9
le 21 févr. 2019
SuivreSonar et la manière
Le Chant du Loup est une sorte d'OVNI. Un OVNI dans le panorama français de la production cinématographique moderne. Car l'oeuvre a tout du projet casse-gueule prêt à s'écrouler sous le poids de ce...
Nous sommes vraiment impitoyables avec le cinéma français. Lorsqu’il puise dans son fonds de commerce, on a honte de ses succès ; lorsqu’il investit d’autres genres, on l’attend au tournant. Le chant du loup aura ainsi probablement droit à son lot de critiques, dont certaines pourront se permettre d’être acerbes. Les jonctions scénaristiques prêtent en effet à sourire, et l’on sent que les coutures entre des séquences importantes auraient dû être travaillées davantage. La manière dont le protagoniste se trouve expulsé (au moment de l’appel, ah au fait, finalement non…) réintégré (je cours incognito dans le QG de la nation), les incohérences pour toute personne maîtrisant un tant soit peu les lois de la nature (la pression à oreille nues, la question de l’absence de lumière sous l’eau) et un casting à géométrie variable (Sy en type sérieux, c’est assez difficile à appréhender, et Kassovitz en amiral s’autorisant quelques blagues semble souvent mal à l’aise) jouent souvent contre le film.
Il n’empêche.
Cette réécriture de Point Limite (ou Docteur Folamour, puisque les deux chefs-d’œuvre, sortis la même année, traitent exactement du même sujet, mais sur des registres différents) en mode sous-marin se démène pour tenir les promesses d’une bande annonce palpitante. Le secret du plaisir, c’est surtout celui de l’expertise : ça jargonne à tout va sur des formules qu’on ne comprend qu’à peine, ça se rive à un protocole qui a l’air de très bien fonctionner sans nous, et ça voit des choses qu’on ne peut pas discerner. Le Chant du loup mise tout sur la technicité et la singularité du monde sous-marin, faisant dialoguer entre eux une élite rompue à l’exercice, qui tolère à peine notre présence dans l’habitacle. Les séquences en immersion, majoritaires, impressionnent par leur savoir-faire et les moyens déployés.
Tout le classicisme de films à majorité US est ici convoqué (avec une petite pique d’autodérision sur les moyens nationaux lorsqu’on explique à l’Amiral qu’un seul écran fonctionne « Parce qu’on est en France »), et force est de constater que l’ensemble fonctionne. En déplaçant les enjeux sur « L’oreille d’or », un spécialiste en analyse acoustique, le film fait un pari gagnant : c’est bien par ce relais à l’invisible que tout se joue – ce qu’avait compris la grande référence sur le sujet, le film allemand Das Boot, qui en 1981 proposait un incroyable travail sur le son. L’intrigue, faite de faux semblants et de revirements plus ou moins crédibles, s’épaissit ainsi d’une quête sensitive qui accroît la tension et excite davantage que les pourparlers des décisionnaires.
Autant d’éléments qui ne peuvent que susciter des encouragements. Cette diversité fait du bien, et prouve que le cinéma hexagonal a de l’énergie à revendre sur plusieurs fronts. Profitons donc de l’immersion pour voir le verre à moitié plein.
(6.5/10)
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Guerre, Le son au cinéma [liste participative], Les meilleurs films français de 2019, Vu en 2019 et Vu en salle 2019
Créée
le 23 févr. 2019
Critique lue 22.2K fois
9
le 21 févr. 2019
SuivreLe Chant du Loup est une sorte d'OVNI. Un OVNI dans le panorama français de la production cinématographique moderne. Car l'oeuvre a tout du projet casse-gueule prêt à s'écrouler sous le poids de ce...
8
le 23 févr. 2019
SuivreLa France n’est plus en guerre sur son sol depuis plusieurs décennies. Mais le souvenir des deux guerres mondiales reste vif et toutes sortes de menaces potentielles sont prises au sérieux par nos...
4
le 16 mars 2019
SuivreC'est l'histoire d'un type qui entend tout mieux que les autres. Mais vraiment tout, genre tu peux pas lui faire "coucou devine qui c'est ?" il t'a déjà chopé les mains avant que t'ai eu l'idée de le...
1
le 6 déc. 2014
SuivreCantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de...
9
le 14 août 2019
SuivreIl y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...
8
le 30 mars 2014
SuivreLa lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème