Le mur invisible et le guerrier silencieux: les deux faces d'une même pièce.

Avis sur Le Mur invisible

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Le Mur invisible est l’adaptation autrichienne du roman du même nom de Marlen Haushofer, publié en 1963. Si cet ouvrage n'a pas percé les frontières de l'hexagone, il a en revanche connu le succès auprès des pays germanophones.

La premier aspect qui frappe le spectateur est la puissance esthétique du film. Ces longues séquences de paysages autrichiens, filmés au fil des saisons, permettent de faire comprendre les deux sentiments contradictoires que ressent l’héroïne durant le film. Tout d'abord, elle perçoit cette vallée comme une prison cherchant à tout prix une faille dans ce mur invisible afin de quitter cet l'isolement. Puis, elle s’imprègne de cette nature, un sentiment contemplatif et panthéiste nait en elle, lors de son premier séjour dans les alpages. Elle se sent bien, et accepte sa condition.

La particularité du film est de reprendre à travers une voix-off très présente, de nombreuses lignes du roman de Marlen Haushofer. En effet, tout au long du film, l’héroïne lit le journal qu'elle a tenu au fil des semaines et ainsi se replongent dans les événements. Cette utilisation de la narration pour ce style de film apporte à la fois un point positif et un point négatif.
La sur-représentation de la voix narrative empêche le spectateur d’errer au côté de l’héroïne dans ce paysage magnifique. A l'inverse, cette même voix permet de saisir plus facilement la détresse morale et psychologique que lui provoque la solitude. Ce sentiment est renforcé par la relation forte qu'elle vit avec ses animaux.
On peut donc analyser le Mur Invisible comme l'opposé narratif du Guerrier Silencieux de Refn. En effet, Refn a choisi l'autre solution, en supprimant presque tout dialogue de son film. On divague littéralement avec Mads Mikkelsen dans une aventure onirique mais à contrario on ne saisit que difficilement les sentiments des protagonistes, malgré l’interprétation magistrale de Mads Mikkelsen.

On peut aussi rapprocher ce film de Stalker d'Andrei Tarkovski dans son utilisation de la science-fiction. Ici le mur invisible joue le même rôle que la zone. Il n'est qu'un élément permettant de proposer une réflexion sur l'homme, la société, son regard à la nature. Le film ne cherche pas à expliquer ce mur. Il est, c'est tout. Cette absence d'explication est un des points forts du film. Elle permet de ne pas s'occuper des causes extérieures pour se focaliser sur les aspects personnels, moraux et spirituels que nous propose le film, à travers la très bonne interprétation de l'actrice Martina Gedeck.
On constate que seul Andrei Tarkovski, avec Stalker, a réussi à unifier l'aspect contemplatif et narratif au sein d'une même œuvre.

Assurément le meilleur film de l'année 2013, à mes yeux.

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