Metropolis nous fait par moments doucement sourire, il est emprunt d'un état esprit un peu vieillot, que l'on qualifierait de nos jours de réactionnaire. On sent Fritz Lang très influencé par son éducation catholique, pas seulement à travers ses références, mais à travers l'aspect moraliste (et prônant une morale chrétienne de mauvais goût) que le film prend parfois. Le spectateur d'aujourd'hui rit en voyant cette opposition grotesque entre l'héroïne très douce et maternelle que l'on voit sans cesse accompagnée des fils et filles d'ouvriers et sa copie pleine de vices qui au contraire est prête à risquer la vie de tous les enfants, qui passe son temps à rire, à danser à moitié nue, bref, à pécher. Par ailleurs, le message transmis par le film est pour le moins douteux : le peuple ne peut se révolter seul, il doit attendre un médiateur pour faire le pont entre "les mains", c'est à dire le prolétariat (il n'est nullement question d'une possibilité pour les ouvriers de devenir cérébraux), et le "cerveau", c'est à dire le patronat. Ce médiateur est incarné par le héros, Freder, un aristocrate. Il faudrait donc attendre que le changement vienne de la classe dominante. J'ai souvent entendu parler de révolutions venant de la bourgeoisie, et plus rarement entendu parler de révolutions venant du prolétariat ... Par contre, je dois dire qu'avant de voir ce film, je n'avais jamais rencontré l'idée selon laquelle le peuple devait attendre un changement social majeur venant de l'aristocratie elle-même ! Enfin, Lang a au moins le courage de ses opinions (encore que, des bruits courent selon lesquels il aurait souvent été influencé par sa femme).
Par contre, le film est vraiment magnifique, et on ne s'ennuie pas trop. Le spectateur remarque à peine qu'il s'agit d'un film muet : de nombreux intertitres rendent le film vivant, et l'on s'imagine sans mal le reste des conversations qui ont lieu entre les personnages. On retrouve un jeu d'acteur typique du cinéma expressionniste allemand qui nous change de ce que l'on voit d'habitude, l'actrice principale, Brigitte Helm, qui joue le rôle de Maria et de son double, est fascinante (malheureusement les autres films dans lesquels elle a joué sont tombés dans l'oubli). J'ajouterais que le personnage du père est assez réussi. Malgré sa mégalomanie et sa cruauté, son fils reste plus important pour lui que son empire industriel, ce qui nous change du stéréotype de l'homme de pouvoir froid et cynique.