Quatorzième film de Elia Kazan, "Wild River" nous emmène tout droit dans le sud des Etats-Unis durant le New Deal suivre Chuck Glover envoyé pour le compte de la TVA (Tennessee Valley Authority) dans le but d'obtenir de la part des habitants qu'ils acceptent de quitter les zones destinées à être inondées en vu de la construction d'un barrage. Mais il reste une île qui se heurte à déménager. C'est la maîtresse des lieux qui se révèle être un adversaire de poids pour Glover, mais ce dernier est aussi attiré par Carole, la petite fille de celle-ci.

Elia Kazan prend d'abord le temps de présenter les personnages et le contexte. Un contexte de changement où sont opposés Glover qui représente le fameux "progrès" lancé par Roosvelt suite à la grande dépression face à une population qui n'est pas près pour. Une population symbolisée par cette vieille veuve qui refuse de quitter ce qu'elle a entreprit et qui exerce une influence sur les autres habitants de l'île. Il montre comment vivait et pensait cette "foule", sa réaction face à celui qui représente le progrès et qui vient déranger leur petite habitude, mais Kazan montre aussi comment le racisme était ancré dans la vie de tous les jours, à travers les salaires ou la façon dont les gens de couleurs étaient traités. C'est une vision forte de l’Amérique rurale qu'il met en scène.

Avec "Wild River", Elia Kazan nous livre un film d'une grande richesse. D'abord d'écriture avec donc des personnages profonds et ô combien intéressant voire même passionnant. D'abord cet étranger venant pour déloger la vieille veuve et qui va finalement être attiré par Carole. Mais aussi cette dernière, qui semble d'abord très timide et assez craintive de sa grand-mère. Le déroulement et les enjeux sont tout aussi intéressants et Kazan les met superbement en scène, alternant lyrisme, sensibilité ou cruauté.

Le réalisateur d'origine grecque s'attache fortement à un côté assez réaliste qui résulte d'une superbe reconstitution et d'une excellente qualité d'image. Les couleurs sont superbes et sa caméra est toujours au plus près des personnages et de la nature, il sonde leur âme tout en mettant en avant leur différente vision du monde.

Mais surtout il fait ressortir toutes les émotions des enjeux et des personnages, à l'image de cette scène où pour la première fois Carole retourne dans son ancienne maison de l'autre côté de la rivière. En plus d'être émouvant, des soupçons de mélancolie et de romantisme planent toujours au dessus de son film, et il nous fait passer par divers sentiments, de antipathie à la "délivrance".

Et puis, que dire de la direction d'acteur de Kazan, une nouvelle fois fabuleuse. Après Marlon Brando ou James Dean et avant Natalie Wood, Kirk Douglas ou Robert De Niro, c'est au tour de Montgomery Clift, Lee Remick et Jo Van Fleet d'en profiter. Le premier y incarne à merveille ce représentant du "progrès", comme à son habitude il fait preuve d'une sobriété et d'une justesse incroyable, faisant ressortir toute les facettes et les émotions de son personnage. Le talent de Lee Remick n'a d'égal que sa beauté, c'est dire et Jo Van Fleet est très convaincante en veuve attaché à ses racines.

Pas forcément le plus connu des films de Kazan et c'est bien dommage. A la fois dur et émouvant, intelligent et sensible, le réalisateur américain d'origine grecque nous livre un film d'une grande richesse emmené par d'excellentes interprétations.
Docteur_Jivago
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le 25 août 2014

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le 25 août 2014

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