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Dans la cour des grands...

Avis sur Le Tableau

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Des dessins animés comme ceux des studios Pixar, ou des bandes dessinées comme celles de Goscinny sont souvent appréciées des adultes pour leur double niveau de compréhension, qui permet aux parents, ou aux enfants devenus adultes, de lire ou de relire l'œuvre dans ses sous-entendus culturels et politiques. Ce dernier film de Jean-François Laguionie, « Le Tableau » constituait une vraie grande promesse du genre, avec son synopsis alléchant : dans un tableau, trois genres de personnages sont en conflit : les toupins, entièrement peints, les pafinis, à qui il manque des couleurs et les reufs, simples croquis, esquisses. En transformant un tableau inachevé en lieu vivant de conflit social, Laguionie nous faisait miroiter des merveilles d'imagination et de sous-entendus...

Et les promesses sont bien tenues : Laguionie reproduit à petite échelle toute l'essence conflictuelle de l'humanité : les oppositions de classe, de castes, régies par les différences, le pouvoir politique, les conflits idéologiques sur l'idée de dieu... Ici, pour les personnages du tableau, dieu est le peintre : on s'interroge sur son retour, sur sa volonté créatrice ; a-t-il privilégié certains personnages plutôt que d'autres en les finissant ? Cela leur donne t il le droit à une domination sociale ?

Sur un schéma classique, Laguionie reprend dans son scénario toutes les grandes structurations du récit traditionnel des contes et des mythologies : l'histoire est celle d'un récit initiatique, unissant trois personnages de « race » différente, dans lequel s'incruste une nouvelle variation sur l'histoire de Roméo et Juliette. « Le tableau » permet un véritable exercice de style ; les personnages d'un premier tableau voyagent à travers tous les autres tableaux de l'atelier. Le scénario choisi permet à l'auteur de créer une multitude d'univers graphiques différents et de mettre lui-même en abyme son art et sa profession, en disséminant un véritable discours sur l'activité artistique.

La grande réussite du film est son final, qui était bien périlleux. Il était effectivement probable que ce film sur la différence et le conflit social se résolve en un happy ending bien-pensant, avec discours lénifiant sur le respect des différences et l'amour universel. Mais pas du tout ; les hommes de peinture sont laissés à leur folie : on les quitte obsédés par leur apparence et le choix qu'ils font pour régler leurs conflits sociaux n'est pas celui du respect de la différence mais du conformisme. Le film se conclut par une habile mise en abyme et sur une interrogation bien pertinente : quel dieu a créé dieu ?

Le seul défaut du film n'en est pas vraiment un : c'est plutôt une contrainte en terme de réception pour les adultes : il s'agit d'un film qui s'adresse clairement aux enfants en priorité : les dialogues d'exposition sont particulièrement répandus. Tout est très articulé pour ne pas perdre le public jeune. D'où un côté parfois un peu longuet et naïf aux yeux des adultes... Mais rien, toutefois, qui rende le visionnage vraiment pénible.

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