Il y a trente berges...

Avis sur Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre

Avatar Vincent Rigaud
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Trois ans après ses derniers exploits, Max Rockatansky n'est plus vraiment le guerrier de la route. Sillonnant le désert sur un chariot tracté par des chameaux, l'ancien policier semble bien loin de toute trace de civilisation. Après s'être fait dérober ses biens par un pilote fou, Max se rend à Batertown, une cité improbable, isolée dans le désert et refuge de bon nombre de voleurs, criminels et autres marginaux. Régie d'une main de fer par la mystérieuse Entité, cette ville décadente privilégie toute forme de commerce sur la base du troc et ne tolère pas la violence, chaque conflit devant se régler dans le fameux Dôme du Tonnerre, une sorte d'arène encagée dans laquelle "deux hommes entrent, un seul sort". C'est tout naturellement que Max finit par se faire remarquer, Entité lui proposant bientôt un deal pour le contrôle du monde sous-terrain. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu et Max se voit condamné à une nouvelle errance mortelle dans le désert. Il est pourtant bientôt recueilli par une communauté d'enfants...

En 1982, Mad Max 2 explose le box-office mondial et initie l'ère moderne du post-apo en plongeant son anti-héros, rescapé d'un premier vigilante, dans un univers tout aussi ravagé qu'impitoyable. L'imagerie déployé par ce second volet fait très vite des émules à travers le monde, tout comme son concept de western futuriste reléguant l'homme à ses instincts primaires. La virtuosité de la mise en scène de George Miller participe grandement à cet engouement, le jeune cinéaste australien initiant à lui-seul toute une école de cinéma dont se réclameront les Castellari, Martino, Ashida et même un certain Kevin Costner.

Le carton de Mad Max 2 ouvre donc logiquement les portes d'Hollywood à son auteur, et trois ans plus tard ce dernier co-réalise un troisième chapitre attendu. S'appuyant comme bon nombre d'auteurs avant (George Lucas) et après lui (les Wachowski, Nolan) sur les théories héroïques traditionnelles développées par Joseph Campbell dans son essai "Le héros aux mille visages", Miller élabore donc un troisième opus en parfaite cohérence avec la trajectoire dramatique de son anti-héros. Max n'a donc plus grand chose du salopard endeuillé et individualiste du second opus mais devient ici une sorte de figure messianique, marginal par essence mais devenant le guide providentiel d'une société de jeunes orphelins perdus dans un monde impitoyable. Un monde entièrement désertique, très loin des derniers restes de civilisation du premier opus mais en parfaite continuité avec les étendues arides (mais encore routières) du second opus.

Comme je l'expliquais dans mes précédentes critiques consacrées aux deux premiers films, Miller accentue volontairement la perte de repères temporels de son univers au fur et à mesure de sa trilogie, plongeant lentement et sûrement son héros dans un monde désertique faisant écho au comportement erratique de son protagoniste depuis le trauma originel du premier opus. Un monde qui semble néanmoins se reconstruire sur de maigres bases, la civilisation renaissante étant ici tour à tour représentée par la cité de Batertown et la communauté d'enfants "perdus" pouvant symboliser un avenir meilleur. Mad Max 3 s'inscrit donc dans un projet d'ensemble conceptuellement harmonieux, censé conclure le cheminement héroïque de son personnage principal. De légende hantant l'esprit d'un vieillard mourant dans le 2, Max devient ici une véritable figure messianique, pris à tort par la communauté de jeunes orphelins pour l'élu auxquels ils vouent un culte depuis la fin de la guerre et le crash d'avion auxquels ils ont survécus. Un élu dénommé Captain Walker et qui est censé réparer leur avion et les emmener loin de ces terres hostiles vers la civilisation. Bien malgré lui, Max s'impose alors comme leur sauveur tant attendu, sans néanmoins céder à l'imposture, et permet finalement à cette génération future d'atteindre leur terre promise, laquelle n'est autre que l'ancienne capitale australienne en ruines (une des seules visions de ce qui reste du monde passé depuis la ville dépeuplée du premier film). Suite à ce dernier acte héroïque, Max disparaît à nouveau dans le désert mais plus seulement comme une présence fantomatique hantant les routes de l'ancien monde. Voyageur solitaire vêtu d'un long cache-poussière, il s'enfonce une dernière fois dans le désert sans fin comme un prophète de l'apocalypse et du dernier espoir. Un statut messianique qui conclut de manière cohérente la trajectoire dramatique d'un des plus célèbres anti-héros du 7ème art.

Pourtant, en terme de construction narrative, ce troisième opus a de quoi décevoir. Loin de coller à l'approche furibarde des deux premiers films, Mad Max 3 lorgne plutôt sagement (et maladroitement) sur les terres du péplum et de la fresque aventureuse à la David Lean. Comptant sur un budget confortable de douze millions de dollars alloué par la Warner, Miller a certainement dû brider ses ambitions narratives et stylistiques pour répondre aux attentes du studio. Un rien surmené, le réalisateur dû d'ailleurs demander à son ami George Ogilvie, modeste téléaste australien, de lui prêter main forte dans la réalisation de cet opus. Ajoutez à cela, la mort accidentelle durant la pré-production de Byron Kennedy, producteur influent des deux premiers films, co-scénariste et ami proche de Miller, et vous vous douterez que le tournage de ce Mad Max 3 fut loin d'être une partie de plaisir pour son réalisateur.

En résulte à l'écran un spectacle honnête mais néanmoins terriblement frustrant dans son édulcoration de la violence, les baisses de rythme de son scénario, le score remarquable certes mais inadapté de Maurice Jarre et l'absence d'antagoniste digne de ce nom (Tina Turner n'y est évidemment pas détestable, elle fut imposée par le studio) comme en témoigne cette scène finale confrontant une dernière fois Max à Entité.

D'où l'abandon de la franchise durant plus de trois décennies alors même que cette trilogie continuait à nourrir les univers de plusieurs générations d'auteurs. A la suite de ce Dôme du Tonnerre, Miller entama une modeste et peu prolifique carrière américaine, vendant son talent de réalisateur et de producteur aux studios les plus offrant et accouchant souvent d'oeuvres ingrates et impersonnelles, très loin de la virtuosité de ses premières oeuvres (à l'exception de quelques perles comme Les sorcières d'Eastwick et Happy Feet). Cependant, le gonze a longtemps gardé l'espoir de revenir à l'univers de son héros de prédilection. Si à la fin des 90's, les rumeurs parlaient d'un cinquième opus avec Michael Biehn pour succéder à Mel Gibson, le projet fut encore repoussé pendant près de quinze ans. Et c'est à l'issu de quatre ans de development hell que Miller a enfin réussi à mettre la touche finale au retour tant attendu de Max le fou, désormais incarné par Tom Hardy. Une telle persévérance de la part d'un réalisateur est remarquable et semble promettre une oeuvre de qualité. Et ce ne sont pas les superbes images des différents trailers du film qui viendront freiner notre enthousiasme (en tout cas pas le mien). Reste juste à savoir si ce quatrième chapitre se situera dans la continuité dramatique des précédents opus. Plus que quelques heures à attendre pour le savoir...

Pour ma critique de Mad Max :
http://www.senscritique.com/film/Mad_Max/critique/34316857

Pour ma critique de Mad Max 2 :
http://www.senscritique.com/film/Mad_Max_2_Le_Defi/critique/34021251

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