Meet the fuckers... again.

Avis sur Minuit à Paris

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Le dernier Woody Allen est un film amusant à voir au second degré.
C'est le 46ème film réalisé par Woddy Allen et il est bien conforme à la quasi totalité des 45 précédents.

Woody est un vieillard : il ne peut plus incarner dans ses films l'homme lambda, entre deux âges, sexuellement disponible et tiraillé. Il embauche donc depuis une quinzaine d'années des acteurs pour faire du Woody dans ses films. Ici, le résultat est hilarant : Owen Wilson, qu'on a surtout vu dans de tout autres registres dans les comédies de Ben Stiller, se fond complètement dans le personnage woodyesque : il semble bien avoir compris que la filmo de Allen n'est que l'éternelle redite d'Annie Hall et Manhattan et il imite à la perfection le jeu de Woody dans ses films. Des bégaiements à répétition jusqu'aux mouvements de bouche, l'imitation est réellement saisissante de perfection.

Au niveau de la dynamique des personnages, reprenez la structure de ses films des années 70 et ne changez (quasiment) rien. Toujours le triangle amoureux, évidemment ; avec l'éternelle structure des films de Allen : un homme rangé auprès d'une femme qu'il n'aime pas ou peu et attiré par une femme exceptionnelle, qu'il juge hors de sa portée.

Et puis, surtout, toujours cette ambiance délétère, avec cette manie de filmer la bourgeoisie new yorkaise dans toute sa redondance, sa prétention et son ethnocentrisme. Dans Manhattan, ça combattait à coup d'aphorismes et de points de vue tranchés sur le cinéma de Bergman et l'art contemporain. Ici, notre petite bande de bourgeois se balade dans Paris, la ville attrape-touristes-bobos-américains par excellence, et il y a donc matière aux joutes verbales entre petits cons pontifiants : ça débat sur l'histoire de l'art, le gout du vin et l'expérience littéraire. Pourquoi, dans les films de Allen, n'y a t il jamais un personnage pour mettre deux trois baffes rhétoriques à tous ces héritiers bouffis d'orgueil et de suffisance ? A chaque scène masturbatoire, j'ai envie de rentrer dans la pellicule pour apostropher les personnages :

Paul : "Nostalgia is denial - denial of the painful present... the name for this denial is golden age thinking - the erroneous notion that a different time period is better than the one ones living in - its a flaw in the romantic imagination of those people who find it difficult to cope with the present."

Gallu : "Mais mon pauvre garçon, arrête tes interprétations psychologisantes à la mords-moi-le-nœud. Tu crois avoir trouvé le secret de la pierre philosophale après avoir lu quelques pages de l'introduction à la psychanalyse de Freud et en appliquant bêtement tout un tas de concepts éculés à tout ce que tu vois... Mais tais-toi donc, caricature !"

Non, chez Woody, on reste dans la complaisance jouissive de l'entre soi. Alors je sais, les personnages mis en scène par woody ne sont pas woody lui même, mais quand même, il en a pas marre de filmer toujours les mêmes connards ? Et en plus de les filmer de la même façon, sur des histoires identiques ? Je rêve de voir émerger un tribunal révolutionnaire de la cinématographie qui condamnerait Allen à ne plus filmer que des prolos, pour voir comment il se débrouille avec ça...

Bref, il y a donc de quoi rire à la vue de cette énième redite de la part de celui qui est certainement le réalisateur le plus surestimé de tous les temps. Le plus drôle est de voir la lie du showbusiness français, à savoir Carla Bruni et Gad Elmaleh, servir pitoyablement la soupe à ces américains dans des rôles de troisième zone. Un film américain à Paris qui ne montre d'ailleurs aucun parisien, dans lequel on parle anglais de bout en bout, avec un saupoudrage de quelques mots de français pour faire chic. Marion Cotillard roule bien les "R" de ses "pardon" pour bien rappeler qu'elle est l'atout français du film. Si vous êtes au bord de l'américanophobie, n'allez pas voir ce film, vous risquez de sombrer totalement.

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