Vivez toutes les émotions du cinéma avec Orange

Avis sur

Mean Streets

Avatar Le Blog Du Cinéma
Critique publiée par le

J‘ai eu l’impression que MEAN STREETS ne passait pas forcément l’épreuve du temps…

Pas le passage des époques et des modes, mais plutôt ce temps qui inscrivit Scorsese et son style très reconnaissable dans l’inconscient collectif. Ainsi, la comparaison avec le reste de son oeuvre peut malheureusement faire de MEAN STREETS un film bien peu intéressant, au rythme lent, n’ayant aucun véritable enjeu – en tout cas pas assez fort pour tenir l’attention durant 1h50min. Difficile également d’apprécier à sa juste valeur le jeu trop identifié d’Harvey Keitel et Robert de Niro, ou cette caméra imprécise…

Sans doute le meilleur moyen d’apprécier MEAN STREETS est-il de parvenir à se remettre dans un état d’esprit de 1973.
En imaginant quelles innovations Scorsese propose au 7ème art par ce film précurseur. En termes purs de mises en scène, certains effets modernisent l’image, lui donnant ce caractère intemporel que l’on peut encore constater en 2015. Les effets de style (noms des personnages à l’écran, caméra qui se déplace lentement et latéralement, effet repris par Fincher notamment), l’utilisation de la caméra portée – base de ses plans séquences – comme cette furieuse baston. Puis il y a cette caméra fixée à un Charlie complètement bourré, nous immergeant dans son euphorie. Cette géniale scène, rythmée par le morceau Rubber Biscuit des Chips, illustre bien l’importance de la mise en scène au cœur du film, dans un but précis : L’IMMERSION.

L’IMMERSION dans ce New York au réalisme intemporel, celle dans ce quotidien italo-américain. Les effets sus-mentionnés servent le propos de fond : coller au plus près la réalité de ces jeunes gens ; Scorsese reste à hauteur d’hommes, ne s’éloigne jamais de leur simplicité – ce qui ne veut pas dire que leurs ambitions ou motivations sont minimes. La fameuse mafia (rendue illustre, notamment, par ce même Scorsese) n’est ici qu’une toile de fond, une entité quasi-invisible indissociable du destin des personnages… Un peu comme les valeurs et principes dictant aux hommes de Who’s that Knocking at My Door leur conception des femmes, ou des hommes pour Bertha, dans Boxcar Bertha.

Les hiérarchies sont ainsi ultra importantes, et à respecter sous peine d’un violent retour de bâton. Les protagonistes principaux Charlie (Harvey Keitel), Johnny Boy (Robert de Niro) et par extension Teresa (Amy Robinson), sont respectivement placés aux rangs 3, 2 et 1 des 10 paliers de l’échelle sociale de ce microcosme mafieux. Ils veulent évidemment outrepasser leur position.
Le premier, dans les règles, en effectuant des tâches imposées par ses « supérieurs ».
Le second joue avec le feu, est incontrôlable et violent (comprendre qu’il ne respecte ni l’argent, ni les règles, ni personne).
Teresa quant à elle, n’est qu’une femme. Elle est donc forcément inférieure. Changer de statut est impossible, hormis en quittant cet environnement.
Scorsese capte dans leurs interactions l’urgence de s’évader du quotidien, et cette tragédie du déterminisme qui les en empêchera, inévitablement et violemment.

Immersion, cinéma de l’urgence, de l’intime et de l’anti spectaculaire… MEAN STREETS impressionne par son réalisme quasi documentaire !
Il s’éloigne par conséquent des grandiloquents films mafieux que Scorsese réalisera par la suite, et risquera de décevoir ceux qui s’attendent à une fresque d’ampleur décrivant un univers, et non un quotidien.

MEAN STREETS a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Martin Scorsese par le Festival Lumière 2015 !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 155 fois
2 apprécient

Le Blog Du Cinéma a ajouté ce film à 1 liste Mean Streets

Autres actions de Le Blog Du Cinéma Mean Streets