"La beauté est dans les yeux de celui qui regarde." (Oscar Wilde)

Avis sur Le Bossu de Notre-Dame

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Paris, fin du XVe siècle. Traquant les gitans de Paris, le juge Claude Frollo arrête un groupe de bohémiens qui tentent de fuir. Ayant mis la main sur un de leur bébé, Frollo veut le noyer en voyant son horrible difformité, mais il en est empêché au dernier moment par l’archidiacre de la cathédrale Notre-Dame, qui, pour l'absoudre du péché qu’il était en train de commettre, enjoint le juge d’élever le bébé comme s’il était le sien. Devenu adulte, ce dernier se révèle un bossu au visage difforme et officie dans l’ombre comme sonneur de cloches de la cathédrale. Mais son envie de découvrir le monde extérieur le ronge de plus en plus…

On connaît les vagues que fit Le Bossu de Notre-Dame à sa sortie chez nous, accusé par plusieurs personnes, dont notamment une partie des descendants de Victor Hugo, jugeant que les studios Disney violaient l’œuvre de leur ancêtre. On me permettra de m'étonner face à des gens qui se scandalisent des imbécillités que la télévision propose à la jeunesse aujourd’hui en s’insurgeant à côté contre une initiative visant à rendre accessible un grand classique littéraire tel Notre-Dame de Paris à cette même classe d’âge, mais on n’en est plus à une contradiction près et de toute façon, on sait depuis Le Seigneur des anneaux que l’avis du descendant d’un auteur sur une des adaptations cinématographiques de son œuvre ne vaut guère plus que l’avis du pékin moyen.

Pour ceux qui préfèrent s’intéresser à un film pour ce qu’il est et non pour ce qu’ils voudraient qu’il soit, Le Bossu de Notre-Dame reste souvent un des plus grands chefs-d’œuvre des studios Disney, et on les comprend. Alors que Gary Trousdale et Kirk Wise, réalisateurs du génial La Belle et la bête, s’apprêtaient à transformer Orphée en baleine à bosses dans le cadre de leur projet avorté A Song of the sea, ces derniers se virent charger de la tâche non moins dure d’adapter le célèbre roman de Victor Hugo à l’écran et pour tous les publics. Le choix de ces deux réalisateurs apparaissait logique quand on a vu la maturité du propos de La Belle et la bête sur l’amour et la laideur physique, et il l’apparaît d’autant plus quand on a le produit fini sous les yeux.
Développant le propos de leur précédent film en abordant frontalement la question du handicap, Wise et Trousdale réinterrogent les notions d’humanité et de monstruosité, s’appuyant sur le récit d’Hugo pour les inverser de manière habile. Faire de Frollo le véritable monstre et de Quasimodo le véritable homme permet en effet d’illustrer à merveille la dichotomie entre amour sincère et désir charnel : là où Quasimodo éprouve d’authentiques sentiments pour Esméralda, étant amoureux non seulement de sa beauté mais aussi de sa douceur, de son courage et de sa bonté, Frollo n’éprouve qu’une attirance uniquement fondée sur la beauté physique.
C’est en effet la différence fondamentale qui sépare Frollo d’Esméralda : l’un ne sait voir que la surface des choses tandis que l’autre plonge aisément sous cette surface pour voir les choses en profondeur, telles qu’elles sont réellement. Sa superbe prière à Notre-Dame en est l’illustration, rappelant avec simplicité que « tous les miséreux sont les enfants de Dieu » et que « dans le cœur de Notre-Dame, les bannis ont droit d’amour ».
Ainsi, le scénario de Tab Murphy, Irene Mecchi et Jonathan Roberts nous propose des personnages incroyablement écrits, qui marquent par leur capacité à s’élever pour dépasser des considérations purement humaines et faire les meilleurs choix qui s’offrent à eux. Pleins de délicatesse et de noblesse, rarement les studios Disney avaient su nous proposer des personnages aussi justes, et c’est avec une émotion non dissimulée que l’on assiste au terrible et magnifique renoncement de Quasimodo, prêt à sacrifier la femme qu’il aime pour la laisser suivre la voie qui lui convient le mieux, de même que l’acceptation finale de Quasimodo par le peuple de Paris, à travers les mains d’une innocente petite fille qui étreint le bossu remue plus qu'on ne voudrait l'admettre le cœur du spectateur (ce qui permet de justifier du même coup de n’avoir pas fait mourir tous ses personnages à la fin, comme Victor Hugo). On notera encore une fois la réussite de sidekicks très amusants au travers des trois gargouilles, qui réussissent à détendre l'atmosphère tout en restant à leur place, n'envahissant guère le récit que le temps d'une chanson.

Cette magnificence des âmes des personnages, on la retrouve par écho dans tout le film, et bien évidemment, tout autant dans son aspect formel. L’animation permet en effet aux génies de chez Disney de recréer avec un hallucinant soin du détail le Paris du XVe siècle, dans toute sa splendeur. Les décors de Lisa Keene rivalisent de grandeur avec tout ce qu’on a vu jusqu’à ce jour, et donnent au récit toute l’ampleur qu’il mérite, tant la cathédrale et ses environs prennent vie sous nos yeux de la manière la plus colossale qui soit.
Véritable protagoniste du récit (ce qui se manifeste notamment par ses trois craquantes gargouilles, mais aussi par les torrents de lave du combat final), la cathédrale est la plus belle réussite des animateurs Disney, d’autant que les techniques d’animation informatiques autorisent des mouvements de caméra impressionnants de fluidité qui permettent une immersion totale du spectateur.
A cela, il faut ajouter ce qui constitue sans nul doute la meilleure bande originale d’Alan Menken. Dès la chanson d’introduction, Les Cloches de Notre-Dame, peut-être la meilleure chanson jamais entendue dans un Disney, on sent que l’on va entendre quelque chose d’unique, et l’on ne se trompe pas. A peine entachée par la médiocre séquence Un gars comme toi, seule chanson dispensable du film compensée par la meilleure chanson de méchant que Disney nous ait proposé (le terrifiant et grandiose Infernale), la bande originale s’avère judicieuse dans tous ses choix, et particulièrement celui d’employer des hymnes liturgiques tels que le Dies Irae ou le Kyrie Eleison, pour rythmer le récit.
Nous offrant une alchimie unique entre le son et les images, qui pousse l’art des animateurs Disney à son sommet, Le Bossu de Notre-Dame se révèle encore aujourd’hui une de leurs plus grandes oeuvres, pleine de grandeur et de profondeur, nous rappelant que décidément, les studios Disney ne peuvent rien faire comme tout le monde.

"Il est deux choses des plus émouvantes en ce monde : la beauté qui s'ignore et la laideur qui se sait."
(Oscar Wilde)

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