Un portrait de femme fort joyeusement bavard et palpitant dominé par une Chastain impériale.

Avis sur Le Grand Jeu

Avatar Rémy Fiers
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Dès l’entame, une entrée en matière de haute volée très sportive sur fond de ski, Aaron Sorkin nous cueille avec brio. Pour son premier film en tant que réalisateur, le brillant scénariste de « The Social Network » marque avec sa patte reconnaissable entre toute la présentation en voix off de l’héroïne de son film, Molly Bloom. Les dialogues sont ciselés, croustillants et déclamés avec un débit mitraillette par une Jessica Chastain à laquelle ce verbiage semble parfaitement convenir. La suite ne démentira pas ce prologue. En effet, le scénariste devenu metteur en scène parvient à compiler sa science métronomique des mots et des échanges verbaux qui claquent telles des scènes d’action avec l’histoire passionnante (et vraie) de cette organisatrice de tournois de poker entre stars. Il a même là trouvé le sujet en or massif pour nous occuper l’esprit et nous passionner durant plus de deux heures sans que le rythme ne faiblisse jamais.

Mais attention il faut suivre! Pas que l’intrigue soit retorse, elle est juste un peu touffue, mais les logorrhées verbales en continu ne permettent pas l’inattention si l’on veut bien savourer le long-métrage. « Le grand jeu » est un portrait de femme forte en apparence impeccablement campée par une Jessica Chastain impériale qui fait la passe de deux avec le non moins impérial « Miss Sloane » sorti en début d’année. Le montage habile et complexe sert le récit, chaque séquence amenant la suivante dans un effet de vases communicants très pertinent. Même si le contexte du film se situe dans l’univers des parties de poker clandestines, Sorkin a le bon goût de ne pas s’attarder sur les rouages de ce jeu. En effet, pour les profanes, voir des personnes jouer aux cartes tout un film n’est pas des plus passionnants. D’ailleurs, il s’essaye le temps d’une scène avec des inserts à nous le vulgariser quelques aspects du jeu mais c’est peine perdue.

Le long-métrage dure près de deux heures et trente minutes et s’il s’avère très documenté et plein de détails ; néanmoins il ne faut pas chercher à tout comprendre. L’important ici étant la trame habituelle de tout destin de cinéma qui en vaut la peine : l’ascension, la chute puis la rédemption de son personnage principal et les raisons et conséquences de tout cela. Et à ce niveau c’est parfait. Enfin, le très beau face-à-face final entre l’héroïne et son père joué par Kevin Costner apporte le semblant d’émotion nécessaire qu’il manquait au film, même s’il verse dans un trauma psychologique un peu poussif. En revanche, on peut reprocher des seconds rôles très peu étoffés laissant le total champ libre à la reine Chastain qui phagocyte l’écran. Enfin, la mise en scène est élégante mais quelque peu fonctionnelle et datée, Sorkin brillant décidément bien plus par ses qualités d’écriture. Et si le côté star system aurait pu être plus fouillé car intéressant (davantage que l’aspect judiciaire), « Le grand jeu » demeure un très bon premier essai.

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