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Las Vegas Parano

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Le film-trip absolu, presque doctrinaire. Las Vegas Parano est un climax dans la galaxie des films sur les drogues et leur expérimentation. Réalisé par Terry Gilliam (Brazil, L'armée des douze singes), il raconte les pérégrinations d'un journaliste gonzo des seventies, envoyé à Las Vegas pour couvrir une course. Contrairement à de nombreux films sur la drogue, ce n'est pas une espèce de film de potes. L'approche n'est pas non plus moraliste façon Requiem for a dream et si elle est édifiante dans quelque sens ce sera un dommage collatéral.

Gilliam a trouvé le parfait prétexte pour exulter dans l'irrationalité ; le programme est loin d'être vain pour autant, car c'est bien un reportage consciencieusement nihiliste auquel nous avons à faire. Un reportage dans la lignée du principe du « journalisme gonzo » et du roman dont ce film est tiré, deux éléments crées par l'écrivain et reporter Hunter Stockton Thompson. Fear and Loathing at Las Vegas est un trip occidental et spécifiquement américain, témoin d'une génération psychédélique déjà post-hippie et connecté à une génération plus ouvertement blasée, celle du tournant du millénaire, souvent qualifiée de « génération Y ».

Le film est un échec en salles à sa sortie en 1998, poussant Gilliam à quelques années de retrait (la seule longue coupure dans sa carrière à ce jour). Il écope de critiques calamiteuses et attire le mépris à cause de toute cette outrance et cette impertinence dignes d'Oliver Stone (l'homme de U-Turn et Natural Born Killers). Pourtant Las Vegas Parano devient culte par la suite. Il a de quoi, car il déroule un dispositif explosif, pétarade à fond même sans justification. Il y a de l'esprit et il est enfiévré. La narration de Depp recolle les morceaux de ce cortège de séquences WTF, pendant que la mise en scène fait l'inventaire des effets de drogues dures, par exemple en créant un délire chromatique pour la LSD ou en induisant des perceptions claustrophobes pour l'adrénochrome.

Ces effets sont parfois exagérés mais ne débarquent pas ex nihilo ; l'important pour Gilliam et son directeur photo Pecorini (récurrent) et le chef décorateur Alex McDowell (futur collaborateur de Burton, Snyder et Spielberg – et sauveur du piteux Upside Down) étant d'exploiter les qualités cinématographiques de ces drogues. Objectif largement atteint. Las Vegas Parano est parfois inconfortable mais demeure une expérience unique et jubilatoire, singulièrement puissante malgré des descentes profondes, laissant hagard plus qu'ennuyé. Les dialectiques absurdes et violentes de Johnny Depp, sa performance et celle de Benicio del Toro, facilitent la partie en donnant un effet visite guidée – Depp lui-même organisant son propre dépaysement dans un monde si lointain et abstrait qu'il n'en perçoit plus que l'absurdité et l'hostilité.

Autres films de Terry Gilliam :
http://www.senscritique.com/film/Les_Aventures_du_Baron_de_Munchausen/critique/25871849
http://www.senscritique.com/film/Les_Freres_Grimm/critique/25766427
http://www.senscritique.com/film/Zero_Theorem/critique/30583180

https://zogarok.wordpress.com/tag/terry-gilliam/

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