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Le Corps de mon ennemi

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Bien que j’apprécie Jean-Paul Belmondo, je n’avais jamais vu le film « Le corps de mon ennemi ». Profitant du fait que ce long métrage était diffusé sur la chaîne Paris Première et que j’avais cette dernière gratuitement ce mois-ci, j’ai donc sauté sur l’occasion pour enfin le voir. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais le trio Belmondo, Audiard et Verneuil me mettait l’eau à la bouche.

Au début, je dois bien avouer que j’ai été un peu surpris. Dès les premières secondes avec ses gros plans sur le personnage énigmatique de François Leclercq, je me suis dis que j’allais être dans un polar à la française bien froid et dur comme je l’apprécie. Seulement voilà, le récit dispose de pas mal de touches d’humour dans ses dialogues qui font que malgré le sérieux, il y a une certaine légèreté surprenante. Certaines répliques et réflexions font mouche et on sent bien la touche de Michel Audiard au scénario co-écrit avec Henri Verneuil et Félicien Marceau d’après l’oeuvre de ce dernier.

Passé la surprise, je me suis quand même bien plongé dans cette intrigue. Il y a quelques longueurs (j’aurais bien enlevé un bon quart d’heure) mais le résultat reste prenant. Au final, malgré l’excellente utilisation des flash-back qui nous permettent de dénouer les faits qui ont mené Leclercq en prison, l’intrigue policière s’avère assez anecdotique.

J’ai plus été intéressé par la thématique de la lutte des classes et de l’évolution de la société sous fond de manipulation politicienne. Une nouvelle fois, à travers les dialogues, il y a de nombreuses réflexions sur la société de l’époque (dont certaines encore d’actualité) qui sont pas mal du tout au point que j’ai vite fait abstractions des quelques facilités qu’il peut y avoir.

Devant la caméra, Jean-Paul Belmondo (François Leclerq), tient bien le haut de l’affiche. Ce n’est pas sa performance la plus folle mais le comédien possède un tel charisme qu’il porte aisément ce long métrage sur ses épaules. On a tout de suite de la sympathie à son égard (peu importe ce qu’on lui reproche) et on prend un grand plaisir à le suivre dans ses souvenirs et dans sa quête de vérité. L’acteur nous en impose à travers son regard tout en remplissant bien l’écran.

Derrière, le reste du casting parait beaucoup plus en retrait. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il fait de la figuration et ça fait bien plaisir de retrouver certaines « gueules » qui sont toujours aussi efficace dans ce genre de production. Je pense notamment à Bernard Blier (Jean-Baptiste Beaumont-Liégard) ou encore François Perrot (Raphaël Di Massa) que l’on est habitué à voir dans ce registre mais je peux aussi évoquer les quelques apparitions de Michel Beaune (L’ami d’enfance de François) ou encore Bernard-Pierre Donnadieu (Le truand blond). Claude Brosset (Oscar) m’a lui beaucoup fait sourire.

Maintenant, on peut regretter une nouvelle fois pour ce genre de film le manque d’importance du casting féminin souvent relégué à des rôles plus « transparent ». Si elle est fort sympathique, j’aurais ainsi aimé plus de consistance pour le personnage de Marie-France Pisier (Gilberte Beaumont-Liégard) et je ne parle même pas du rôle de sa mère qui frise le ridicule. J’aurais aussi aimé voir un peu plus Élisabeth Margoni (Karine Lechard) qui n’est pas désagréable. Celle qui s’en sort le mieux à mes yeux, même si on ne l’exploite pas assez également, reste Nicole Garcia (Hélène Mauve) qui livre une prestation honorable.

Henri Verneuil de son côté réalise un film plutôt bien ficelé. J’aurais aimé quelques choses de plus percutant mais sa mise en scène qui utilise les allers-retours dans le temps de façon judicieuse font que cela fonctionne. Si le réalisateur ne met pas son intrigue sur un piédestal préférant ce concentré sur ses thèmes sociétales, il met néanmoins très bien en valeur ses comédiens. La direction artistique est pas mal, on alterne entre dureté et légèreté dans le ton avec un bon équilibre mais toujours en frôlant la limite pour ne pas être trop ridicule.

J’ai bien aimé aussi les différents décors. Encore une fois, ce contraste entre la classe populaire et la bourgeoisie est bien montré et cela m’a amusé de retrouver à l’écran cette « vieille France ». Le tout est bien mis en musique par Francis Lai qui contribue également à jouer sur la différence de ton de l’intrigue.

Pour résumer, même si il n’est pas parfait, je ne regrette pas d’avoir enfin pu découvrir « Le corps de mon ennemi ». Passé la surprise dans le traitement et malgré quelques longueurs, j’ai été pris par ce long métrage davantage pour ses thématiques sociétales que pour son intrigue policière. Efficace, cela reste de toute façon un plaisir coupable de suivre Jean-Paul Belmondo à l’écran même si ce n’est pas son rôle le plus fort. Je ne sais pas si il marquera mon esprit mais c’est un film que je pourrais revoir en tout cas.

Avis écrit le 20 janvier 2018.

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