Hymen et nombril

Avis sur Laurence Anyways

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Même mon petit monde d’ermite asocial n’avait pas pu échapper à la couverture médiatique de Mommy mais, j’avoue, je n’avais jamais entendu parler de Xavier avant. "Tom à la ferme" me clignait de l’œil mais je n’avais pas retenu de qui, avec qui et tout le tralala.
Y’a Cannes, là, qui s’ouvre et y’a ARTE qui en profite (non le verbe profiter n’est pas forcément péjoratif) alors c’est encore vierge de tout Dolan que j’ai attaqué Laurence Anyways.
Je ne te parlerais pas de technique cinématographique (il y a 154 autres critiques déjà publiées qui le font bien mieux que moi) puisque je ne suis qu’une amatrice inculte qui aime et superficielle. Je vais donc te parler de mon nombril, de celui de Laurence et surtout du parfait bourillon de Fred.

Laurence partait avec un sérieux handicap (pas celui de son identité sexuelle, ça je ne pense pas que se soit une infirmité) mais celui du sentiment de DEVOIR regarder ce film, pour les raisons présentées dans mon intro, et que très franchement, je n’aime plus beaucoup les corvées depuis mon évasion scolaire.
Le sentiment également que je n’allais pas réussir à être neutre. Quand on me parle d’Humain, mon cœur s’emballe facilement, si on y ajoute de grandes et belles causes, c’est une vraie course de plat qui se met en place, ma cage thoracique devant l’hippodrome de Longchamp. Je voulais pouvoir être objective, cinématographiquement parlant.

Les 30 premières minutes, la zapette m'appelait (y avait "l’étrange pouvoir de Norman" sur une autre chaîne, tu vois le dilemme) mais je m’étais attachée à ce couple et avais envie de rester encore un peu en leur compagnie. Les problèmes d’identité sexuelle de Laurence ne m’importaient plus, leur histoire oui.
L’amour tu vois, c’est toujours beau. Celui de Laurence et Fred c’est encore plus beau. C’est romantique, c’est frais, ce n’est pas comme Pretty Woman et ça te donne envie d’aimer pareil.

J’ai peut-être raté complètement le sujet du film puisque j’ai découvert avec plaisir une belle romance passionnée.
Laurence est coincé dans son corps d’homme, soit, mais cela n’ébranle absolument pas ses sentiments pour Fred. Il n’est pas homo, il n’est pas lesbienne, il ne se retrouve simplement pas dans ce corps masculin.
Oui mais alors, s’il est une femme et qu’il aime Fred c’est qu’il est… Mais on s’en moque ! Il l’aime. Y a-t-il autre chose qui compte ? As-tu besoin, toi, de comprendre pourquoi tu aimes ?
Pour Fred ça se complique un peu et on l’accompagne avec pudeur dans ses questionnements. On fond quand l’évidence lui apparaît par un : "J’ai besoin de ses avant-bras"
C’est pas plus compliqué, l’amour : avoir besoin des avant-bras de l’autre pour continuer à vivre.
Jamais voyeur ni outrancier, ce film avance doucement dans l’histoire de ce couple et vous emporte avec lui. La transformation des protagonistes est lente, maladroite et finalement sournoise.

La romance passionnée devient passionnelle. Lui, s’épanouit, se confronte et laisse de la place à la manipulation, née du besoin vital d’être encore et toujours aimé par Fred. Elle, passant de la jeune fille insouciante à la femme accomplie et lisse, non sans avoir avant, trébuché sur le déchirement dépressif et destructeur.

Fred qui explose de douleur face à cette serveuse inquisitrice, dans la banalité dans un café, c’est vous rappeler qu’au-delà des apparences, il y a des êtres humains, vivants, de vrais gens. Ce coup d’éclat est d’une beauté insupportable et il vous enveloppe dans une couverture qui pique et pourtant vous rassure.

Fred qui tente de se prouver qu’elle maîtrise encore quelque chose en s’abandonnant dans l’excès c’est vous rappeler vos errances et vos asphyxies. Fred qui tire un trait froid et désespéré sur cet amour qui la détruit pour se raccrocher à une vie plus douce, c’est appuyer sur vos doutes, vos illusions et vos tabous.
Fred toute entière, c’est votre instinct de survie, les passions, les rêves et les situations d’urgence. Les édredons déplumés de la vie, qui vous laissent toujours les pieds froids mais qu’on ressort à chaque hiver.

Laurence Anyways: des sentiments qu’on a traversés, des sensations qu’on a rêvé et une vie qu’on aimerait ne pas avoir à vivre. Et en plus c’est beau. Mais c’est long….

Mon premier Dolan est un dépucelage réussi. J’aime ses ambiances, ses couleurs, les détails qui changent tout et même ses lenteurs. Plusieurs fois, je me suis surprise à penser que Laurence Anyways était long, lent, trop ? mais je serais incapable de choisir quelles séquences, quels arrêts sur image devraient être supprimés. Ils sont tous beaux, peut-être pas si nécessaires mais c’est un plaisir de les avoir tous connus.

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