’s Heaven Sent

Avis sur La vie est belle

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Il est des réveillons où la solitude m’emporte. Comme une sensation de mélancolie au ralenti à la vue d’une gaieté générale. Des cadeaux qui ne s’ouvrent qu’avec désespoir et tristesse, à ce moment de l’année où la dépression s’accentue à travers le bonheur et la joie que nous sommes censés éprouver. Ressentir cette pénible impression que Noel vous a quitté, et pleurer de sa propre solitude. Le fait de grandir, peut-être ? De faire face à certaines responsabilités. D’entendre ses parents dire qu’au fond tu n’es personne. L’envie de me cloisonner me prend soudainement, tout comme l’ingénue pensée de croire que seul le cinéma serait capable de me redonner espoir. Pouvoir respirer encore une fois, encore un soir, cette lointaine utopie où l’innocence ne se perd jamais. Et devenir cet alter ego épanoui à l’écoute d’une mélodie. Un cri. Une résonance. Une vision. Bedford Falls.

And dreams hang in the air
There's magic everywhere

Chaque année, le même rituel. Sortir le DVD et appuyer sur Play. Des flocons tombent, des pleurs s’écoulent. Les premières larmes de l’hiver. Comme pour venir caresser une joue infortunée et lui chuchoter un souffle de gracieuseté. Lui dire qu’au fond, tout ira bien. Puisque tout le monde pleure et tout le monde souffre parfois, puisque le malheur n’est qu’un pas engagé vers le bonheur, vers l’amitié et vers l’humanité. Pleurer, rire, enlacer… Pas besoin de courir et de se cacher. Des mots libérateurs, des mots enchanteurs, des mots qui ne cessent d’éveiller ces retours à la vie, et ces sourires de bonhomie. Au point de se perdre, de s’oublier et de jubiler. And auld lang syne

La Vie est Belle m’est tombé dessus comme une Pomme a heurté Newton. Depuis longtemps, les Images avaient incrustées mon esprit. Des rêves s’accrochant au blizzard pour des souvenirs fragmentant les cœurs. Comme en s’accrochant l’un à l’autre pour ne pas rester seul. La pellicule, je la connais. Chaque rire, chaque réplique, chaque sanglot, tout se veut empreint d’une magie restée intacte : un poison qui ne cesse de se magnifier à chaque visionnage pour nous révéler, s’oublier pendant un temps, oublier la vie un instant ou plutôt mieux l’apprécier. Oui, La Vie est Belle est l’une de ces cartes de vœux pleine de bienveillance, un chef d'œuvre intemporellement féerique, archétype de l'esprit de Noël, éclatant sous une couche d'affectivité et d'enthousiasme sans pareil. Car sa force émotionnelle n’a d’égale que sa bonté intérieure. A l’image de ces lueurs dans les yeux d’un enfant à la vue des cadeaux aux pieds du sapin.

Mais qu'est-ce qui fait la force de ce monument du cinéma américain ? Pourquoi se sent-on si vivant à travers ce talisman sentimental ? Un ensemble de choses inexplicables, comme la vie au final. Comment aurai-je pu me préparer au boomerang émotionnel que représente La Vie est Belle ? Rien ne pouvait prévoir que Capra aurait rassemblé toute la bonté du monde en un seul film synthétique et cosmique. Comment ne pas se reconnaître dans le personnage de George Bailey, idéaliste sacrifié, allégorie de l'humanité ? Ce juillettiste contemplateur (incarné par un incroyable James Stewart) monopolise notre attachement tant au cours de sa jeunesse exaltante d'idéalité que pendant sa prise de maturité, où les désillusions se mêleront aux bonnes actions, du bonheur de l’Autre à la déconvenue personnelle.

Venir au secours des cœurs perdus. Ces gens déchirés par la vie. Ceux qui ne font que survivre. Ou vivre pour les autres. Car la vie n’est qu’un rêve qu’on ne cesse de reporter. Une succession d’idéaux qui permettent de survivre à la réalité. Un condensé du merveilleux dans un monde qui ne demande qu’à l’être. Je suis George Bailey. Vous êtes George Bailey. Nous sommes Georges Bailey. Oui, j’aimerai courir dans la rue, embrasser chaque inconnu et leur dire qu’après tout, la Vie n’est qu’une boite de chocolat pleine de douceurs et de réconfort qui n’attend qu’à être dégustée. Bedford Falls en est cette représentation idyllique, terre de l'espoir en tout homme, symbole de l'American Dream où le raté du coin est le millionnaire de demain: "C'est étrange, non ? La vie de chaque homme touche tant d'autres vies que lorsqu'il n'est plus là, il laisse un trou affreux, n'est-ce pas ?". Capra façonne ses personnages de façon à en donner une vision innocente, débordants de générosité, du policier au chauffeur de taxi, tous opprimés par le capitaliste et le patricien, terrés dans la solitude de l’argent.

Et non, Mr Potter, vous ne l'emporterez pas avec vous… notre humanité.

La Vie est Belle, sur le papier, est loin d'avoir ce grain de folie, ce trait de génie scénaristique et pourrait ressembler aux premiers abords à l’un de ces téléfilms M6 « conte de Noël » à l’académisme aussi banal qu’abusif. Un passe-temps niais, pleurnichard, alourdissant et agaçant. Mais il n'en est point. Frank Capra détourne habilement les « bons sentiments » en les sublimant et en les amplifiant. Comme pour nous submerger d'une incommensurable envie de bonheur, aspiration commune à tous mais pourtant si rarement rencontrée. Frank Capra propose ainsi, toute au long de sa filmographie, une vision plus ensoleillée des difficultés de l'homme de la rue au sein de la société moderne et développe des contes candides exaltant la bonté des gens ordinaires et la valeur des rêves modestes, même non exaucés. Car l’important, c’est d’aimer. Savoir sourire, à une inconnue qui passe, n'en garder aucune trace, sinon celle du plaisir. Savoir aimer sans rien attendre en retour, ni égard, ni grand amour, pas même l'espoir d'être aimé.

D'un optimisme populiste jouissif, It's a Wonderful Life est la quintessence même du « film de Noel », arrimant les émotions à un quai de perfection. D'un scénario tout en légèreté à l’onirisme d’une Dolce Vita, les sentiments n’en deviennent que plus passionnés, et sincères. A l’image d’un dénouement à l’intensité inégalée. Véritable hymne à la vie, Capra signe le film PARFAIT, éblouissant dans toutes ses formes tant dans sa construction narrative que dans l'émotion magnifiée qu'il confère. L'impact émotionnel procuré est si intense qu'on ne peut en ressortir indemne. De l’avant à son après, ne reste qu’un point de basculement dans la vie de tout cinéphile, de tout spectateur, de tout être humain. Une œuvre universelle en faveur du vivre ensemble. Alors que j’écris cette modeste critique, les hallucinations de Capra m’obsèdent, les flocons tombent à Bedford Falls, et cette bonne vieille mélodie continue de résonner dans les cœurs de sa communauté… Another Day in Paradise ? Ah, art scénique et vieille bonté, le ciel peut attendre, car la vie est belle. Joyeux Noël à tous et que George Bailey soit avec vous…

Hooked on a feeling…

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