Un brillant "Zéro de conduite" russe

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Une très belle découverte que ce film signée par une réalisatrice, ancienne actrice, qui tournait son premier long-métrage, le premier film sonore russe à s'adresser aux enfants. Il en ressort un regard formidable, jamais simpliste ni didactique tout en restant aux niveaux de ses jeunes protagonistes. Une approche très réussie qui ne prend personne pour un idiot et le film amuse autant qu'il surprend par l'originalité de son traitement. On y évoque pourtant beaucoup de sujets sensibles, surtout en 1933 avec la montée du nazisme où un certains enfants commencent à porter une croix gammée sur leur vêtement. En face d'eux, s'opposent bien-sûr ceux dont les parents sont ouvriers et qui viennent de commencer une grève sur les docks. Sans oublier le rejeton d'une famille un peu plus aisée, relais de la spoliation des richesses, qui volent les tartines de ses voisins qui connaissent pourtant la famine.
Le ton est miraculeusement léger, irrévérencieux et il est possible d'imaginer que la cinéaste ait vu Zéro de conduite de Vigo. Son film est un peu moins poétique mais on y retrouve la même défiance de l'autorité avec un veine quasi anarchiste à l'image d'une géniale scène de bataille dans la salle de classe (avec une fessée mémorable à coup de globe terrestre).
Le scénario ne néglige pourtant pas l'aspect social qui pourrait presque annoncer le néo-réalisme, surtout lors du premier tiers avec la présentation d'une famille précaire type où la mère hésite entre nourrir ses enfants ou réserver son unique morceau de viande à son mari pour qu'il puisse trouver un travail. Le tout à grand renfort de cadrages virtuoses et de mouvement de caméra recherchés qui rappellent le Fritz Lang de M le maudit.
La réalisation est régulièrement très inspirée tant dans son mélange de genres que dans des fulgurances magistrales (la balle perdue qui atterrit dans l'appartement d'une mère aveugle paniquant face au silence de sa petite fille).

L'audace du traitement, la justesse de sa direction d'acteurs et sa virtuosité en font une véritable révélation qui donne envie de découvrir les autres œuvres de la Margarita Barskaïa toutes centrées sur l'enfance. Si son premier film (un documentaire) a été redécouvert il y a une dizaine d'années, par sûr qu'on puisse un jour découvrir son second, et dernier, long-métrage de fiction Père et fils qui déplut fortement aux autorités pour présenter son un jour ambigu un héros de la guerre et patron d'usine qui néglige son enfant. Sa réalisatrice fut ainsi envoyée au goulag où elle décéda au bout d'un an en 1938

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