C le Maudit

Avis sur Le Cirque

Avatar SmileShaw
Critique publiée par le

Considéré à tort comme un petit film dans la carrière de Chaplin, le Cirque, s'il est moins politique ou émotionnel que ces autres longs métrages, et de ce fait, peut-être moins marquant pour certains que le Kid, les Temps modernes ou le Dictateur, est pourtant certainement le plus abouti, en terme de gags purs.
Le choix de cet environnement tient moins au fait qu'il offre pléthore de situations comiques, qu'il a toujours été une grande passion pour l'artiste. De son enfance dans les rues londoniennes, jusqu'en Suisse où, 2 mois avant son décès, il assistera à une représentation de la troupe Knie, le cirque a toujours exercé une fascination sur Chaplin.

Comme pour tous ses films jusqu'aux Temps modernes, aucun script n'est écrit quand le tournage commence. A l'instar des Lumières de la ville qui est né dans l'esprit de Chaplin par l'idée de la formidable scène finale, la genèse du Cirque est constituée par la fabuleuse séquence de Charlot funambule. Assailli par une ribambelle de singes, le Vagabond, instable sur son câble, tente par tous les moyens de rester debout alors que les primates s'acharnent, lui ôtant ses vêtements, griffant et mordant tout ce qu'ils peuvent (pour la petite histoire, cette simple scène nécessitera une hospitalisation de 6 semaines, ce qui s’avérera pourtant être un verre d'eau dans l'océan de ses déboires).
Jugée par certains comme une métaphore de la vie personnelle du cinéaste, cette scène marque donc le point de départ de ce qui s'avère être un bijou d'humour.

2 ans de tournage ont été nécessaires pour la réalisation de ce film.
Car si le perfectionnisme de Chaplin n'est plus à démontrer (la seule scène du funambule aura occasionné plus de 700 prises), il faut compter également sur plusieurs interruptions, plus ou moins longues, et sa finalisation tient véritablement du miracle.
Détérioration du chapiteau par une tempête, premiers mois de travail anéantis pas des rayures sur les pellicules, majorité du décor ruinée par un incendie, poursuite ardue par le Fisc pour impayés, c'est toutefois certainement son divorce d'avec sa 2e épouse, Lita Grey (qui n'hésite pas, par le biais de ses avocats, à se répandre dans la presse et livrer des détails sordides sur sa vie intime avec la star), qui va atteindre le plus Chaplin et le plonger dans une profonde dépression.
Après 8 mois à l'écart des studios, Il revient toutefois à ce qui l'a toujours maintenu debout, le travail et livre son film en 1928, pour le plus grand bonheur des critiques et du public.

Charlot, poursuivi par la police dans une fête foraine, suite à un malentendu, trouve refuge dans un cirque et provoque l'hilarité d'un public somnolant devant un numéro de clowns pathétiques, alors qu'il tente toujours d'échapper à l'agent qui lui court après. Le directeur, personnage odieux et profiteur, l'embauche sur le champ pour un salaire de misère.
Comme à son habitude, le Vagabond tombe amoureux, cette fois de l'acrobate, martyrisée par son père, qui n'a d'yeux, elle, que pour Rex, le funambule.

Les événements comiques s'enchaînent à un rythme effréné et une fois de plus, la magie opère. Certains, pourtant éculés, prennent une autre dimension lorsqu'ils sont effectués par le Vagabond.
Chaplin fait montre une nouvelle fois de toute la virtuosité dont il est Maître. Repoussant les limites de son processus créatif, il réinvente chaque gag et le suce jusqu'à la moelle.
Toujours en quête d'idées nouvelles, il expliquera lui-même :

Comment a-t-on des idées ? Par la persévérance poussée jusqu'au bord de la folie .

Et si la compassion, la gentillesse, la combativité ou encore la générosité sont, comme toujours, les sentiments prédominants, le Cirque, plus qu'une romance drôlissime, est avant tout un hommage et met à l'honneur tout un univers, précurseur du burlesque dont Chaplin est le digne représentant.

Récompensé en 1929 d'un award d'honneur lors de la première cérémonie de ce qui deviendra plus tard les Oscars, pour "la variété de ses talents et son génie de l’écriture, du jeu, de la mise en scène et de la production", le Cirque disparaît très vite de la circulation et ne ressortira qu'en 1969, dans une version restaurée et avec une partition composée par Chaplin lui-même.
Preuve ultime que ce tournage a été l'un des épisodes les éprouvants de sa vie : le Cirque n'est même pas cité dans son autobiographie, Histoire de ma vie.
Rendons-lui donc grâce d'avoir retravaillé ce joyau, témoin supplémentaire du génie chaplinesque.

Bonus : Jean Cocteau, qui rencontra Chaplin en 1936 lorsque ce dernier effectuait son tour du monde, a raconté plus tard que pour Charlie, un film,

c'est un arbre : vous le secouez et tout ce qui branle et n'est pas nécessaire tombe, laissant seulement la forme essentielle.

C'est certainement ce qui explique la non-utilisation de la scène qui suit dans le film et qui nécessita pourtant plus de 400 prises et 2 semaines de tournage ...
https://www.youtube.com/watch?v=1mXrplibV04

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 689 fois
43 apprécient · 1 n'apprécie pas

SmileShaw a ajouté ce film à 11 listes Le Cirque

Autres actions de SmileShaw Le Cirque