Une leçon de cinéma indéniablement en avance sur son temps.

Avis sur Les Oiseaux

Avatar JéJé fait son Bagou
Critique publiée par le

Durant ma carrière, j'ai produit de nombreux films dans le but
principal de dérouter et de surprendre les spectateurs. Si ces
histoires ont donné du plaisir au public, elles ont rempli leur
mission. Cependant, j'ai ajouté cette fois-ci un élément de sérieux au
plaisir. Sous les scènes chocs et le suspense, ce film a une
signification terrifiante. Lorsque vous la découvrirez, votre plaisir
sera multiplié. L'histoire tragique de Du Maurier témoigne de nouveau
du génie de son auteur, sont le roman REBECCA restera dans les
mémoires. C'est peut-être le film le plus terrifiant que j'aie jamais
tourné ! ALFRED HITCHCOCK

Après La Mort aux trousses Alfred Hitchcock se penche sur "Les Oiseaux" une nouvelle de Daphné du Maurier également auteur de Rebecca adapté également par le Maître du suspense. Initialement Hitchcock avait acheté les droits pour sa série télévisée, il changea d'avis lorsqu'un journal sortait un article sur une vraie attaque d'oiseaux ayant eu lieu dans son pays.

Cet article rappela au cinéaste qu'il ne s'agissait pas que de fiction, ce qui finit de le convaincre d'en faire un film. C'est ainsi qu'il demanda au scénariste Évan Hunter d'adapter la nouvelle en ne conservant finalement que le titre original.

Les Oiseaux est le premier film d'Alfred Hitchcock que j'ai vu (sur 48 au moment de sa sortie) et c'était en VHS. Dans mes souvenirs il m'avait pas du tout fait peur. Pire, je me rappelle l'avoir trouvé terriblement long et ennuyeux, si bien que ce long métrage m'avait fermé pendant un long moment à toute oeuvre estampillée Hitchcock (l'imbécile). Ce n'est finalement que plus de dix ans après que je me suis décidé à lui laisser une nouvelle chance vu que je ne m'en souvenais plus du tout, la claque fut instantanée.
Certainement étais-je trop jeune à l'époque (j'étais à l'heure de mon enfance en pleine découverte avec Les Dents de la mer, Evil Dead, The Thing....) pour percevoir le génie et autres subtilités de ce grand film d'angoisse qui me procura au moment de mon revisionnage un frisson de peur authentique qui me parcourut allègrement l'échine.

C'est ainsi que mon aventure dans les oeuvres d'Hitchcock a commencé, pour mon plus grand plaisir.

Les oiseaux est un film singulier, sinistre, pessimiste et certainement le plus expérimental d'Alfred Hitchcock. Le récit porte en lui une vision post apocalyptique efficace où des oiseaux attaquent et sans aucune explication concrète ni rationalité et de manière parfaitement synchronisée Bodega Bay situé au nord de San Francisco. Une oeuvre d'un niveau technique assez incroyable pour son époque, extrêmement riche en suspens ainsi qu'en tension conférant une atmosphère effrayante.

Le plus surprenant vient de sa prouesse technique à l'ère ou le CGI n'existait pas encore. En effet, le défi pour l'époque était de savoir comment s'y prendre pour animer des milliers d'oiseaux en attaque et de manière suffisamment crédible et lisible.

Une complexité d'envergure nécessitant pas moins de trois années de préparation, qui conduira à bon nombre d'innovations en effets spéciaux comme avec par exemple la pratique du sodium sur les arrières plans pour éliminer les contours bleus qui se révèleront dans l'ensemble efficace, même encore aujourd'hui.

Ajoutons à tout cela des centaines et des centaines d'oiseaux en partie factices et d'autres réels dressés pour l'occasion qui fascinèrent à l'époque le monde de la réalisation de par cette ambiance générale. Pour l'anecdote certains oiseaux dressés à charger eurent le bec attachés pour ne pas blesser les comédiens, c'est pour vous dire l'implication de ceux-ci.

La musique n'est pas exempte d'originalité elle aussi vu qu'elle fit remplacé intégralement par des effets sonores ingénieux composés de multitudes de cris d'oiseaux. Un choix audacieux d'une efficacité redoutable avec son mélange de sons surprenants créés par un Bernard Herrmann inspiré qui confère plus de frayeur à l'environnement observé.

En clair Hitchcock encense allègrement son titre de maître du suspense, démontrant exemplairement sa facilité à jouer avec la vraie peur dans des registres différents lors de séquences tout bonnement phénoménales.

Comme lors de la charge du goûter d'anniversaire où les enfants sont les premiers visés, ainsi que lors de l'implacable séquence de la sortie d'école avec les corbeaux en sentinelle qui fatalement attaquent les pauvres jeunes élèves et démontre clairement qu'Hitchcock ne prendra aucun gant tout du long.

Un génie de mis en scène observé également lors de l'assaut sur la ville, tout particulièrement lorsque la station essence prend feu. À ce moment-là, la caméra fait un arrêt sur image sur trois plans fixes en continue où on voit la comédienne Tippi Hedren figée de terreur devant le sinistre annoncé. Du pur génie.

Le final après s'être barricadé dans la maison représente à mon sens la séquence parfaite ! Le cinéaste joue terriblement de l'oppression avec ses protagonistes autour d'une longue et silencieuse scène stressante annonçant le calme avant la tempête. Ce grand silence tue les personnages et met à mal le spectateur qui se sent étouffé dans cette atmosphère irrespirable jusqu'à l'écrasante, bruyante et accablante charge des volatiles transformant alors le récit effrayant en combat pour la survie.

En dehors des fameuses scènes d'attaques des piafs le film regorge de subtilités déroutantes autour des expressions ressenties à travers la peur. Les yeux globuleux de terreur, le sentiment de chute dû à l'oppression, la paralysie, la déraison, la perte d'équilibre, ou encore la folie. Une scène sort particulièrement du lot, celle lors du restaurant où la comédienne Tippi Hedren se fait accuser d'être une sorcière car ayant soi-disant amené le mal avec elle.

Tippi Hedren dans le rôle principal de Mélanie Daniels n'est pas mon personnage favori mais elle fait un travail d'incarnation remarquable en tant que richissime héritière victime de son comportement insoumis. Rod Taylor alias Mitch Brenner est celui que j'estime excellent de bout en bout. Du haut de sa carrure imposante et de son charme il fait preuve d'efficacité lors des scènes d'action.

Suzanne Pleshette est magnifique dans le rôle d'Annie, j'aime beaucoup la relation ambiguë qu'elle entretient avec Mitch et je la trouve plus intéressante que Tippi. Veronica Cartwright dans le rôle de la petite Cathy Brenner fait du bon boulot malgré son jeune âge au moment du tournage; et enfin je terminerai par la formidable Jessica Tandy la mère de famille des Brenner qui est vraiment au top.

CONCLUSION:

Chef d'oeuvre signé Alfred Hithcock au récit superbement conduit par une angoisse intelligente traduite de manière subtile et remarquable avec une distribution de qualité à l'interprétation sans failles. Les oiseaux sont brillamment mise en scène par un travail technique (à l'époque) incroyable. L'exécution de l'horreur est intelligente et bougrement impressionnante.

Une véritable leçon de cinéma qui malgré l'âge ne prend aucune ride !

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