- "Metropolis" dans mon "TOP 10" -

Avis sur Metropolis

Avatar Gérard Rocher
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Faisons un grand pas dans le temps et allons en l'année 2026. John Fredersen, un tyran despote, étale sa puissance sur un peuple de prolétaires travaillant de la plus pénible des manières dans les souterrains d'une énorme ville: Métropolis. Ces esclaves triment et meurent au labeur pour assurer tout confort à la riche population de cette cité qui vit dans un climat de fête et de frénésie permanente. Le tyran a un fils nommé Freder Fredersen. Celui-ci va découvrir le monde atroce des forçats grâce à la jeune Maria qui tente comme elle peut de les aider et de les réconforter. Parallèlement, Rotwang, un savant fou, vient d'avoir l'idée de créer un bien curieux robot dans le but de pousser le monde souterrain à la révolte...

Telle était la vision de l'Allemagne de la fin des années vingt sur le devenir de la société un siècle plus tard. Cette vision est bien sûr très réaliste compte-tenu des différents événements que nous avons connus et connaissons encore aujourd'hui dans le monde. Dans cette ville monumentale vivent deux peuples totalement différents qui ne sont sensés jamais se rencontrer: les exploiteurs et les exploités. Toutefois c'est sans compter sur ce grain de sable, cette petite lueur représentée par Maria, que va fortuitement s'établir un contact entre ces deux mondes si différents. Mais l'espoir peut souvent être contrarié par une étincelle représentée ici par ce savant démoniaque qui invente un androïde, sosie de Maria, pour pousser ce pauvre peuple à une révolte sanguinaire. Reste à savoir si la sagesse peut l'emporter sur la violence et l'aveuglement.

Fritz Lang avait une vision précise sur l'avenir de l'humanité et sur la place des êtres humains par rapport à ces deux sociétés représentées par le nazisme et le stalinisme. Il est bien certain qu'au moment de sa sortie cette oeuvre fut taxée de "communiste" et c'est ainsi que le pauvre réalisateur vit son film défiguré. La censure supprima des scènes entières dites compromettantes car accusées par le pouvoir de faire l'apologie du communisme. Finalement quatre-vingt minutes de pellicule vont échapper au massacre. Cependant "Métropolis" était loin de tomber dans l'oubli. Une version colorisée de 1984 dans sa version mutilée pousse la cinémathèque de Munich à effectuer de nombreuses recherches sur les travaux de l'équipe technique de l'époque avec un certain bonheur et c'est ainsi que le film grâce à quelque rajouts va durer deux heures. En 2001 vingt- six minutes de scènes sont retrouvées et intégrées au film qui fait alors deux heures trente et sera à nouveau projeté ainsi. Les péripéties ne s'arrêteront pas là car en 2008 à Buenos Aires un miracle se reproduit, on découvre une copie très abîmée de l'oeuvre et la restauration entière du film est entreprise. La version d'origine durait donc 3h30 et l'on peut dire que "Métropolis" est certainement le film le plus restauré de l'histoire.

C'est donc du film de 2001 qu'émane ma critique grâce à "Arte" qui nous offrit "Métropolis" un soir en direct de Berlin et en version "ciné-concert". Personnellement je suis resté ébahi devant ce monument du cinéma. Le film par lui-même est passionnant, plein d'une philosophie implacable qui sera malheureusement confirmée par les événements à venir. Cette mise en scène est grandiose. Les scènes qui se succèdent nous transportent au coeur même des magouilles de la classe richissime et de son tyran, au milieu des ruées gigantesques d'une foule exacerbée où se mélangent espoir et bains de sang. On ne peut être que surpris par le talent démoniaque de ce savant fou construisant un androïde sosie de la douce Maria. Nous sommes plongés dans l'émotion et la révolte lorsque les pauvres bougres exploités jusqu'à la mort vont se détourner grâce à un système fallacieux de Maria et de Freder. Nous sommes émerveillés lorsque l'on se rend compte de ce don exceptionnel de visionnaire, de ce courage absolu que possédait Fritz Lang pour réaliser cette oeuvre gigantesque. Celle-ci est inscrite au registre "Mémoire du Monde de l'Unesco". C'est le premier film classé parmi les documentaires du patrimoine mondial.

Tous ces participants de l'épopée du cinéma muet méritent notre plus grand respect, ils sont fantastiques de vérité même si leurs noms ne nous disent peut-être pas grand chose. Pourtant je ne peux terminer cette critique sans vous citer les principaux: Brigitte Helm une inoubliable Maria, Alfred Abel le terrible Fredersen, Gustav Froehlich très convaincant fils du tyran et compagnon d'infortune de Maria et pour terminer Rudolf Klein-Rogge qui nous emmène dans son univers de Rotwang, le savant redoutable. Quant à Fritz Lang, je ne le remercierai jamais assez pour ce moment mémorable.

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